Le PS et le Front de gauche s’entredéchirent sur l’aide alimentaire européenne

Budget trop faible pour les uns, mise en danger du programme alimentaire pour les autres. Les socialistes et le Front de gauche s’accusent mutuellement et Jean-Luc Mélenchon s’en mêle.

EURACTIV.fr
b294dfe9fc918e961b34ac78a315be6b.jpg
b294dfe9fc918e961b34ac78a315be6b.jpg

Budget trop faible pour les uns, mise en danger du programme alimentaire pour les autres. Les socialistes et le Front de gauche s’accusent mutuellement et Jean-Luc Mélenchon s’en mêle.

De notoriété publique sur la scène politique nationale, les passes d’armes entre le PS et l’extrême gauche retentissent également au plan européen. Depuis plusieurs semaines, le dossier de l’aide aux plus démunis devient le réceptacle des tensions entre les socialistes français et les membres de la gauche unitaire européenne (GUE), où siègent Jean-Luc Mélenchon et ses camarades.

Le 24 mai, un tweet commis par celui « qui parle dru » provoque l’étincelle.

La riposte fuse aussitôt sur le compte adverse de Pervenche Berès, eurodéputée socialiste à la tête de la commission des Affaires sociales.

Cet échange d’amabilités découle d’un vote, lundi 20 mai, en commission des Affaires sociales, sur le Fonds d’aide aux plus démunis (Fead).

Préparé par Emer Costello, une Irlandaise du groupe social-démocrate, un rapport est adopté sans difficulté, par 36 voix contre 4, afin d’amender les propositions faites par la Commission européenne.

A qui la faute ?

Mais ce résultat ne constitue pas un quitus pour entamer les discussions avec les Etats. Un deuxième vote doit l’autoriser. Or, seuls 23 députés se sont prononcés en faveur de ce mandat de négociations, quand la majorité qualifiée requise était de 25 voix. Cette difficulté survient parfois lorsque certains points importants nécessitent d’être discutés à l’échelle du groupe politique, et non plus de la seule commission parlementaire.

Pour le PS, les élus de la GUE sont responsables du revers essuyé en commission. S’ils s’étaient rangés du côté des sociaux-démocrates (S&D) au lieu de s’abstenir, les 3 députés d’extrême gauche présents auraient pu faire basculer le vote en faveur de l’adoption d’un mandat de négociation.

Excédés, les socialistes dénoncent la « mise en danger » de l’aide alimentaire « par les communistes ». Mais la droite française n’est pas non plus avare de critiques. « La GUE porte une responsabilité terrible », tranche Elisabeth Morin-Chartier, députée européenne UMP, membre du PPE, qui a pu rallier une partie de ses collègues à la position du S&D. A l’issue de ce vote éclaté, l’échec est aussi imputable aux positions de rejets venant des rangs de la droite, comme des Verts.

Pointée du doigt, l’extrême gauche persiste et signe, car les trois lignes rouges sur l’avenir du FEAD n’auraient pas été respectées : simplifier l’accès au fonds, consacrer l’argent en priorité à l’aide alimentaire et augmenter son budget.

« Comique »

La simplification à l’excès n’est pas envisageable sous peine d’entraîner des recours auprès de la Cour de justice européenne, pour non-respect des règles propres aux fonds structurels, répond-on au S&D. Ainsi, les circuits parfois complexes de « certification » des dépenses sont maintenus.

« Il est comique de voir le PS vouloir obtenir un choc de simplification en France et le refuser à Strasbourg », raillent les députés européens Jean-Luc Mélenchon et Younous Omarjee, qui ne sont pas membres de la commission des Affaires sociales, et n’ont donc pas pris part au vote.

Tournés vers les plus démunis, les fonds disponibles pour 2014-2020 pourront être utilisés pour différents achats matériels (nourriture, vêtements…) voire pour le logement des sans-abris. Il était important de donner « la plus grande flexibilité possible », indique une source proche du dossier.

3 ou 3,5 milliards ?

Préoccupation de François Hollande lors des négociations budgétaires, le montant de l’aide prévu par la résolution adoptée suscite la confusion.

Officiellement, les socialistes ne demandent « pas moins en termes réels que l’allocation pour le programme d’aide alimentaire sur la période 2007-2013 ». Ce qui permettrait, selon eux, d’atteindre 3,5 milliards d’euros.

Faux, rétorque-t-on du côté de la GUE. L’addition des budgets depuis 2007 aboutit à un total d’environ 3 milliards d’euros, car les montants annuels votés antérieurement à 2009 étaient inférieurs à 500 millions d’euros.

« Nous demandons que soit inscrit noir sur blanc que le Parlement européen demande un budget a minima de 3,5 milliards d’euros. C’est un minimum si l’on se souvient que les besoins sont chiffrés par les associations à 4,75 milliards d’euros », poursuivent Jean-Luc Mélenchon et Younous Omarjee dans leur communiqué. Ce débat se poursuivra au fil des négociations budgétaires avec les Etats.

Vrais risques

Mais les réticences sur le contenu du texte sont loin d’opposer uniquement les Français entre eux. Le texte de la résolution reflète les réticences de nombreux pays, Allemagne en tête. 

Tout comme les Suédois, les Allemands refusent d’être contraints de mettre en œuvre le programme d’aide alimentaire chez eux. « ll faut rendre ce choix volontaire », réclame l’écologiste allemande Elisabeth Schroedter, sous peine de « détruire notre système local » d’aide aux plus démunis, qui repose sur d’autres financements, plus simples.

L’Allemagne, qui est à l’origine du recours en justice contre le programme actuel d’aide alimentaire, devrait, selon l’eurodéputée, avoir la liberté d’utiliser cet argent pour d’autres actions relevant des fonds structurels européens.

Dénouement en juin

Ces accrocs renvoient donc le débat à la plénière de juin, où les députés européens devront cette fois-ci s’accorder sur un mandat clair pour entamer les négociations avec le Conseil.

Pas sûr, en revanche, que ce pari aboutisse à une position plus ambitieuse. « C’est un vrai facteur de risques », confie une source proche du dossier. « Je suis sûre que le vote en plénière sera un vote national, et non celui de groupes politiques », observe Mme Morin-Chartier.

Les élus des pays du Nord risquent de converger vers une position moins favorable au FEAD, quelle que soit leur famille politique. Dans l’entourage de la GUE, la détermination domine pour politiser le combat, au point d’en faire un « référendum pour ou contre l’Europe sociale ».