Le gel de la directive sur les services jugé injustifié par le ministre hongrois des affaires europé

Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, le ministre hongrois des affaires européennes, Etele Barath, estime que le problème des délocalisations est largement exagéré, et que rien ne justifie le gel de la proposition de directive sur les services.

Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, le ministre hongrois des affaires européennes, Etele Barath, estime que le problème des délocalisations est largement exagéré, et que rien ne justifie le gel de la proposition de directive sur les services.

Un an après son entrée dans l’UE, la Hongrie figure toujours parmi les élèves les plus sages de la classe européenne. Le traité constitutionnel a été ratifié sans encombre par le Parlement avant Noël, et le seul motif de préoccupation pourrait à la rigueur provenir d’une légère perte d’enthousiasme de l’opinion hongroise à l’égard de l’Europe (plusieurs récents sondages ayant fait état d’une montée de l’euroscepticisme dans le pays).

Bien qu’il perçoive lui-même « un certain tiédissement » des sentiments européens nourris par ses compatriotes, le ministre hongrois des affaires européennes, Etele Barath, demeure optimiste quant à l’évolution de la situation de son pays au sein de l’Union européenne. M. Barath déplore cependant la teneur actuelle du débat européen dans les grands Etats membres de l’Union, notamment à propos de la directive sur les services et sur le thème des délocalisations. La Hongrie subit elle aussi un certain nombre de problèmes liés à son appartenance à l’UE, rappelle M. Barath, qui fournit l’exemple du secteur agricole : « Les agriculteurs hongrois subissent indirectement la forte pression sur les prix des biens de consommation, qui ont beaucoup baissé [ces derniers mois]. C’est une bonne chose pour les consommateurs, pas pour les agriculteurs. Les grandes chaînes européennes de supermarchés ont instauré une concurrence très dure. Leurs produits sont subventionnés par l’UE, alors que les agriculteurs hongrois attendent encore leurs premiers fonds européens. Les prêts consentis par le gouvernement ne peuvent suffire à compenser ce déséquilibre, largement dû au calendrier fixé pour l’attribution des aides européennes. Derrière ces manifestations se profilent également des risques de récupération par l’extrême-droite. » 

Quel regard portez-vous sur le débat actuel concernant les délocalisations, notamment en France et en Allemagne, deux pays où les nouveaux Etats membres sont accusés d’attirer les investissements par des salaires et un niveau de fiscalité des entreprises extrêmement bas ?

« Ce débat a pris une tournure beaucoup trop politique. Si l’on regarde les chiffres en France, par exemple, 200 000 emplois environ ont été détruits au cours des cinq dernières années – sur un total de 20 millions. Et puis la situation est la même en Hongrie. Les grandes entreprises internationales quittent le pays pour trouver une main d’oeuvre moins chère dans d’autres pays (c’est le cas d’IBM par exemple). Même les principales sociétés hongroises délocalisent certaines de leurs activités vers la Roumanie et la Croatie, ce qui est compréhensible dans la mesure où les salaires sont 3 à 4 fois inférieurs dans ces pays. Donc nous connaissons nous aussi ces effets.

Un autre élément qu’il ne faudrait pas oublier, c’est que les économies [des pays d’Europe occidentale] ont beaucoup profité de l’ouverture de nouveaux marchés en Europe centrale et orientale au cours de ces dix dernières années. [Les entreprises de ces pays] ont pu s’y installer, notamment en Hongrie, et réaliser des profits largement supérieurs aux pertes de revenus provoquées par les suppressions d’emplois en Europe occidentale. Il faut donc faire des calculs précis et se montrer raisonnable. Les économies française et allemande rencontrent actuellement des problèmes, et la question des délocalisations est largement utilisée comme argument politique permettant de calmer un peu les syndicats. En général, je demeure convaincu que le développement de nos propres économies contribuera à la croissance de l’économie européenne dans son ensemble. » 

La proposition « Bolkestein » de directive sur les services, qui semble de nature à favoriser les nouveaux Etats membres, vient d’être retirée afin de subir une révision en profondeur. Comprenez-vous que cette directive puisse constituer un problème politique pour un pays comme la France, qui s’attend à un référendum difficile sur la constitution en mai ? 

« Je le comprends tout à fait, et c’est la raison pour laquelle nous devrions peut-être ralentir un peu le processus. Mais d’un autre côté, il faut qu’il y ait un équilibre. Soyons sérieux, un pays ne peut pas dire : ‘A cause de nos problèmes politiques, nous ne pouvons vous laisser devenir Européens, alors nous refermons la porte’. Ce n’est pas très juste. De grandes banques et de grosses entreprises industrielles ont pu s’implanter librement en Europe centrale et orientale au cours de la décennie écoulée, et maintenant nous ne pourrions fournir librement nos services [au reste de l’Europe]. Si vous prenez l’exemple des supermarchés que nous avons en Hongrie, vous constaterez la présence des grandes entreprises françaises du secteur, qui, je pense, font de bonnes affaires, et nous n’avons aucune raison de leur mettre des bâtons dans les roues. Donc, dans l’ensemble, nous estimons que cette situation constitue une grave injustice. Cette opinion est surtout répandue dans les milieux d’affaires hongrois. La population dans son ensemble n’a pas encore pris conscience du problème. » 

« Sur le fond du texte de la proposition « Bolkestein », nous sommes en partie d’accord avec la France, dont nous partageons les préoccupations sur la question des salaires. Lorsqu’une équipe hongroise part travailler en France, ses membres doivent bénéficier du salaire minimum en vigueur dans ce pays. Le Conseil Compétitivité du lundi 7 mars a conclu qu’il était nécessaire de régler cette question au plus vite. Nous devons à présent faire comprendre à nos populations que la directive ne représente pas un danger. Nous devons faire comprendre à tout le monde, y compris aux Allemands et aux Français, que le gel de la directive sur les services constitue un coup sérieux porté à la compétitivité de l’économie européenne. »