Les Capitales : À Bruxelles, trois interpellations après une campagne d’affiches antisémites
Aujourd’hui dans Les Capitales : arrestations pour des affiches antisémites à Bruxelles, le PPE confie un dossier migratoire clé à l’extrême droite, droits de douane chinois sur le brandy européen, le Danemark tient un discours migratoire ferme à Aarhus, et l’Espagne face à un week-end hautement politique.
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À LA UNE
Trois personnes ont été arrêtées puis relâchées par la police belge dans le cadre d’une enquête sur une campagne d’affichage visant les Juifs et les personnes travaillant pour des organisations juives dans les rues autour des institutions européennes à Bruxelles.
Ces affiches ciblent neuf personnes travaillant pour des organisations pro-israéliennes. Leurs visages, noms et adresses professionnelles y sont exposés, accompagnés d’accusations selon lesquelles elles seraient responsables de « faire pression en faveur du génocide » et de « manipuler les députés européens pour qu’ils votent en faveur d’un programme génocidaire sioniste ».
Le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, a récemment rencontré les organisations visées « afin d’exprimer sa solidarité à la suite de la campagne antisémite profondément préoccupante menée à leur encontre et à l’encontre de leur personnel ».
« La lutte contre l’antisémitisme doit être systématiquement incluse dans politique de l’UE, notamment en matière de sécurité et de lutte contre l’extrémisme. J’aborderai ces importantes questions de sécurité avec les autorités nationales », a-t-il ajouté.
Katharina von Schnurbein, coordinatrice de l’UE pour la lutte contre l’antisémitisme estime que cette campagne « n’est pas seulement un mensonge, c’est vraiment antisémite de tenir [ces personnes] responsables de ce qui se passe au Moyen-Orient ».
Des dizaines d’affiches ont été repérées dès le 13 juin, puis à nouveau la semaine suivante, autour du Conseil et du Berlaymont, siège de la Commission européenne.
« Les trois suspects ont été libérés. L’enquête est toujours en cours », a indiqué un porte-parole du parquet de Bruxelles à Euractiv.
Le groupe à l’origine de la campagne se fait appeler « Lobby Against », mais l’identité des personnes derrières ce groupe reste inconnue. Son site Internet, bloqué par les autorités belges, reste néanmoins partiellement accessible. Les visiteurs y sont incités à télécharger et diffuser eux-mêmes les affiches incriminées.
Les personnes visées par les affiches sont trois employés d’ELNET (un réseau de dirigeants favorisant les relations entre Israël et l’UE), trois employés de l’AJC Transatlantic Institute (le bureau bruxellois de l’American Jewish Committee) et trois employés de l’Association européenne des juifs (AEJ). À Washington, deux personnes ont récemment été tuées en marge d’un évènement de l’AJC par un homme qui criait « Palestine libre ! ».
« Nous en sommes arrivés à un stade où les Juifs et ceux qui défendent Israël et les droits des Juifs sont diabolisés et où ces personnes nous prennent pour cible », déplore Alex Benjamin, vice-président de l’AEJ, qui figurait parmi les personnes visées par la campagne à Bruxelles.
Le rabbin Menachem Margolin, qui apparaît également sur les affiches, déclare ne pas se sentir « en sécurité ». « J’ai l’impression que je marche dans la rue en sachant que quelque chose peut arriver à tout moment. » Les organisations juives ont été invitées à renforcer la sécurité sur leurs lieux de travail à la suite de cette campagne.
Contrairement à la plupart des États membres de l’UE, la Belgique n’a ni adopté ni commencé à élaborer une stratégie de lutte contre l’antisémitisme.
Invité à répondre à l’accusation selon laquelle il ferait pression en faveur d’un génocide dans le cadre de la guerre à Gaza, le rabbin « pense que les autorités belges ont permis la propagation d’un mensonge et d’une accusation graves en autorisant de nombreuses manifestations de grande ampleur qui se sont transformées en un festival de haine envers quelque chose qui est un pur mensonge… Il ne s’agit pas d’un génocide ».
