Le ministre des Finances grec évoque une «banqueroute» de l'Italie

En pleine campagne pour renégocier la dette grecque, le ministre des Finances du pays, Yanis Varoufakis, a affirmé dans une interview que la dette italienne était « insoutenable ». Des propos qui ont irrité Rome.

Yanis Varoufakis, ministre des Finances grec. Athènes, 28 janvier. [Reuters]
Yanis Varoufakis, ministre des Finances grec. Athènes, 28 janvier. [Reuters]

En pleine campagne pour renégocier la dette grecque, le ministre des Finances du pays, Yanis Varoufakis, a affirmé dans une interview que la dette italienne était « insoutenable ». Des propos qui ont irrité Rome.

Si la Grèce était forcée de quitter la zone euro, d’autres pays, comme le Portugal et l’Italie, suivraient inévitablement, entraînant la chute du bloc monétaire, a déclaré le 8 février Yanis Varoufakis, le ministre des Finances grec, provoquant un tollé en Italie.

Le nouveau gouvernement de gauche grec tente de renégocier le remboursement de sa dette et a commencé à supprimer des mesures d’austérité qui faisaient partie des accords avec les prêteurs internationaux.

Dans un entretien avec la télévision d’État italienne, la RAI, Yanis Varoufakis a déclaré que le problème de la dette grecque devait être résolu dans le cadre d’un rejet des politiques d’austérité dans l’ensemble de la zone euro. Il a appelé à un large programme d’investissement du type du « new deal » américain, financé par la Banque européenne d’investissement (BCE).

>> Lire : La BCE engage un bras de fer avec la Grèce

« L’euro est fragile, c’est comme un château de cartes, si vous enlevez la carte grecque, toutes les autres tomberont avec », a-t-il déclaré, selon le transcrit publié avant la diffusion de l’entretien par la RAI.

Selon Yanis Varoufakis, la zone euro risque la fragmentation et la « déconstruction » si elle n’admet pas que la Grèce, entre autres, ne pourra pas rembourser sa dette dans les conditions actuelles.

« J’avertis tous ceux qui envisagent d’amputer stratégiquement la Grèce de l’UE; parce que cela serait très dangereux », a-t-il poursuivi. « Après nous, qui sera le prochain ? Le Portugal ? Qu’est-ce qu’il arrivera quand l’Italie se rendra compte de son impossibilité à rester dans la camisole de l’austérité ? »

Lors de leur visite à Rome, le ministre des Finances et le Premier ministre, Alexis Tsipras, ont été accueillis avec bienveillance, mais leurs homologues italiens ne soutiennent pas la renégociation de la dette grecque. Yanis Varoufakis a néanmoins assuré que les choses avaient été différentes en coulisse.

« J’ai été approché par des représentants italiens, d’une grande institution que je ne peux pas mentionner, qui m’ont assuré de leur soutien. Ils ne peuvent cependant pas le dire tout haut parce que l’Italie risque aussi la banqueroute et qu’ils ont peur de la réaction de l’Allemagne », a-t-il assuré au micro de la RAI.

Des propos réfutés en Italie

« Soyons honnête, la situation de la dette de l’Italie est intenable », a-t-il ajouté, un commentaire auquel Pier Carlo Padoan, le ministre italien de l’Économie, a réagi avec force. Dans un tweet, il a assuré que la dette italienne était « solide et viable ».

Selon lui, les remarques de Yanis Varoufakis étaient « déplacées », et l’Italie tente de trouver une solution européenne aux problèmes de la Grèce, ce qui requiert une « confiance mutuelle ».

Après la dette grecque, la dette publique italienne est la plus importante de la zone euro et les rendements obligataires italiens ont connu une forte hausse en 2011, au début de la crise de la zone euro. Depuis, leur valeur a brutalement chuté et n’a été que peu influencée par les nouvelles tensions en Grèce.

Yanis Varoufakis a annoncé que son gouvernement proposerait un « new deal » européen, similaire à celui qui avait été mis en place aux États-Unis dans les années 1930. Cela impliquerait de multiplier par dix l’investissement de la BCE, selon lui.

Le ministre estime que les seules personnes qui bénéficieraient du prolongement des politiques d’austérité sont « ceux qui haïssent la démocratie européenne », comme le parti Aube dorée en Grèce, le Front national français et UKIP au Royaume-Uni.

>> Lire : Le débat sur la Grèce et la zone euro s’anime en Allemagne