Les Capitales : Qui est Mette Frederiksen ?
Aujourd’hui dans Les Capitales : qui est Mette Frederiksen, motion de censure contre von der Leyen, Manfred Weber divise le PPE, le centre-droit tchèque rejette le nouvel objectif climatique de la Commission, l’Italie relance l’exploitation minière et le Danemark s’engage à maintenir une « pression maximale » sur Budapest en faveur de Kiev.
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À LA UNE
Longtemps distante vis-à-vis de l’Union européenne et même eurosceptique, Mette Frederiksen, Première ministre danoise depuis six ans, affiche désormais une posture résolument pro-européenne.
« Fervente Européenne », selon ses propres mots, elle a opéré un virage stratégique au sujet de l’UE dans un contexte d’insécurité croissante.
La présidente du parti Social-démocratie danois a notamment modifié sa position autrefois austère vis-à-vis du budget de l’Union.
Selon Marlene Wind, professeure de politique européenne à l’Université de Copenhague, ce revirement est « principalement dû à l’insécurité et […] à la prise de conscience que nous sommes seuls et que nous ne pouvons plus compter sur les Américains ».
Et le Danemark a des raisons de s’inquiéter : entre les menaces d’invasion du Groenland — territoire autonome rattaché au Danemark — proférées par le président américain Donald Trump, la guerre russe en Ukraine et de la guerre hybride qui touche l’Europe du Nord.
« Une Europe forte dans un monde en changement », telle est la devise de la présidence danoise du Conseil de l’UE qui vient de débuter et durera six mois. Et c’est précisément ce monde en changement qui a poussé Mette Frederiksen à opérer un rapprochement avec l’Union.
La cérémonie de lancement de la présidence danoise du Conseil, qui a lieu ce jeudi 3 juillet à Aarhus, témoigne de cette nouvelle volonté d’ancrage européen. Autrefois indifférent face à Bruxelles (jusqu’à récemment, Copenhague n’avait même pas de porte-parole du gouvernement dans la capitale européenne), le Danemark veut désormais peser sur les priorités de l’UE.
Mette Frederiksen et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’accordent déjà sur le soutien à l’Ukraine, l’augmentation des dépenses de défense, le renforcement de l’action climatique — une cause que la Première ministre défend depuis longtemps — et la nécessité d’une réduction de l’immigration.
La ligne dure de la dirigeante danoise en matière d’immigration n’est pas nouvelle : elle en a fait une priorité dès son arrivée à la tête de son parti en 2015, alors que l’extrême droite atteignait 21 % dans les sondages. Aujourd’hui, elle met tout son poids derrière des solutions européennes radicales aux questions migratoires.
Sa position lui a valu les éloges de la droite, mais l’a mise en porte-à-faux avec les autres socialistes européens, en particulier son homologue espagnol Pedro Sánchez, qui invoque des arguments démographiques et économiques pour accueillir davantage de migrants. Mette Frederiksen, elle, affirme que les migrants porteront atteinte aux droits des travailleurs danois.
Son approche restrictive, notamment en envisageant des transferts de migrants vers le Rwanda et en réduisant le nombre de demandes d’asile, fragilise l’extrême droite danoise, dont elle a repris certaines thématiques. Ses positions ont plu aux électeurs du Parti populaire danois d’extrême droite, qui siège avec les Patriotes pour l’Europe au Parlement européen.
Cette combinaison d’ambitions écologistes affirmées et de fermeté migratoire rappelle la première Commission von der Leyen. Comme le souligne Marlene Wind, ces responsables politiques sont des « caméléons qui bougent avec l’opinion — et pour l’instant l’opinion penche à droite ».
Malgré une baisse de la popularité des partis de sa coalition tripartite dans les sondages, Mette Frederiksen reste solidement installée au niveau national. Elle est plus européenne, certes, mais dans une Europe qui devient un peu plus danoise.
INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Ursula von der Leyen face à une motion de censure le 10 juillet. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, fera face à une motion de censure au Parlement européen la semaine prochaine, la motion déposée par l’eurodéputé roumain Gheorghe Piperea (Conservateurs et Réformistes européens) ayant recueilli suffisamment de soutien.
L’initiative a peu de chances d’aboutir. Même le groupe parlementaire de Gheorghe Piperea a pris ses distances avec lui, un porte-parole des CRE ayant assuré à Euractiv qu’il ne s’agissait pas d’une initiative du groupe.