Pour rappel, la Cour internationale de justice examine actuellement l’accusation de génocide portée contre Israël pour sa réponse à l’incursion du Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
L’attaque du Hamas contre Israël aurait causé la mort de 1 219 personnes, principalement des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles. 251 personnes auraient été enlevées ce jour-là, et 49 seraient toujours retenues en otage à Gaza. 27 otages ont été déclarés morts par les autorités israéliennes.
En réponse, l’offensive militaire israélienne sur la bande de Gaza aurait fait plus de 57 000 morts, en majorité des civils, d’après les chiffres du ministère de la Santé du gouvernement du Hamas, que l’ONU juge fiables.
INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Migration : le PPE confie un dossier clé à l’extrême droite, tollé au Parlement. Le Parti populaire européen (PPE) a confié au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) le contrôle d’un dossier crucial sur la migration en enfreignant les règles du Parlement relatives à la répartition des dossiers. Cette décision, soutenue par deux groupes d’extrême droite, a écarté les factions pro-UE.
Le dossier en question porte sur la définition des « pays tiers sûrs » et des « pays d’origine sûrs », récemment proposée par la Commission européenne dans le cadre de la réforme du Pacte sur la migration et l’asile.
Selon les règles internes, le groupe ayant obtenu le plus grand nombre de points sur le dossier serait chargé de le piloter tout au long des négociations. Dans le cas présent, il aurait dû s’agir des Verts, de La Gauche ou de l’Europe des nations souveraines (extrême droite), a confié une source à Euractiv.
Le président de la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement, Javier Zarzalejos (PPE), a permis à son parti de centre-droit, au groupe CRE, aux Patriotes et à l’Europe des nations souveraines de rompre avec cette tradition pour faire passer l’accord, a affirmé la source.
« C’est un nouveau coup bas », a déclaré l’eurodéputée écologiste néerlandaise Tineke Strik.
La Française Fabienne Keller, du groupe libéral Renew, s’est fait l’écho de cette critique, avertissant que l’accord « compromet des solutions efficaces ».
Moldavie et Ukraine : un élargissement à deux vitesses ? Mêmes ambitions, rythmes différents : la Moldavie trace sa route vers l’UE, tandis que l’Ukraine piétine. Une dynamique qui oblige Bruxelles à arbitrer entre reconnaissance des efforts moldaves et solidarité politique envers un pays en guerre. Lire la suite.
Droits de douane : la Chine taxe le cognac européen. Pékin a annoncé vendredi 3 juillet imposer dès le lendemain des taxes à l’importation de brandy européen, essentiellement du cognac français, en réponse à la procédure antidumping de Bruxelles visant les véhicules électriques chinois. Les droits peuvent atteindre jusqu’à 34,9 %.
Pékin prévoit cependant une exemption pour les entreprises qui acceptent de s’aligner sur des prix planchers négociés avec elle.
LES CAPITALES
DANEMARK
Les Danois tiennent un discours ferme sur l’immigration dans la « ville des sourires ». La Première ministre danoise Mette Frederiksen a accueilli jeudi 3 juillet à Aarhus, surnommée la « ville des sourires », les dirigeants de l’Union à l’occasion de l’ouverture de la présidence danoise du Conseil de l’UE. Étaient notamment présents la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Antonio Costa et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Si l’évènement s’est déroulé dans la convivialité, les migrants, eux, n’auraient pas souri en écoutant le discours ferme de Mette Frederiksen.
« Les personnes venant de l’extérieur qui commettent des crimes graves et ne respectent pas nos valeurs et notre mode de vie n’ont pas leur place en Europe, selon moi, et elles devraient être expulsées », a-t-elle déclaré, appelant à de nouvelles solutions pour « réduire l’afflux de migrants en Europe ».
Le programme de la présidence danoise indique clairement son intention de soutenir un plan de l’UE visant à permettre aux pays de créer des « centres de retour » — des centres de rétention pour migrants en dehors de l’Union.
Le centre de retour italien en Albanie teste déjà les limites juridiques du droit européen, avec un succès discutable. Mais le ministre danois de l’Immigration, Kaare Dybvad, ne semble pas découragé par cette première expérience au sein de l’UE.
