Les députés italiens profondément divisés échouent à élire un président

Le Parlement italien n’est pas parvenu à élire un nouveau président lors des deux premiers votes jeudi (18 avril). Une rébellion du centre-gauche contre le chef de file Pier Luigi Bersani a torpillé son candidat officiel et prolonge l’impasse politique.

EURACTIV.com / Reuters
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Le Parlement italien n’est pas parvenu à élire un nouveau président lors des deux premiers votes jeudi (18 avril). Une rébellion du centre-gauche contre le chef de file Pier Luigi Bersani a torpillé son candidat officiel et prolonge l’impasse politique.

Les tentatives bancales de formation d'un gouvernement depuis les élections générales peu concluantes de février se poursuivront jusqu'à l'élection d'un nouveau président. Un jour de votes chaotiques a montré à quel point la scène politique restait divisée.

L'économie italienne, la troisième de la zone euro, se contracte depuis six trimestres consécutifs et la confusion politique a aggravé l'incertitude dans un pays qui était proche d'une crise financière en 2011.

Le candidat de Pier Luigi Bersani, Franco Marini, ancien président du Sénat, était très loin de la majorité qualifiée des deux tiers des 1 007 élus, lors du premier vote. Au deuxième tour, il n'a recueilli aucune voix, de nombreux élus du centre-gauche et du centre-droit ayant voté blanc.

Selon des sources politiques, ce vote blanc visait à lui éviter une nouvelle humiliation après qu'une rébellion du centre-gauche contre sa candidature l’a empêché de remporter la majorité des deux tiers des élus des deux chambres du Parlement, plus les représentants régionaux.

L'échec de M. Marini lors d'un vote nécessaire à la formation d'un gouvernement depuis l'impasse des élections générales de février, équivaut à une gifle en plein visage pour M. Bersani.

Ce dernier a fortement divisé son parti en choisissant M. Marini dans le cadre d'un accord avec le chef de file du centre-droit, Silvio Berlusconi.

M. Bersani a indiqué à des journalistes qu'il rencontrerait les élus de centre-gauche afin de décider des prochaines étapes en amont d'un troisième vote vendredi matin. À l'issue de ce vote, une majorité simple est requise afin d'élire un nouveau président.

Des sources parlementaires ont indiqué à Reuters que le Parti démocrate (PD) de M. Bersani avait demandé le report d'un quatrième vote, probablement jusqu'à samedi, afin d'avoir plus de temps pour élaborer sa stratégie.

La demande sera examinée lors d'une réunion des dirigeants parlementaires vendredi matin. Les chefs de file du parti de M. Berlusconi à la chambre basse et au Sénat ont déclaré dans un communiqué jeudi soir qu'ils s'opposaient à ce report.

Nouvelle phase

Pier Luigi Bersani a reconnu qu'« une nouvelle phase » de l'élection s'ouvrait et a indiqué que M. Marini, âgé de 80 ans, ne serait plus retenu comme candidat, car il suscite trop de dissensions. Le centre-gauche ferait une nouvelle proposition pour l'élection présidentielle, a-t-il ajouté.

De nombreux parlementaires rebelles de centre-gauche ont voté à bulletin secret pour le professeur Stefano Rodota, candidat du Mouvement populaire cinq étoiles de l'ancien humoriste Beppe Grillo.

Nichi Vendola, le chef de file du SEL, l'allié de gauche de M. Bersani, a indiqué que la nomination de Franco Marini était une erreur. « M. Marini était un candidat qui unissait le centre-droit, pas le centre-gauche », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu'à moins que la situation ne change, ses 46 représentants voteraient encore pour M. Rodota.

L'échec de Franco Marini pourrait anéantir l'accord de Pier Luigi Bersani avec Le Cavaliere, qui vise à aider le socialiste à former un gouvernement minoritaire.

M. Bersani a rejeté à plusieurs reprises les demandes de M. Berlusconi afin de constituer ensemble une grande coalition. Beaucoup estiment cependant qu'il souhaite un accord sur la présidence en vue d'encourager le centre-droit à soutenir un gouvernement minoritaire de centre-gauche.

Le vote d'un successeur au président Giorgio Napolitano, dont le mandat se termine le 15 mai, est une étape essentielle dans la résolution de l'impasse. Lors des élections de février, aucun parti n'a récolté assez de voix pour former un gouvernement.

Le choix de Franco Marini a cependant suscité la colère au sein du PD de M. Bersani et  provoqué une révolte, menée par son rival, Matteo Renzi, le maire de Florence âgé de 38 ans. M. Renzi a qualifié M. Marini de « candidat du siècle dernier  », dénué de charisme et sans la moindre stature internationale. Il a ajouté que Franco Marini avait été choisi seulement parce qu'il était acceptable pour Silvio Berlusconi.

Le PD pourrait abandonner tout espoir de conclure un accord entre le centre-droit en raison de la débâcle de M. Marini et choisir un candidat tel que l'ancien premier ministre Romano Prodi, l'un des plus anciens ennemis politiques de Silvio Berlusconi. Beaucoup estiment que ce choix donnerait lieu à de nouvelles élections au cours des prochains mois.

La fonction présidentielle est pour l'essentiel honorifique en Italie, mais certaines fonctions politiques sont indispensables. Giorgio Napolitano l'a démontré en 2011 lorsqu'il a désigné Mario Monti à la tête d'un gouvernement de technocrates afin de remplacer Silvio Berlusconi, éclaboussés par de nombreux scandales.