Les Capitales : Berlin prend la tête d’un durcissement européen en matière de migration

Aujourd’hui dans Les Capitales : réunion d’un groupe de ministres européens menée par l’Allemagne sur la migration, l’UE approuve son 18e paquet de sanctions, le numéro d’équilibriste de Pedro Sánchez pour rester au pouvoir, et la propagande communiste désormais passible de prison en République tchèque.

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À LA UNE

C’est dans le cadre magnifique du Zugspitze, le plus haut sommet d’Allemagne, qu’un groupe restreint de ministres européens se réunit aujourd’hui à huis clos pour discuter de l’un des dossiers les plus explosifs de l’Union européenne : la politique migratoire.

À l’initiative du ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, des représentants de la France, de la Pologne, de l’Autriche, du Danemark et de la République tchèque sont présents. Le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, a également fait le déplacement.

Le message derrière cette initiative est clair : Berlin veut durcir le ton sur la migration et entend porter son message à Bruxelles.

« Il s’agit d’une impulsion nouvelle de la part de l’Allemagne », analyse un responsable. En effet, sous le précédent gouvernement dirigé par le Parti social-démocrate (SPD), l’Allemagne était réticente face à un renforcement du cadre européen en matière d’asile. Une position visible en particulier lors des négociations autour du pacte sur la migration et l’asile.

Désormais, le gouvernement de Friedrich Merz (CDU), souhaite inverser la tendance.

Et le timing choisi pour la réunion de ce vendredi n’est pas choisi au hasard. Bruxelles est en train de remanier ses règles sur la migration, avec des propositions telles que le règlement sur les retours et la classification des pays sûrs.

La réunion de Zugspitze vise à promouvoir une politique migratoire européenne plus stricte et plus unifiée. Y seront par exemple évoqués un renforcement de la surveillance, des contrôles aux frontières plus stricts, des retours coordonnés et de nouveaux mécanismes de coopération avec les pays d’origine et de transit des migrants.

« Notre travail est loin d’être terminé. Le pacte sur la migration et l’asile était un compromis qui répondait à la situation de 2015 », a expliqué le ministre tchèque de l’Intérieur, Vít Rakušan, à Euractiv. Le commissaire Brunner a indiqué à Euractiv qu’il apportait avec lui « de très bonnes nouvelles de Bruxelles », la nouvelle proposition de cadre financier pluriannuel (le budget de l’UE) pour la période 2028-2034 triplant le financement consacré à la migration et à la sécurité.

« L’Allemagne a pris un tournant dans sa politique d’asile et de migration et n’est plus perçue comme le conducteur fantôme de l’Europe », a souligné une source proche des chrétiens-démocrates allemands au pouvoir en Allemagne.

Un projet de déclaration de la rencontre laisse entrevoir un durcissement à venir de la position de l’UE sur la question migratoire : retours plus rapides, budgets renforcés, répression plus stricte contre les passeurs et mise en œuvre harmonisée des règles communes. Il s’agit autant d’une question d’image que de résultats, une tentative claire de définir les priorités de la Commission européenne à Bruxelles.

« Les réformes doivent être accélérées dans les domaines suivants : réduction des charges administratives (contrôles sanitaires, recours), abaissement des normes d’accueil pour les demandeurs provenant de pays sûrs et renforcement des éléments de sécurité », a ajouté Vít Rakušan.

Avec l’Allemagne en tête de file, ces mesures ont de grandes chances de se concrétiser. Mais ce durcissement permettra-t-il réellement de freiner les flux migratoires vers l’Europe ?


INSTITUTIONS EUROPÉENNES

L’UE approuve la révision du plafond du prix du pétrole russe dans le cadre de son 18e train de sanctions. L’UE serre à nouveau la vis contre Moscou. Les États membres ont approuvé, vendredi 18 juillet, un 18e train de sanctions contre la Russie, qui comprend une baisse significative du plafond du prix du pétrole russe et de nouvelles mesures commerciales et financières. Un article de Alexandra Brzozowski.

Révolte des régions face à la proposition de budget 2028-2034. La présidente du Comité européen des régions a vivement critiqué la proposition de cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE, la qualifiant de tentative de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour centraliser totalement les fonds de cohésion.

« Il n’y a qu’un seul moyen de rejeter la centralisation totale : nous devons riposter », a expliqué Kata Tüttő à Euractiv. « Une partie des fonds a toujours été centralisée et oui, une partie peut être centralisée, mais on ne peut pas tout centraliser », a poursuivi la socialiste hongroise.