« Il ne s’agit pas seulement du nombre de personnes traitées, mais aussi de l’effet sur les flux migratoires », a-t-il expliqué à Euractiv alors qu’il se rendait à la cérémonie d’ouverture à la mairie d’Aarhus. « Notre priorité est de rendre l’accès à l’Europe plus difficile. Cela commence par la mise en place de meilleurs retours afin que les personnes qui ne sont pas autorisées à rester soient renvoyées chez elles. »
Plus tard, Euractiv a rencontré la députée européenne danoise Stine Bosse, membre des Modérés, parti de la coalition au pouvoir. Dans le train qui la ramenait à Copenhague, elle a exprimé son soutien au message de Mette Frederiksen.
« La prise de conscience s’installe au sein de mon propre groupe », a déclaré l’eurodéputée, membre de Renew Europe. « Certains collègues trouvent bien sûr certains de ces domaines difficiles à traiter, mais j’ai bon espoir que nous trouverons des solutions qui plairont à tous ou avec lesquelles nous pourrons tous vivre. »
ALLEMAGNE
Les socialistes allemands en perte de vitesse. La popularité du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), partenaire minoritaire de la coalition du chancelier Friedrich Merz (composée également de la CDU et de la CSU), est tombée à 13 % dans le célèbre sondage Deutschland Trend, son plus bas niveau en cinq ans.
Ce résultat n’est qu’à un point au-dessus de son plus bas historique. Dans le même temps, la cote de popularité de Friedrich Merz continue de grimper, atteignant désormais 42 %.
ESPAGNE
Crise au PSOE, congrès du PP… Le week-end s’annonce chargé pour la politique espagnole. Le week-end s’annonce mouvementé pour la politique espagnole, avec la tenue simultanée à Madrid des congrès du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) du Premier ministre Pedro Sánchez et du principal parti d’opposition, le Partido Popular (PP).
Pedro Sánchez fait actuellement face à une pression croissante liée à des scandales de corruption et que l’opposition veut saisir l’occasion pour réclamer des élections anticipées. Lire la suite.
POLOGNE
La Pologne rejette l’idée de patrouilles frontalières conjointes avec l’Allemagne. La proposition allemande de patrouilles conjointes à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne a été rejetée par Varsovie, le ministre polonais de la Défense insistant sur le fait que les frontières nationales seront gardées par des forces polonaises. En savoir plus.
ITALIE
L’Italie exhorte l’UE à sévir contre l’opacité des tarifs aériens. L’Autorité italienne de la concurrence (AGCM) a demandé à la Commission européenne de renforcer la transparence autour des algorithmes de tarification utilisés par les compagnies aériennes, notamment sur les routes desservant la Sicile et la Sardaigne. Après une enquête révélant des prix opaques et des frais additionnels parfois multipliant le tarif de base jusqu’à 400 %, l’AGCM souhaite une coordination européenne pour améliorer la clarté des tarifs et favoriser la concurrence.
ROUMANIE
En Roumanie, le plan d’austérité fait monter les tensions. La Roumanie connaît une montée des tensions sociales après la présentation par le gouvernement d’un vaste plan d’austérité visant à réduire un déficit budgétaire qui demeure le plus élevé de l’Union européenne, dépassant 9 % du PIB. Les syndicats, représentant environ 600 000 employés du secteur public, dénoncent une mesure plafonnant certaines primes, tandis que la hausse de la TVA risque d’aggraver le pouvoir d’achat. Les représentants des travailleurs et les patrons critiquent un plan qu’ils jugent injuste, susceptible de provoquer de nouvelles manifestations et de fragiliser davantage l’économie.
Parmi les mesures clés figurent une augmentation de la TVA principale de 19 % à 21 %, celle sur l’alimentation et les médicaments passant de 9 % à 11 %, ainsi qu’une hausse de la taxe sur les dividendes et des droits sur les carburants. Le ministre des Finances, Alexandru Nazare, a justifié l’urgence du plan par la perte de confiance des investisseurs et la difficulté à obtenir des prêts internationaux, soulignant que le gouvernement disposait de peu d’options pour protéger le pays. La Commission européenne a quant à elle émis un premier retour positif sur ce projet.
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Avec les contributions de nos journalistes Alexandra Brzozowski, Nicoletta Ionta, Aleksandra Krzysztoszek, Magnus Lund Nielsen, Inés Fernández-Pontes, Alessia Peretti, Catalina Mihai.
Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]