Les diplomates français en grève

Le personnel diplomatique de la France sera en grève jeudi (2 juin) après la publication d’un décret supprimant le corps diplomatique et ses spécificités par rapport au reste de la haute fonction publique, craignant la « paupérisation » du corps.

Euractiv France
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Les différents « corps » de la haute fonction publique française ont tous vocation à rejoindre le nouveau corps unique des « administrateurs d'État », supprimant ainsi les spécificités liées à chacun d’entre eux.

Le personnel diplomatique de la France sera en grève jeudi (2 juin) après la publication d’un décret supprimant le corps diplomatique et ses spécificités par rapport au reste de la haute fonction publique, craignant la « paupérisation » du corps.

En pleine élection présidentielle, le 18 avril dernier, le gouvernement français a publié un décret actant la suppression du corps diplomatique français à partir de 2023, dans le cadre de la réforme de la haute fonction publique.

Les différents « corps » de la haute fonction publique française ont tous vocation à rejoindre le nouveau corps unique des « administrateurs d’État », supprimant ainsi les spécificités liées à chacun d’entre eux.

Parmi les changements, les aspirants diplomates n’intégreront pas directement le Quai d’Orsay mais devront passer par différentes « missions de terrain » pendant six ans. Cela répond à une logique de mobilité des carrières au sein de la haute fonction publique voulue par le gouvernement.

500 diplomates, habituellement très discrets, sont sortis de leur réserve en publiant une tribune dans Le Monde pour s’inquiéter du risque de « nominations de complaisance au détriment de la compétence, […] la déstructuration des carrières, une perte de l’expertise et une crise des vocations ».

Depuis, de nombreux autres professionnels de la diplomatie, dont même certains Ambassadeurs en exercice, ont rejoint ou soutenu le mouvement de grève en s’exposant publiquement sur les réseaux sociaux. Entre autres, Véronique Aulagnon, Ambassadrice de France à Oman et Claire Le Flécher, Ambassadrice de France au Koweït ont annoncé être en grève ce jeudi.

L’ancien Ambassadeur de France aux Etats-Unis Gérard Araud, se désole que « la France sera le seul grand pays occidental sans diplomates professionnels » et craint que des « nominations à l’américaine » puissent intervenir.

Un jeune diplomate a confirmé à EURACTIV France ces inquiétudes, qui s’expliquent notamment par « la crainte de la disparition des débouchés » dans une carrière déjà extrêmement étroite comme celle de la diplomatie.

Selon lui, le personnel diplomatique n’est pas reconnu à sa juste valeur, alors qu’il a « le sentiment de défendre son pays » au prix de « sacrifices personnels » importants, liés à la nature même des fonctions exercées.

Cette même source reproche au gouvernement d’Emmanuel Macron la manière dont la réforme a été menée, sans concertation et imposée depuis l’Elysée, alors que le corps diplomatique était prêt à discuter d’une réforme.

Il ajoute que le ministère des Affaires étrangères est contraint depuis des années d’un point de vue budgétaire. Contraints par des suppressions de postes, les diplomates n’ont de choix que de se concentrer sur les enjeux multilatéraux les plus importants – comme « l’Ukraine ou le nucléaire en Iran » – sans pouvoir nourrir des relations bilatérales.

Plus largement, quant à la réforme de la haute fonction publique française, ce jeune diplomate considère qu’elle va favoriser « les aller-retours entre le public et le privé ». La suppression de la très prestigieuse ENA (Ecole nationale d’administration) n’est qu’un « habillage » consistant à remplacer les réseaux de la haute fonction publique avec d’autres réseaux, dont notamment ceux du secteur privé, cabinets de conseil et directions des grandes entreprises en tête.

Tout ce mouvement, conclut notre source, ne peut que conduire à la « paupérisation du corps diplomatique ». Le « vrai sujet [de la grève], c’est la spécificité du corps diplomatique » ajoute-t-il : les sacrifices à accepter sont nombreux, tant au niveau personnel et familial que de sa propre sécurité.