Les eurodéputés s'indignent face à la torture pratiquée par la CIA
Les eurodéputés libéraux s'interrogent sur la participation de certains pays européens au transport de suspects pour le compte de la CIA. Un rapport du Sénat américain a confirmé que l'agence américaine avait recours à la torture durant l'opération "War on terror".
Les eurodéputés libéraux s’interrogent sur la participation de certains pays européens au transport de suspects pour le compte de la CIA. Un rapport du Sénat américain a confirmé que l’agence américaine avait recours à la torture durant l’opération « War on terror ».
Le 9 décembre, la commission spéciale du Sénat américain sur le renseignement (SSCI) a publié le résumé d’un rapport récemment déclassifié sur l’utilisation de la torture dans la « guerre contre la terreur » menée par le président Georges W. Bush près l’attaque du 11 septembre. Ce rapport confirme l’utilisation de la torture et d’autres traitements dégradants à l’égard de personnes suspectées d’être des terroristes.
Les méthodes d’interrogation utilisées par la CIA qui y sont citées comprennent le « water-boarding » (simulacre de noyade), de fausses exécutions, des privations de sommeil durant de longues périodes et l’imposition de positions douloureuses. Bloomberg, qui révèle les détails les plus repoussants du rapport, mentionne aussi que certains prisonniers ont été alimentés de force par le rectum. Amnesty International dénonce ces actes, qui relèvent de la torture, selon le droit international.
Le rapport du Sénat confirme également la participation de certains États européens, qui ont contribué au transport aérien des prisonniers vers des centres d’interrogation secrets situés pour certains en Europe.
Au Parlement européen, des députés libéraux ont exprimé leur indignation. « Il est honteux que l’Europe ait non seulement soutenu ces actions, mais ait également joué un rôle actif dans son exécution. Le silence des États membres jusqu’ici est scandaleux », s’énerve Sophie in’t Veld, du groupe libéral ALDE.
Une enquête parlementaire en 2007 déjà
Ces révélations ne sont cependant pas si surprenantes. Selon une enquête réalisée par le Parlement européen en 2007, plus de 1 000 vols organisés par la CIA et transportant des détenus vers des centres d’interrogations américains sont passés par l’espace aérien européen entre 2001 et 2005.
« Au moins 1245 vols pilotés par la CIA ont survolé l’Europe ou se sont arrêtés dans les aéroports européens entre la fin de 2001 et la fin de 2005 », relate le rapport de l’enquête parlementaire.
Les enquêteurs avaient aussi conclu que des structures de détentions secrètes provisoires « pourraient avoir été situées dans des bases militaires » américaines en Europe. Des suspects y étaient envoyés pour interrogations, parfois après avoir été « enlevés ».
Le Conseil de l’Europe estime qu’au moins 12 États membres ont coopéré à un degré ou un autre avec le transport de détenus par la CIA. Dans un rapport datant de 2006, le Conseil cite l’exemple de la Roumanie et de la Pologne, où se trouvaient des centres de détentions du service de renseignement américain. Varsovie et Bucarest avaient toutes deux vivement nié ces accusations, qui n’ont pas pu être confirmées par l’enquête parlementaire de 2007.
Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, a expliqué à la commission chargée de l’enquête que l’échange de renseignements obtenus sous la torture était une pratique connue et tolérée par le gouvernement britannique.
Les États membres ont fermé les yeux
Pour Sophie in’t Veld, le silence des États membres est pourtant assourdissant. « Pour garder une once de crédibilité, les États européens doivent aujourd’hui admettre leur rôle dans tout cela, comme l’a demandé à maintes reprises le Parlement », lit-on dans un communiqué de l’eurodéputée libérale.
Celle-ci faisait partie de la commission spéciale temporaire chargée de se pencher sur les accusations selon lesquelles des États européens auraient participé ou aurait été utilisés par la CIA pour mener des activités illégales.
Selon l’enquête de cette commission, les pays européens ont « fermé les yeux » sur le problème. « Il est essentiel que la Commission européenne réagisse immédiatement à ce rapport et que la question soit ajoutée comme sujet prioritaire à l’ordre du jour du sommet européen de décembre », estime Sophie in’t Veld.