Le parlement tchèque veut interdire la double nationalité aux ressortissants russes

Un amendement adopté par la chambre basse du parlement tchèque mercredi 18 décembre rendra plus difficile l’obtention de la nationalité tchèque pour les ressortissants russes. Une mesure qui suscite des accusations de discrimination.

EURACTIV République tchèque
Czech Republic votes in the European Elections
Selon les nouvelles règles, les ressortissants russes qui demandent la nationalité tchèque devront désormais renoncer à leur nationalité russe. [MARTIN DIVISEK/EPA-EFE]

Un amendement adopté par la chambre basse du parlement tchèque mercredi 18 décembre rendra plus difficile l’obtention de la nationalité tchèque pour les ressortissants russes. Une mesure qui suscite des accusations de discrimination.

Selon les nouvelles règles, les ressortissants russes qui demandent la nationalité tchèque devront désormais renoncer à leur nationalité russe. Une exigence jugée trop contraignante par certains, car le processus nécessite l’approbation des autorités russes, qui est difficile, voire impossible à obtenir pour de nombreux demandeurs.

De leur côté, les partisans de ces restrictions, principalement le parti des Maires et Indépendants (STAN, Parti populaire européen/PPE), défendent la mesure, invoquant des raisons de sécurité.

« Selon tous nos services de renseignement, la situation sécuritaire en République tchèque est en train de changer. Les activités russes représentent une menace évidente. Faire face à ces risques n’est pas une discrimination, mais une responsabilité », a commenté le ministre de l’Intérieur, Vít Rakušan (STAN), auprès du site d’information tchèque Seznam Zprávy.

Alors que la coalition au pouvoir — composée de partis affiliés aux groupe européens du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit et des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite — a soutenu la proposition, les députés de l’opposition ont voté contre.

« Aujourd’hui, je ne peux pas soutenir l’interdiction faite à toutes les personnes d’origine russe, y compris celles qui s’opposent activement à Vladimir Poutine, qui vivent ici depuis plus de dix ans, qui travaillent et contribuent à la société, de demander la citoyenneté tchèque », a réagi Jakub Michálek, député du Parti pirate tchèque (Verts/ALE).

« L’ennemi est le régime de Poutine », a-t-il ajouté.

La loi a également été critiquée par la communauté russe de République tchèque et par des experts indépendants.

« Elle n’affectera pas le nombre d’espions russes et ne changera rien au fait que la République tchèque est le pays qui compte le plus grand nombre d’entreprises détenues par des Russes. Cela ne changera pas non plus le fait que la République tchèque dispose d’un grand espace pour les systèmes de blanchiment d’argent », a souligné Pavel Havlíček, analyste pour l’ONG Association for International Affairs, à Euractiv.

Il a également insisté sur le fait qu’il était facile pour les Russes travaillant pour les services de sécurité russes de renoncer à leur citoyenneté russe, alors qu’il pourrait être impossible pour les activistes opposés au régime de Vladimir Poutine de le faire.

Les partisans de l’amendement invoquent les exceptions humanitaires prévues par les nouvelles règles, notamment pour les dissidents politiques.

Le projet de loi est maintenant transmis au Sénat et, s’il est approuvé, sera transmis au président tchèque Petr Pavel pour signature.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]