Le Premier ministre kosovar ne veut pas d’une Republika Srpska au Kosovo
En amont de la prochaine réunion avec le président serbe Aleksandar Vučić destinée à poursuivre la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina, le Premier ministre kosovar Albin Kurti a déclaré qu’il n’accepterait pas la présence d’une Republika Srpska, une entité serbe, dans le pays.
Un jour avant la prochaine réunion avec le président serbe Aleksandar Vučić soutenue par l’UE et destinée à poursuivre la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina, le Premier ministre du Kosovo Albin Kurti a déclaré qu’il n’accepterait pas la présence d’une Republika Srpska, une entité serbe, dans le pays.
Les deux dirigeants doivent se rencontrer à Bruxelles pour discuter des prochaines étapes du processus de normalisation, qui incluront probablement l’Association des municipalités serbes, exigée par la Serbie et l’UE, mais jugée inconstitutionnelle par le Kosovo, qui l’avait pourtant acceptée en 2013.
Ce mardi (2 mai), les détails d’un modèle proposé pour cette association controversée devraient être présentés, mais M. Kurti n’est pas encore convaincu.
« Étant donné l’insistance de Bruxelles, je serai heureux de voir le projet qu’ils ont préparé. Je veillerai à ce que ce qui a déjà été convenu le 27 février à Bruxelles soit respecté, à savoir l’existence d’un niveau approprié d’autonomie de la communauté serbe conformément aux normes européennes internationales les plus élevées en matière de protection des minorités », a-t-il déclaré.
Selon M. Kurti, la création d’une structure servant de satellite à la Serbie aurait un effet dévastateur sur l’État du Kosovo, mais aurait également des conséquences dans toute la région.
« Ce que nous n’autoriserons pas, c’est le droit de territorialiser et de créer quelque chose qui ressemblerait à la Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine. Nous n’autoriserons pas la création d’un préfixe satellite d’essence destructrice qui porterait atteinte à la citoyenneté du Kosovo », a déclaré le Premier ministre kosovar.
M. Kurti affirme que la position de son gouvernement reste inchangée et que la souveraineté et l’intégrité territoriale du Kosovo ne peuvent être violées.
Le Premier ministre avait précédemment déclaré que toute association devait être conforme à la constitution et aux lois en vigueur et qu’elle ne pouvait être mono-ethnique. Il a souligné qu’elle devrait servir de coopération horizontale entre les municipalités et qu’elle devrait également renforcer le principe de réciprocité entre la Serbie et le Kosovo.
En outre, avant que l’Association ne soit établie, toute activité illégale dans le nord, y compris les organisations criminelles, doit être démantelée et les armes illégales doivent être rendues. L’accord doit également faire partie de l’accord final et ne serait mis en œuvre qu’une fois la reconnaissance mutuelle confirmée.
Enfin, la Serbie devrait revenir sur les lettres qu’elle a envoyées aux cinq États membres de l’UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo, leur demandant de ne pas accepter sa demande d’adhésion à l’Union.
La création de l’association a été convenue en 2013 sous le gouvernement précédent, mais elle n’a pas été mise en œuvre, tout comme de nombreux autres accords conclus par les deux parties.
Dans le même temps, la Serbie a accepté de ne plus entraver le processus de reconnaissance internationale et d’intégration du Kosovo, ce qu’elle n’a pas respecté dans les faits. De plus, Belgrade n’a toujours pas ratifié le texte.
Les minorités du Kosovo jouissent de droits considérables en vertu de la constitution, notamment le fait que le serbe soit une langue officielle, que les Serbes ethniques puissent disposer de sièges garantis au parlement quels que soient les résultats des élections, ainsi que d’une représentation au niveau municipal, du droit de nommer les principaux responsables de la police dans les zones à majorité serbe, d’un enseignement en langue serbe dans les écoles à majorité serbe au lieu de l’albanais, et la présence d’au moins un ministre issu de la minorité serbe au sein du gouvernement.
La présidente kosovare Vjosa Osmani a soutenu la création d’une telle association, à condition qu’elle ne dispose pas de pouvoirs exécutifs.
« Personne n’est favorable à l’existence de la République de Srpska au Kosovo », a-t-elle déclaré en référence à l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine, qui a entraîné une forte instabilité dans le pays.
« Je soutiens toute initiative qui n’est pas en conflit avec la constitution du Kosovo », a-t-elle déclaré, ajoutant que « les municipalités sont déjà autorisées à rejoindre des associations multiethniques sans pouvoirs exécutifs, telles que les ONG », a-t-elle déclaré en octobre 2022.
En janvier, l’envoyé spécial de l’UE pour le dialogue Belgrade-Pristina, Miroslav Lajčák, a déclaré que la communauté internationale ferait attention à ne pas répéter les erreurs du passé dans la région en ce qui concerne l’Association.
« Je pense que la communauté internationale a commis ces erreurs par le passé dans les Balkans, en proposant des suggestions qui n’ont pas été testées dans d’autres pays. Toutes n’ont pas bien fonctionné dans les Balkans », a-t-il déclaré.
« Veillons à ce que tout ce que nous proposons soit basé sur des modèles existants qui fonctionnent bien », a déclaré M. Lajcak sans faire directement référence à la Bosnie-Herzégovine et à la Republika Srpska de ce pays. Une telle entité serbe au Kosovo serait considérée comme un échec par Pristina. M. Lajcak a déclaré qu’il avait rassuré M. Kurti en lui disant qu’il pourrait « rédiger et approuver » les détails de l’Association.
Commentant la prochaine réunion de Belgrade, le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dačić a déclaré qu’il pensait que Pristina « poursuivrait sa politique d’évitement » concernant la formation de l’Association des municipalités serbes.
« Pristina essaiera de minimiser l’importance de l’Association, en commençant par son nom, son statut, son instance dirigeante, jusqu’à l’autorité dont dispose la communauté. Comme le président Aleksandar Vučić me l’a dit, deux choses seront les sujets principaux : l’Association et la déclaration sur les personnes disparues », a-t-il indiqué. Et d’ajouter que le résultat est difficile à prévoir, mais que sans cette entité, aucune autre partie de l’accord ne pourra être mise en œuvre.
« La Serbie sera constructive, et le président [Aleksandar] Vučić est prêt pour la réunion », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]