Les Danois comparent leur présidence à du Rugbrød

Les Danois ont comparé leur présidence du Conseil de l'UE à l'un de leurs plats traditionnels, le pain de seigle Rugbrød que de nombreux habitants du Danemark mangent au déjeuner : un aliment peu attractif, mais très bon pour la santé. Certains observateurs bruxellois notent toutefois le manque d'initiative du Danemark sur des sujets majeurs, notamment la crise de la dette.

EURACTIV.com
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Les Danois ont comparé leur présidence du Conseil de l'UE à l'un de leurs plats traditionnels, le pain de seigle Rugbrød que de nombreux habitants du Danemark mangent au déjeuner : un aliment peu attractif, mais très bon pour la santé. Certains observateurs bruxellois notent toutefois le manque d'initiative du Danemark sur des sujets majeurs, notamment la crise de la dette.

 

La dernière fois que le Danemark a exercé la présidence tournante du Conseil de l'UE en 2001, l'élargissement était au centre de tous les débats. Le premier ministre danois de l'époque, Anders Fogh Rasmussen, avait clôturé la présidence en déclarant : « Europe, nous avons un accord ! »

 

Cette fois-ci, les attentes ont été revues à la baisse, surtout en raison de la place qu'occupe l'euro dans les discussions, dans la mesure où le Danemark n'a pas adopté la monnaie unique. L'actuelle première ministre, Helle Thorning-Schmidt, n'a par ailleurs été élue que quatre mois avant le début de la présidence.

 

Le printemps de cette année ne restera sans doute pas dans les mémoires pour la présidence danoise du Conseil de l'UE. Toutefois, même si la crise économique a monopolisé l'attention, les organisations Danish Business et Danish Industry restent persuadées que les ministres danois ont fait du bon boulot.

 

Ils ont comparé cette présidence au pain de seigle danois.

 

« Je pense qu'il s'agit d'une présidence pragmatique en des temps historiques. Ces deux éléments ne vont pas toujours de pair », a expliqué Sinne Backs Conan, responsable des politiques européennes pour Danish Industry, cité par l'agence de presse danoise Ritzau.

 

Selon Danish Business, le Danemark est parvenu à faire pencher le programme européen en faveur des entreprises danoises et européennes.

 

Il a notamment fait pression pour que les mêmes réglementations soient appliquées dans tous les pays, afin que le Danemark ne souffre pas d'un manque de compétitivité.

 

« Nous ne pouvons qu'en être satisfaits », a expliqué le responsable du bureau bruxellois de Danish Business, Kasper Ernest. Il a salué les progrès réalisés au cours des six derniers mois dans les domaines de l'innovation, de la recherche, de l'entrepreneuriat et de l'investissement dans les infrastructures au niveau de l'UE.

 

Sur un ton un peu plus critique, les représentants de Danish Business ont expliqué que la présidence danoise aurait pu négocier plus d'accords de libre-échange et aboutir à de meilleurs résultats dans les domaines de l'énergie et du climat.

 

« Ces tâches n'ont pas été aisées », a commenté M. Conan.

 

Après le Danemark, il revient à présent à Chypre d'exercer la présidence tournante pendant six mois, alors que le pays vient de se tourner vers Bruxelles pour lui demander une aide financière.

 

Critiques

 

Les Danois ont été sous le feu des critiques lorsque la Parlement a décidé de boycotter et de suspendre les négociations avec les Etats membres de l'UE sur cinq dossiers majeurs dans les domaines de la justice et des affaires intérieures pour protester contre la décision du Conseil de réécrire unilatéralement les règles sur la gouvernance de l'espace Schengen de libre circulation.

 

Le ministre danois de la justice, Morten Bødskov, a été particulièrement critiqué pour avoir promu un programme considéré par les eurodéputés comme une « attaque directe contre les valeurs fondamentales de l'UE ».

 

« Vous avez brisé la relation de confiance que vous entreteniez avec ce Parlement, vous avez renié la méthode communautaire qui garantit que les grands Etats membres ne peuvent pas imposer leur volonté aux Etats plus petits », s'était alors insurgé Joseph Daul, le leader du groupe PPE de centre-droit.

 

« Vous avez ouvert la porte au populisme et nous nous lèverons contre vous », avait déclaré Hannes Swoboda qui dirige le groupe des Socialistes et Démocrates.

 

Les eurodéputés danois ont été choqués de l'accueil réservé à M. Bødskov.

 

« C'est le pire massacre auquel j'ai assisté. Ce n'était pas beau à voir. C'était embarrassant pour le Danemark », a déclaré au quotidien danois Politiken l'eurodéputé Morten Løkkegaard du groupe de l'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe.

 

« Je n'ai jamais rien vu de tel. Morten Bødskov a déclenché une catastrophe en plénière », a ajouté Jens Rohde, lui aussi un eurodéputé de l'ADLE.

 

L'eurodéputée Christel Schaldemose (S&D) membre du parti de M. Bødskov a déclaré : « Ce fut un échange d'opinions très rigoureux. En tant que Danoise, ce n'était pas beau à voir. »

 

Succès du ministre des affaires européennes

 

Si M. Bødskov a été la cible du Parlement, le ministre danois des affaires européennes, Nicolai Wammen, a plutôt été couronné de succès.

 

Mme Thorning-Schmidt a pris un risque en nommant M. Wammen au poste de ministre des affaires européennes, dans la mesure où il occupait précédemment le poste de maire de la seconde ville du pays, Aarhus, et ne jouissait d'aucune expérience internationale.

 

« Nicolai Wammen a, selon mes sources, fourni un effort convaincant », a déclaré le commentateur politique Thomas Larsen du journal Berlingske Tidende.

 

« Il a tout appris en un temps record, il a développé ses relations avec le Parlement et, lors que le ministre de la justice, Morten Bødskov, a été sous le feu des critiques, son rôle a été vital pour calmer les esprits », a-t-il ajouté.

 

Bien que M. Wammen puisse conserver son poste de ministre des affaires européennes, M. Larsen pense plutôt que Mme Thorning-Schmidt le nommera à un autre poste de ministre plus proche des Danois pour qu'il puisse renforcer l'image du gouvernement.

 

Une présidence invisible

 

D'un point de vue bruxellois, la présidence danoise a confirmé la tendance selon laquelle les présidences tournantes sont moins importantes depuis l'adoption du traité de Lisbonne.

 

« Cette présidence était totalement invisible », a déclaré à EURACTIV Piotr Maciej Kaczy?ski, chercheur au Centre for European Policy Studies.

 

« Ils ont fait ce qu'ils devaient faire, ils ont fait du très bon travail sur certains dossiers législatifs, mais sur les grandes questions politiques, ils étaient inexistants. Mais c'est ainsi que fonctionne le système. Ce n'est plus une présidence de l'UE, c'est une présidence du Conseil de l'UE », a déclaré M. Kaczy?ski.

 

Le chercheur a expliqué que la gestion de la réforme de Schengen avait été la plus grande erreur de Copenhague. Il a toutefois ajouté qu'en dehors de cela, ils avaient fait du bon travail sur bon nombre de points, mentionnant en particulier les nouvelles règles de gouvernance économique pour renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro, le fameux « paquet de deux ».

 

« Ils ont fait de leur mieux. Mais encore une fois, ils n'ont pas été présents dans les gros dossiers comme la crise de l'euro », a-t-il conclu.