Pour être adoptée, une motion de censure doit recueillir à la fois les deux tiers des suffrages exprimés et la majorité absolue des membres du Parlement européen, soit au moins 361 voix — un scénario qui ne s’est encore jamais produit.
Toutefois, alors que les alliés traditionnels d’Ursula von der Leyen — les Socialistes et Démocrates européens (S&D) et les libéraux de Renew — sont toujours furieux de son virage plus à droite, la tentative de Gheorghe Piperea souligne le niveau d’animosité auquel est confrontée la présidente de l’exécutif.
La motion sera débattue lundi 7 juillet et fera l’objet d’un vote de l’ensemble du Parlement jeudi 10 juillet lors de la plénière à Strasbourg, a annoncé la présidente de l’hémicycle européen, Roberta Metsola, aux députés européens mercredi 2 juillet.
Initialement soutenue par 74 députés — dont certains ont par la suite retiré leur signature —, elle compte désormais 31 signataires du groupe CRE — groupe auquel est affilié le parti national du commissaire italien Raffaele Fitto, les Frères d’Italie de Giorgia Meloni.
Cette initiative met en évidence la fracture au sein du groupe CRE, dont les deux poids lourds, le parti de Giorgia Meloni et le parti polonais Droit et Justice (PiS), sont en désaccord sur la destitution de la Commission.
Les Italiens ont pris leurs distances par rapport à cette initiative, tandis que tous les Polonais l’ont signée.
Pour les socialistes, signer ou soutenir la motion reviendrait à un suicide politique.
« Il est clair que nous devons en discuter au sein du groupe, mais notre position est claire : nous ne voterons pas avec l’extrême droite », a assuré mercredi soir la présidente du groupe S&D, Iratxe García Pérez, devant la presse.
La frustration monte contre Ursula von der Leyen. La présidente du groupe libéral Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a tenu mercredi 2 juillet une réunion d’une heure avec Ursula von der Leyen au Berlaymont.
Cette réunion fait suite à la rencontre entre la présidente de la Commission européenne et la cheffe de file des Socialistes et Démocrates européens (S&D), Iratxe García Pérez, la semaine dernière, dans un contexte de frustration croissante face à la dérive vers la droite du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), parti de la présidente de l’exécutif, et à la menace de la Commission de retirer un projet de loi contre le greenwashing.
En novembre dernier, Renew, S&D et PPE avaient signé un accord informel sur les priorités politiques pour la législature actuelle, mais cela n’avait pas empêché le centre-droit de se faire d’autres alliés à l’extrême droite.
La résistance s’organise contre la réforme du financement régional de l’UE. Dans un document consulté par Euractiv, quatorze États de l’UE exhortent la Commission européenne à conserver une politique de cohésion « autonome » et à ne pas la fusionner dans un « mégafonds » dans le prochain budget de l’UE. Lire la suite.
Parallèlement à cela, le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) a envoyé une lettre à la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, mardi 1er juillet, dans laquelle il s’oppose au conditionnement de l’octroi de fonds de l’UE à des réformes nationales. Il dénonce également le projet de réaffectation du Fonds social européen à d’autres priorités, telles que la défense. Lire l’article en entier.
Les luttes de Manfred Weber qui divisent le centre-droit européen. À l’aube de chaque sommet européen, une autre réunion se tient à Bruxelles : celle des chefs d’État et de gouvernement issus du Parti populaire européen (PPE). Et ces rencontres pourraient bien devenir sujettes à plus de débats que l’évènement principal. En savoir plus.
Glyphosate : l’UE lance une nouvelle évaluation scientifique qui pourrait durer jusqu’à 21 mois. Bruxelles se penche actuellement sur une récente étude montrant que le glyphosate peut être lié à une augmentation du taux de tumeurs chez les rats, et ce même à des doses considérées comme sûres selon les normes européennes actuelles. Un article de notre hub Agriculture.
LES CAPITALES
RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
Des responsables politiques tchèques de centre-droit rejettent l’objectif climatique de l’UE pour 2040. Les responsables politiques tchèques du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) se sont joints aux conservateurs pour rejeter la dernière proposition climatique de la Commission européenne. Celle-ci vise à réduire de 90 % d’ici 2040 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990. Lire la suite.
