Le projet UE 2020 voit trop à long terme, selon les critiques

Certains hommes et experts politiques de l'UE, qui se sont réunis à Bruxelles hier (3 mars), ont affirmé que les ambitions à long terme de la stratégie "Europe 2020" de la Commission pour la reprise économique se révéleront inefficaces si elles ne sont pas ancrées dans la réalité, avec des propositions concrètes pour une action immédiate afin de résoudre la crise économique.

barroso7.jpg
barroso7.jpg

Certains hommes et experts politiques de l'UE, qui se sont réunis à Bruxelles hier (3 mars), ont affirmé que les ambitions à long terme de la stratégie "Europe 2020" de la Commission pour la reprise économique se révéleront inefficaces si elles ne sont pas ancrées dans la réalité, avec des propositions concrètes pour une action immédiate afin de résoudre la crise économique.

La conférence, accueillie par le Mouvement Européen International, un lobby pro intégration, a eu lieu au moment où le président de la Commission José Manuel Barroso a lancé sa stratégie, dont il a fait la base de son second mandat aux commandes de l'exécutif.

Les participants ont toutefois prévenu qu'une stratégie à long terme qui œuvre pour des lendemains brillants n'aurait aucune valeur si elle échoue à traiter les nombreux problèmes auxquels sont confrontés les citoyens et l'économie de l'Europe.

Maria Joao Rodrigues, figure importante dans le prédécesseur d'Europe 2020, la stratégie de Lisbonne, a soutenu que cette dernière avait échoué en raison d'un manque d'instruments politiques appropriés, de moyens financiers, et – le plus important – de volonté politique de la part des Etats membres d'atteindre ses objectifs.

Pour que le nouveau projet soit une réussite là où Lisbonne a échoué, l'élément clé, plus important que tous les autres, est sa crédibilité, a-t-il argué, particulièrement en période de chômage de masse et d'instabilité économique.

D'autres experts pensent que cette crédibilité est inenvisageable, car la nouvelle stratégie dresse les grandes lignes d'une série d'ambitions nobles mais qui échouent à solutionner les crises sociale, économique, financière et de l'emploi qui paralysent actuellement la croissance européenne.

John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, se qualifie lui-même d' "Europe 2020-sceptique" et considère que la nouvelle stratégie risque d'être "comme Lisbonne" – une répétition de son prédécesseur qui a eu une performance médiocre.

Il craint que la vision à long terme ignore la nécessité de solutions concrètes et rapides aux problèmes actuels auxquels l'Europe fait face. Je pense qu'il s'agit d'un jugement hâtif de la Commission qui se sentait démunie sans une stratégie décennale, a-t-il soulevé.

Philippe De Buck, directeur général de BusinessEurope, un lobby d'employeurs de l'UE, a appelé la Commission à se tenir responsable pour la réussite ou l'échec de la nouvelle stratégie. La gouvernance était la clé pour que la stratégie fonctionne, a-t-il affirmé, ajoutant que la Commission ne devrait pas se préoccuper au-delà du terme de son mandat de 5 ans, qui se termine en 2014.

Au lieu d'attendre jusqu'à 2020, il a suggéré un examen rigoureux à mi-terme en 2014, qui évaluerait si l'actuelle Commission en a fait assez.

La stratégie de Lisbonne a échoué car la première Commission qui est restée 5 ans n'a rien fait, a-t-il déclaré

Pat Cox, président du Mouvement Européen International, a soutenu que l'UE devait "élever le niveau" en adoptant des mesures audacieuses pour traiter à la fois les problèmes actuels et les problèmes à long terme. Si ce n'est pas le cas, l'Europe sera confrontée à une "décennie zombie" de stagnation économique similaire à celle du Japon dans les années 90, a-t-il dit.