Le nouveau président du Parlement veut faire de la politique
L’élection du socialiste allemand Martin Schulz était prévue par un accord avec les conservateurs conclu en 2009. Mais l’Allemand a annoncé vouloir prendre position politiquement et s’imposer face aux États.
L’élection du socialiste allemand Martin Schulz était prévue par un accord avec les conservateurs conclu en 2009. Mais l’Allemand a annoncé vouloir prendre position politiquement et s’imposer face aux États.
Comme prévu, l’Allemand Martin Schulz, ex-président du groupe des socialistes et démocrates a pris la tête du Parlement européen, mardi 17 janvier.
Un accord conclu avec le groupe conservateur (PPE), lors des élections européennes de 2009, prévoyait que l’Allemand succèderait après deux ans et demi de législature au Polonais Jerzy Buzek.
Pure forme
Aucun parti n’ayant une majorité absolue au Parlement, ce compromis, adopté quasiment en continu depuis 1989, permet aux deux groupes d’atteindre la majorité des sièges de l’assemblée et ainsi de se partager les postes-clés des commissions parlementaires.
Si le vote était donc de pure forme, les deux formations s’étant engagées à voter pour les candidats désignés en leur sein, le score obtenu par Martin Schulz laisse penser que cette répartition prévue à l’avance pourrait faire long feu lors de la prochaine mandature, à partir de 2014.
L’Allemand a été élu avec 387 voix sur 670 suffrages exprimés. C’est à dire une légère majorité. Ses deux opposants, la libérale Diana Wallis et le conservateur eurosceptique Nirj Deva ont respectivement obtenu 141 et 142 voix.
En clair, des membres des deux groupes n’ont pas respecté le compromis scellé par leurs chefs il y a deux ans et demi.
L’accord technique, dénoncé notamment par la délégation des socialistes français au Parlement européen diminue la possibilité pour les deux principaux groupes de prendre des décisions politiques.
Strapontin au Conseil
La désignation à l’avance du président du Parlement à jusqu’à présent enlevé tout intérêt à cette élection. Mais c’est aussi sur son rôle en tant que tel que l’on peut s’interroger.
Soucieux de ne froisser aucune institution et de travailler « dans le calme », le Polonais Jerzy Buzek, tout comme son prédécesseur Joseph Borel n’ont jamais fait de politique. Leurs prises de position ont donc toujours été « lénifiantes, sans aucun intérêt », observe Florent Saint-Martin, professeur associé à Sciences po et co-auteur d’un livre sur le Parlement européen.
Et c’est justement cette habitude que le nouvel élu a l’intention de changer. Martin Schulz veut faire de l’assemblée strasbourgeoise un organe de débat politique qui sache s’imposer face aux États. « Le Parlement européen doit aussi être en mesure de s’occuper de controverses au sein de l’Union européenne », a-t-il déclaré dans son tout premier discours de président. Selon M. Schulz, les eurodéputés ne doivent plus seulement enregistrer les décisions des pays.
Impertinence
L’annonce de ce changement plaît, même aux écologistes, pourtant pourfendeurs de l’accord de coalition entre les deux grands groupes. « J’espère que tu resteras aussi peu commode et aussi percutant que tu l’as été comme député de base », a déclaré lors de la séance plénière la co-présidente du groupe des Verts, Rebecca Harms. « Je ne veux pas d’un président qui n’ait pas d’opinion. (…) Il n’est pas possible de rester neutre face à l’attaque de la méthode communautaire du Conseil », a indiqué quant à lui le président des libéraux (ADLE) Guy Verhofstadt.
Dans une période où les États ont la main et le Parlement est mis sur la touche, le passage à l’acte est loin d’être simple. En privé, le nouveau président du Parlement est plutôt connu pour sa couardise et son souci de préserver son intérêt personnel.
Elu à Strasbourg depuis 1994 et président du groupe des socialistes européens depuis 2004, Martin Schulz aurait l’ambition d’obtenir un poste dans la prochaine Commission européenne en 2014. Reste à savoir si exister politiquement sera le meilleur moyen d’y parvenir.