Les députés belges critiquent l’inaction du gouvernement au sujet de Gaza

Réunie en urgence jeudi 14 août, la commission des Relations internationales du parlement belge a été le théâtre de vifs débats concernant la position de la Belgique sur la reconnaissance de la Palestine, d’un génocide, et d’éventuelles sanctions contre Israël.

EURACTIV.com
Protest in Brussels as Belgian MPs prepare for Gaza debate
Le ministre belge des Affaires étrangères, européennes et de la coopération au développement. [EPA/OLIVIER HOSLET]

La session de jeudi, convoquée à l’initiative des Verts, a contraint plusieurs députés à écourter leurs vacances. L’échange de vue incluait également le ministre des Affaires étrangères et européennes Maxime Prévot et s’est rapidement transformée en un débat sur la paralysie du gouvernement concernant le dossier Gaza.

Depuis plusieurs semaines, les tensions couvent au sein du gouvernement fédéral, composé de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, CRE), du Mouvement réformateur (MR, Renew), et des partis Les Engagés, Vooruit (S&D) et les Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V, PPE). Ces trois derniers partis fustigent le silence de l’exécutif sur la question.

Résultat : pas de position belge unie sur la question de la reconnaissance de la Palestine et d’un génocide, et pas de sanctions contre Israël en vue.

Le Premier ministre sous le feu des critiques

Engagés, CD&V et Vooruit réclamaient la tenue d’un conseil des ministres avant la réunion de la commission, dans l’espoir de rallier le MR, opposé à l’utilisation du terme « génocide », et la N-VA, restée jusqu’ici muette sur la question. Les trois partis souhaitent également la reconnaissance d’un État palestinien et que la Belgique adopte des sanctions contre Israël.

Cependant, le Premier ministre Bart De Wever (NV-A), en vacances jusqu’à dimanche, n’a pas réuni ses ministres, même en visioconférence, pour évoquer ces questions.

En amont de la réunion, le président du CD&V, Sammy Mahdi, avait exprimé sur la VRT sa frustration concernant la situation : « Espérons que le gouvernement se réunira rapidement et que, une fois que tous les ministres seront de retour de vacances, ils auront compris qu’en période de génocide, c’est ici qu’il faut être ». Il a prévenu : « Si rien n’est fait contre Israël, il deviendra impossible pour un démocrate-chrétien de continuer à traiter tous les autres dossiers comme si de rien n’était. »

Lors de la session parlementaire, de nombreux députés ont eux aussi reproché au Premier ministre de ne pas avoir écourté ses vacances. L’écologiste Rajae Maouane (Ecolo) a fulminé, rappelant que « le génocide lui ne prend pas de vacances ».

Face aux députés, Maxime Prévot (Les Engagés) a confirmé qu’aucune réunion des ministres n’avait eu lieu et qu’il s’exprimait donc sur la base de l’accord de gouvernement et de son mandat de ministre des Affaires étrangères.

Parallèlement, les largages d’aide humanitaire auxquels la Belgique a participé — et que le gouvernement De Wever met en avant — sont jugés insuffisants par de nombreux parlementaires.

Maxime Prévot pour une position ferme

Le ministre Maxime Prévot a défendu jeudi une position plus ferme que certains de ses partenaires de coalition sur le dossier.

« Il est difficile de ne pas voir [dans cette guerre] tous les éléments susceptibles de constituer des violences clairement génocidaires », a-t-il soutenu.

Sur les sanctions, il a assuré que la Belgique avait « vigoureusement plaidé au niveau européen pour que des sanctions soient prises à l’égard des leaders politiques et militaires tant du Hamas que d’Israël », regrettant le blocage imposé par la Hongrie.

« Je vais à nouveau mettre sur la table la demande de blacklister en Belgique, comme les Pays-Bas […]. Et je suis content d’entendre que je peux maintenant compter sur le soutien de la N-VA », a-t-il ajouté.

Il s’est également dit favorable à l’interdiction d’importer des produits issus des colonies israéliennes.

Sur la reconnaissance de la Palestine, le ministre s’est fait l’écho de plusieurs députés en avertissant que « si l’on ne progresse pas sur la question de la reconnaissance de l’État de Palestine d’ici l’assemblée générale de l’ONU en septembre, il n’y aura bientôt plus rien à reconnaître ». Et d’ajouter que « le gouvernement ne doit pas manquer son rendez-vous avec l’histoire, avec notre conscience et avec nos obligations morales et juridiques ».

« La reconnaissance […] ce n’est pas punir Israël, ce n’est pas récompenser le Hamas, c’est rétablir un minimum d’équilibre sans lequel aucune paix n’est possible » Il a également regretté que la Belgique n’ait pas déjà emboîté le pas à des pays comme la France sur cette question en juillet.

« L’enjeu est d’assortir [la reconnaissance] d’exigences susceptibles de faire évoluer la situation sur le terrain. Comptez sur moi pour faire bouger les lignes », a également promis le ministre aux députés plus tôt.

Les lignes de fracture

La N-VA, par la voix de Kathleen Depoortere, a rappelé que la coalition restait attachée à une solution à deux États, sous certaines conditions (démantèlement du Hamas, libération des otages et frontières garanties).

Elle a aussi mis en avant les largages d’aide humanitaire belge, tout en reconnaissant qu’il est temps « d’augmenter la pression politique et diplomatique » sur Israël.

Au MR, Denis Ducarme a reconnu « la gravité de la situation » et réclamé des décisions rapides pour éviter que la famine ne s’aggrave encore. « Nous souhaitons agir avec rationalité plutôt que de rejoindre une position militante qui est sans doute mauvaise conseillère », a-t-il déclaré, en soulignant que « si ce sont des sanctions idéologiques, le MR ne les soutiendra pas, mais si elles peuvent effectivement aider, le gouvernement trouvera le MR à ses côtés ».

Une crise à l’horizon ?

« Est-ce que ce dossier mérite une chute du gouvernement ? », s’est interrogé François De Smet (Défi, sociaux libéraux). Selon lui, « il mérite au moins une crise ».

De son côté, après la réunion, Maxime Prévot déclarait sur le plateau de RTL que si la N-VA et le MR persistent à bloquer la reconnaissance de la Palestine, « ce sera le motif d’une crise grave du gouvernement ».

Il redoute « une perte totale de crédibilité sur la scène internationale »  en raison d’un « deux poids, deux mesures » entre Gaza, l’Ukraine ou la RDC.

Tout en saluant « des ouvertures » du côté de la N-VA, il a averti que le temps presse : l’Assemblée générale de l’ONU se tiendra le 20 septembre à New-York, et la Belgique devra s’y présenter avec une position claire.

Au parlement, Maxime Prévot avait indiqué que le gouvernement doit se réunir « dans les prochaines semaines » pour définir la position belge.