SI l’UE s’en tient à la proposition de la Commission, près de la moitié du nouveau budget de 2 000 milliards d’euros sera rassemblée dans un fonds global destiné à la fois aux agriculteurs, aux régions, ainsi qu’à de nombreux autres bénéficiaires. Dans le budget actuel de l’UE (2021-2027), la cohésion est un programme autonome.

La Commission estime que ce changement est justifié, la flexibilité étant nécessaire pour « moderniser » le budget. Elle assure que les régions continueront à jouer un rôle clé, du moins si les gouvernements nationaux le jugent nécessaire.

« Je n’accepterai pas ce cadre de réflexion », a affirmé Kata Tüttő. « Si vous écartez les dirigeants locaux de la conception de la politique et que vous les considérez uniquement comme des exécutants, vous perdrez toute capacité d’innovation, toute créativité, toute ambition et beaucoup de ressources locales », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté que lopacité entourant la proposition de budget de la Commission (les commissaires n’ayant eux-même vu les chiffres qu’à la dernière minute) lui donnait un « fort sentiment de déjà-vu », lui rappelant son pays natal, la Hongrie.


LES CAPITALES

PARIS

L’armée française perd l’une de ses dernières bases en Afrique. Le « camp Geille », situé au centre de Dakar, est occupé par les forces françaises depuis l’indépendance du Sénégal en 1960. 350 soldats y étaient encore stationnés. Laurent Geslin nous en dit plus.

MADRID

Le pouvoir à tout prix : le numéro d’équilibriste de Pedro Sánchez face aux séparatistes. Sous pression des séparatistes, le Premier ministre espagnol multiplie les contorsions pour rester au pouvoir. Entre négociations controversées, tensions internes et scandales, sa coalition vacille. Inés Fernández-Pontes.

État de droit : l’UE trop clémente avec l’Espagne ? Dolors Montserrat, poids lourd du Parti populaire européen (PPE) et cheffe de la délégation espagnole du Partido popular (PP) au Parlement européen, s’est exprimée sur ce qu’elle considère comme un double standard dans la manière dont l’UE répond aux préoccupations en matière d’État de droit, en particulier en ce qui concerne l’Espagne.

S’exprimant sur la tempête politique qui entoure le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, entre la loi controversée sur l’amnistie des séparatistes catalans, les accusations d’ingérence dans l’indépendance judiciaire et les accusations de corruption visant son entourage, Dolors Montserrat n’a pas mâché ses mots. « Pourquoi ces questions sont-elles “européennes” en Hongrie et pas en Espagne ? Je ne comprends pas », s’est interrogée la députée européenne lors d’un entretien avec Euractiv.

Bien que dans la tourmente, Pedro Sánchez a récemment exclu de démissionner et a dévoilé une nouvelle stratégie de lutte contre la corruption. « La corruption est un problème européen. Pensez-vous que s’attaquer à l’indépendance du pouvoir judiciaire n’est pas un problème européen ? », a-t-elle ajouté.

Dolors Montserrat a établi un parallèle avec le Portugal, où l’ancien Premier ministre António Costa a démissionné l’année dernière à la suite d’un scandale de corruption : « Pourquoi pas en Espagne ? », a-t-elle ajouté, soulignant que les affiliations politiques n’ont aucune importance lorsque l’État de droit est en jeu.

PRAGUE

La propagande communiste désormais passible de prison en République tchèque. Le président Petr Pavel a signé une loi qui criminalise la promotion du communisme, la plaçant au même niveau que celle du nazisme. Une décision qui provoque la colère du Parti communiste KSČM. Par Aneta Zachová.

BRATISLAVA

L’UE poursuit la Slovaquie pour manquements au droit d’accès à un avocat. La Commission européenne a décidé de saisir la Cour de justice de l’UE (CJUE) contre la Slovaquie, qu’elle accuse de ne pas avoir correctement transposé les règles européennes garantissant aux suspects l’accès à un avocat dès leur arrestation. Plus d’infos avec Natália Silenská.

ROME

Le projet de pont entre la Sicile et l’Italie privé des fonds pour l’interconnexion en Europe. Le projet controversé de pont sur le détroit de Messine pour relier l’Italie continentale à la Sicile n’est pas éligible aux fonds du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) de l’UE, car il ne répond plus aux critères transfrontaliers du programme.

Toutefois, les responsables à Bruxelles ont déclaré jeudi 17 juillet que le projet restait inscrit dans le volet national du réseau européen de transport RTE-T et qu’il pourrait toujours être financé par des sources nationales ou par le nouveau Fonds européen pour la compétitivité (FEC).


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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]