ITALIE
L’Italie relance l’exploration minière. Pour la première fois depuis 1990, l’Italie investit massivement dans la recherche géologique afin d’évaluer son potentiel extractif. Cette initiative marque un tournant dans la politique nationale en matière de ressources naturelles et donne la priorité aux ressources que la Commission européenne définit comme essentielles et stratégiques pour l’économie et la sécurité de l’UE. Un article d’Euractiv Italie.
POLOGNE
Malgré les doutes, le serment présidentiel aura lieu le 6 août. Le président du parlement polonais, Szymon Hołownia, a annoncé que le président élu Karol Nawrocki prêtera serment au parlement le 6 août, après que la Cour suprême a validé mardi 1er juillet sa victoire au scrutin de début juin.
Karol Nawrocki, candidat conservateur indépendant soutenu par le parti d’opposition Droit et Justice (PiS), a remporté le second tour de la présidentielle le 1er juin. Il a battu le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, membre de la Plateforme civique (PO) du Premier ministre Donald Tusk.
Rapidement, de nombreux rapports ont fait état d’erreurs dans le dépouillement des votes, soulevant des inquiétudes quant aux résultats. La Chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques de la Cour suprême, qui a confirmé la validité de l’élection cette semaine, n’est pas reconnue comme une cour indépendante par de nombreux tribunaux internationaux, experts, juges et le gouvernement actuel. Certains soulignent le fait que les juges de cette chambre ont été nommés par le Conseil national de la magistrature, un organe politisé créé dans le cadre des réformes controversées opérées en 2017 par le gouvernement alors dirigé par les conservateurs du PiS.
Malgré ces inquiétudes, Szymon Hołownia a décidé de maintenir la prestation de serment. « Il existe des doutes quant au statut de la Chambre de contrôle extraordinaire et des affaires publiques de la Cour suprême. Il n’y a aucun doute quant à la personne élue par le peuple polonais », a-t-il écrit sur X. « C’est pourquoi je vais […] faire prêter serment à Karol Nawrocki. »
Il a également souligné que toute irrégularité dans le scrutin « doit faire l’objet d’une enquête approfondie par les procureurs ».
DANEMARK
Adhésion de l’Ukraine à l’UE : Copenhague s’engage à exercer une « pression maximale » sur Budapest. Le Danemark s’engage à exercer une « pression maximale » sur la Hongrie afin de relancer la candidature de l’Ukraine, bloquée en raison du veto du Premier ministre Viktor Orbán.
« Nous exercerons une pression maximale sur la Hongrie afin qu’elle lève ses réserves », a déclaré la ministre danoise des Affaires européennes, Marie Bjerre, lors du lancement de la présidence danoise du Conseil de l’UE.
« Nous sommes prêts à faire tout ce qui est en notre pouvoir, tant sur le plan politique que pratique, pour faire avancer les choses avec l’Ukraine, mais aussi avec la Moldavie et les pays des Balkans occidentaux », a-t-elle expliqué aux journalistes.
Le Danemark fait partie d’un groupe d’États membres favorables à l’élargissement de l’Union qui vise à réaliser autant de progrès informels que possible tant que les décisions officielles sont bloquées, dans l’optique d’une avancée rapide du processus d’adhésion de Kiev si le veto hongrois venait à être levé.
ALLEMAGNE
Berlin revient sur sa promesse de réduire sa taxe record sur l’électricité. Le gouvernement allemand conservera l’un des taux d’imposition sur l’électricité les plus élevés d’Europe, malgré une promesse électorale de le réduire au minimum autorisé par la législation européenne.
Les règles européennes fixent le taux d’imposition minimum sur l’électricité à 1 euro par mégawattheure. L’Allemagne applique un taux 20 fois plus élevé, ce qui représente plus de 5 milliards d’euros de recettes fiscales en 2024.
Le gouvernement de coalition avait initialement promis de réduire cette taxe afin d’alléger la charge qui pèse sur les ménages allemands. La plupart des entreprises en étaient déjà exemptées en 2023.
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Avec les contributions de nos journalistes Jacob Wulff Wold, Nicoletta Ionta, Aneta Zachová, Alessia Peretti, Alice Bergoënd, Aleksandra Krzysztoszek and Barbara Bodalska, Magnus Lund Nielsen, Alexandra Brzozowski, Thomas Moller-Nielsen et Nikolaus J. Kurmayer.
Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]