Les conservateurs en tête, la Grande-Bretagne dans l’expectative
Le Parti conservateur britannique est la première force politique à la chambre des Communes mais n’obtient pas la majorité absolue. Une situation qui ouvre la voie à des tractations en vue de la création d’une coalition ou d’un gouvernement minoritaire.
Le Parti conservateur britannique est la première force politique à la chambre des Communes mais n’obtient pas la majorité absolue. Une situation qui ouvre la voie à des tractations en vue de la création d’une coalition ou d’un gouvernement minoritaire.
Après proclamation des résultats dans plus de la moitié des 650 circonscriptions du pays, David Cameron, chef de file des Tories qui entendent bien sortir de treize ans d’opposition, a affirmé que le Labour n’avait plus la légitimité pour se maintenir au pouvoir.
Les conservateurs ont remporté les législatives de jeudi, avec 305 députés, soit 21 sièges de moins que la majorité absolue de 326 élus à la chambre des Communes, selon un sondage sortie des urnes, diffusé notamment par la BBC. Le Labour remporterait 255 sièges et les libéraux-démocrates 61. A eux deux, ces deux derniers partis réuniraient donc 316 députés, ce qui les placerait devant les conservateurs, mais ne leur permettrait pas d’avoir la majorité claire pour gouverner.
« Je pense qu’il est d’ores et déjà clair que le Parti travailliste a perdu son mandat pour gouverner notre pays », a lancé Cameron après la proclamation de son élection dans la circonscription de Witney, dans l’ouest de Londres.
« Le Labour ne peut espérer rester au gouvernement après ce rejet humiliant. Avec 100 sièges perdus, ce serait une insulte faite aux électeurs que de prétendre le contraire », a quant à lui commenté Henry McRory, porte-parole du Parti conservateur.
Un gouvernement minoritaire conservateur?
Nombre d’observateurs parient donc sur un gouvernement minoritaire dirigé par ce « conservateur compassionnel » qui pourra tenter de négocier l’appui ponctuel des petits partis nationalistes d’Irlande du Nord, d’Ecosse et du Pays de Galles, quitte à organiser plus tard de nouvelles élections.
« Cameron va obtenir la mise en oeuvre de son programme, faire la preuve de ses compétences et convoquer de nouvelles élections cet automne ou au printemps », prédit Mark Wickham-Jones, professeur de sciences politiques de l’université de Bristol.
Une coalition de centre-gauche?
« Bien entendu que nous serions prêts à l’envisager », a déclaré sur Sky News le ministre du Commerce Peter Mandelson, numéro deux du gouvernement.
« Hung Parliament«
La situation actuelle place la Grande-Bretagne dans une situation de « hung Parliament » (Parlement suspendu) la pire depuis 1974.
Et le Labour n’a pas l’intention de céder sans résistance. « Les règles sont telles qu’en cas de ’hung parliament’, la priorité ne revient pas au parti ayant le plus de sièges, mais au gouvernement en place », a souligné Peter Mandelson, ministre des Entreprises.
Pour Jonathan Tonge, directeur du département de sciences politiques à l’université de Liverpool, il est toutefois « pratiquement inconcevable que Gordon Brown puisse essayer de se maintenir au pouvoir ».
Quel qu’il soit, le prochain locataire du 10 Downing Street héritera d’un déficit public record, supérieur à 11% du Produit intérieur brut, et devra satisfaire, un an après le scandale des notes de frais des députés, aux appels à réformer le système politique et électoral.
L’émergence des libéraux démocrates durant la campagne avait compliqué l’équation, leur chef de file Nick Clegg se montrant très à son avantage lors des trois débats télévisés organisés pour la première fois dans l’histoire politique du pays.
Clegg pourrait être l’homme clé pour former une majorité, bien que les projections ne soient pas à la hauteur de ses attentes. « Les grands perdants, si ces sondages sont corrects, ce sont les Lib Dem. On a tellement parlé de la Cleggmania. Tout se passe comme s’ils avaient été étouffés par la bataille engagée entre les conservateurs et le Labour », souligne Jonathan Tonge.
Compte tenu de son caractère particulièrement indécis, on s’attendait à ce que ce scrutin attire les foules. Certains bureaux de vote ont été pris de court par la participation massive et la police a dû intervenir par endroits pour calmer les esprits.
La commission électorale a ouvert une enquête qui pourrait remettre en cause certains résultats.