Les États-Unis accusés d'espionnage lors de la conférence de Copenhague
Des informations révélées par Edward Snowden accusent la NSA d'avoir espionner les autres pays participants lors de la conférence sur le climat de Copenhague de 2009.
Des informations révélées par Edward Snowden accusent la NSA d'avoir espionner les autres pays participants lors de la conférence sur le climat de Copenhague de 2009.
L'Agence nationale de la sécurité (NSA) a récupéré des données sur les positions des autres pays avant et pendant les négociations de Copenhague en 2009, rapporte de nouveaux documents révélés le 30 janvier par le lanceur d'alerte Edward Snowden, et publiés par le journal danois Information.
Selon le journal, les Américains ont très probablement obtenu un projet de proposition de Copenhague en amont du sommet international sur le climat. Cette révélation faite à l'agence Reuters et au journal britannique The Guardian a provoqué une profonde indignation parmi certains pays participants.
Sans avoir le sentiment d'avoir été espionnés par la NSA, nombre de représentants et de négociateurs danois ont eu l'impression que les Américains semblaient « très sûrs d'eux-mêmes, » selon Information.
« Il est clair que si vous connaissez les stratégies des autres pays, leurs objectifs dans les négociations et leurs limites, vous avez un avantage énorme, » confirme une source.
Une autre source a ajouté qu'il était « incompréhensible » que la NSA eût pu espionner lors du COP15 puisque la conférence sur le changement climatique n'avait rien à voir avec le terrorisme.
Une course à l'armement numérique
Connie Hedegaard, la commissaire chargée de l'action pour le climat, à l’époque, ministre danoise de l'Énergie et du climat et la négociatrice en chef du gouvernement lors du sommet, a confié au journal Politiken dans un bref courriel que, si la nouvelle était confirmée, elle serait « bouleversante ».
La commissaire à la stratégie numérique, Neelie Kroes, a déclaré, de son côté, que ces dernières révélations seraient « inquiétantes », une fois leur véracité prouvée.
« Nous devrions tenter d'éviter une course à l'armement numérique. Ceux qui ont les capacités d'espionner essaieront toujours de le faire. C'est après tout l'une des plus vieilles pratiques au monde, » a poursuivi la commissaire.
La nouvelle a causé l'indignation de nombreux pays en développement, selon le Guardian.
« Joueriez-vous au poker avec quelqu'un qui peut voir votre jeu ? […] Quand quelqu'un à une meilleure main, c'est vraiment déconcertant. Il devrait y avoir une garantie lors des négociations qui empêcheraient les acteurs puissants de tirer avantage indu à l'aide d'une surveillance technologique, » s'est insurgé Martin Knor, consultant auprès des pays en développement au sommet.
« Pour des négociations aussi complexes que celles-ci, nous avons besoin de bonne volonté et de confiance. C'est absolument crucial, » a-t-il précisé.
Jairam Ramesh, le ministre indien chargé de l'Environnement de l'époque et un acteur clé lors des négociations, a commenté : « Mais pourquoi, diable, ont-ils fait ça et au final, qu'ont-ils retiré de Copenhague? Ils ont obtenu des résultats, mais certainement pas ceux escomptés. C'était un [acte] parfaitement stupide de leur part. »
Un sommet sans accord
Ce sommet sur le climat des Nations Unies, « COP15 » n'avait d'ailleurs pas donné lieu à un accord mondial en faveur d'un objectif contraignant sur une réduction du rejet des émissions de CO2 afin de ralentir le réchauffement climatique.
D'aucuns ont qualifié le sommet « le plus important en son genre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », car plus d'une centaine de dirigeants d'État et de gouvernement y ont pris part. Jamais autant de dirigeants s'étaient retrouvés lors d'un événement onusien.
Selon les documents révélés, les États-Unis, premier pays émetteur de dioxyde de carbone au monde, se trouvaient alors dans une situation délicate.
La NSA a dès lors concentré ses efforts sur l'espionnage des autres pays participants afin de récupérer des renseignements soutenant intérêts américains, montrent les documents d'Edward Snowden.
Malgré l'ambition de nombreux pays, l'administration Obama n'a jamais cherché à réviser ses positions pour un réduction du taux de rejet de CO2 de seulement 4 à 6 % par rapport aux niveaux de 1990. Même si les recommandations de l'ONU tablaient sur des réductions de 25 à 40 % pour les pays développés. À l’issue de la conférence, chaque pays a pu fixer ses propres objectifs. Les États-Unis ont donc conservé leur ambition de 4 à 6 %.