Les enjeux européens dans les prémices de la campagne électorale française [FR]

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, deux candidats probables à l'élection présidentielle française de 2007 qui sont actuellement en tête des sondages, ont déjà donné leur opinion sur les principales questions européennes.

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, deux candidats probables à l’élection présidentielle française de 2007 qui sont actuellement en tête des sondages, ont déjà donné leur opinion sur les principales questions européennes.

Les deux principales formations politiques françaises, le Parti socialiste et l’UMP (centre-droit), devraient désigner leurs candidats officiels dans les prochains mois. Bien que la question ne soit pas encore réglée, notamment au Parti socialiste, deux personnalités peuvent être considérées, à ce stade, comme les futurs candidats éventuels :  Ségolène Royal pour les Socialistes et l’actuel ministre de l’intérieur et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy.

Ces deux figures très médiatisées ont récemment donné leur avis sur des questions qui figurent parmi les priorités de l’agenda européen.

L’avenir de l’Union européenne

Les deux candidats défendent des visions très différentes sur la manière de relancer le projet européen après l’échec de la Constitution.

Mme Royal propose une vision de gauche classique sur l’UE. Elle sait que l’Europe sera une question délicate car le parti socialiste reste très divisé sur la question depuis la campagne du référendum sur le traité constitutionnel, où il avait pratiquement implosé. Elle pense que le traité constitutionnel doit être renégocié pour y ajouter une dimension sociale plus forte. De plus, elle propose un nouveau concept : ‘l’Europe par la preuve’, qui est un « mélange d’émulation, d’harmonisation (sociale et fiscale) et de mutualisation » (programme de recherche commun etc.). Bien qu’elle souhaite un nouveau traité, elle approuve les dispositions du traité qui visent à renforcer le rôle de l’UE sur la scène internationale (un président de l’Union, un ministre des Affaires étrangères et un service diplomatique, etc.).

Dans le camp adverse, Nicolas Sarkozy a dessiné les trois principales lignes de son programme européen :

  • Sur l’avenir du Traité constitutionnel, M. Sarkozy propose d’adopter uniquement la première partie du traité et ce par voie parlementaire, et non par un nouveau référendum.
  • Il recommande de suspendre le processus d’élargissement et de lancer un débat sur l’avenir de l’UE (y compris sur la question de ses frontières).
  • Il estime que les six plus grands pays devraient se regrouper au sein d’un ‘directoire’ qui donnerait les grandes impulsions de l’Union.

Réforme du marché du travail

Les manifestations de la jeunesse française au printemps dernier ont montré combien l’emploi est un sujet sensible. Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé une série de mesures innovantes qu’il prendrait s’il était élu. La plus controversée est la réforme des contrats de travail. Pour remplacer les nombreux contrats en vigueur actuellement, M. Sarkozy souhaite créer un nouveau contrat unique. Ce contrat sera « plus flexible et offrira de plus en plus de garanties au salarié au cours du temps ». Il a aussi appelé à une importante réforme de l’ANPE, déclarant qu’il n’est pas contre l’idée de sous-traiter une partie de ses activités à des organismes privées.

Mme Royal souhaite mettre l’accent sur la formation tout au long de la vie pour aider les travailleurs à passer facilement d’un emploi à un autre et réduire ainsi la durée de chomâge entre deux postes. Dans le second chapitre de son livre ‘en ligne’, elle critique également les 35 heures, une réforme emblématique du dernier gouvernement socialiste, indiquant que ‘la répartition de l’effort et des avantages a été fortement inégalitaire’. Elle a également exprimé son admiration pour les modèles scandinaves et pour l’action de Tony Blair à la tête du gouvernement britannique, suggérant ainsi qu’elle n’est pas opposée au fait d’introduire plus de flexibilité sur le marché du travail en France.

Immigration

L’immigration constitue ses derniers temps un sujet très controversé dans le monde politique français, notamment en raison de la position radicale du ministre de l’intérieur, M. Sarkozy lui-même. Dans son projet de loi, actuellement examiné par le Parlement, il plaide pour une ‘immigration choisie’, ce qui signifie que les immigrants seront sélectionnés sur la base de critères objectifs tels que leur niveau de qualification, leur connaissance de la langue française ou leur expérience professionnelle. L’immigration sera ainsi régulée selon les besoins de l’économie française.

Dans l’opposition, Mme Royal ne donne pas une image claire de ce qu’elle ferait dans ce domaine si elle était élue l’an prochain. En effet, elle a surtout critiqué le projet de M. Sarkozy, en particulier concernant les dispositions qui établissent des régles plus strictes sur le regroupement familial des immigrants. Elle a cependant souligné la nécessité d’avoir une ‘législation moderne’ sur l’immigration des travailleurs et souhaite que les permis de travail soient délivrés par les Préfets en concertation avec les besoins des entreprises.

Energie

Les deux candidats sont plus ou moins sur la même ligne, recommandant de lourds investissements dans les énergies renouvelables et les biocarburants au cours des prochaines années. Cependant, ils soutiennent tous les deux l’énergie nucléaire et soulignent le besoin d’investir dans la R&D et dans de nouvelles centrales nucléaires.

Ségolène Royal souhaite mettre fin au monopole d’EDF car il s’agit, selon elle, du seul moyen de promouvoir les autres sources d’énergie. Cette proposition controversée va à l’encontre du programme du parti socialiste pour 2007, adopté la semaine dernière, qui prévoit la renationalisation d’EDF.