Les institutions de l'UE silencieuses sur la condamnation d'une activiste pro-IVG en Pologne

Les institutions européennes ont déclaré qu’ils ne commenteraient pas la décision historique du tribunal polonais de condamner une femme pour avoir aidé à fournir des pilules abortives à une autre femme, tandis que les eurodéputés de tous bords ont dénoncé le verdict.

/ Euractiv.com
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L’avortement en Pologne est de facto interdit depuis 2020, à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle polonaise visant à limiter l’accès à l’avortement aux cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger. Le seul État membre de l’UE à avoir des lois plus strictes est Malte, où l’avortement est totalement interdit. [[European Parliament/DAINA LE LARDIC]]

La Commission européenne et la présidente du Parlement européen ont déclaré qu’elles ne commenteraient pas la décision historique du tribunal polonais de condamner une femme pour avoir aidé à fournir des pilules abortives à une autre femme, tandis que les eurodéputés de tous bords ont dénoncé le verdict.

Mardi (14 mars), un tribunal polonais a condamné Justyna Wydrzynska à huit mois de travaux d’intérêt général pour avoir aidé à fournir des pilules abortives à une autre femme. Ses avocats prévoient de faire appel de la décision.

L’avortement en Pologne est de facto interdit depuis 2020, à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle polonaise visant à limiter l’accès à l’avortement aux cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger. Le seul État membre de l’UE à avoir des lois plus strictes est Malte, où l’avortement est totalement interdit.

« Ce que j’ai entendu hier, c’est que je suis coupable d’aider, d’avoir de l’empathie, de serrer quelqu’un dans mes bras. C’est tellement étrange d’entendre cela. Je ne me sens pas du tout coupable, comme je l’ai dit à maintes reprises, je sais que j’ai bien agi », a déclaré Mme Wydrzynska lors d’une conférence de presse au Parlement européen mercredi.

Alors que la décision de mardi a été dénoncée par des ONG, des organisations gynécologiques et des eurodéputés, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, et la Commission européenne ont refusé de commenter la condamnation de Mme Wydrzynska.

« Nous ne commentons pas les cas individuels », a expliqué mercredi aux journalistes le porte-parole de la Commission, Christian Wigand. « La législation sur l’avortement et les droits relève de la compétence des États membres », a-t-il ajouté.

Une source officielle du bureau de Mme Metsola a déclaré à EURACTIV : « Nous ne ferons aucun commentaire à ce sujet ».

Mme Metsola, qui est maltaise, a subi des pressions pour clarifier sa propre position sur l’avortement.

« La présidente Metsola a déclaré au tout début qu’elle représenterait la majorité du Parlement européen et qu’elle s’y tiendrait. La majorité du Parlement européen pense que les femmes devraient avoir le droit à un avortement sûr et légal, donc j’attends d’elle qu’elle se contente de défendre ce point de vue », a déclaré Samira Rafaela (Renew), mercredi, lors de la conférence de presse sur le sujet.

« Nous sommes confrontés à des gens qui n’ont pas l’intention de défendre les droits des femmes. Mais c’est exactement la raison pour laquelle nous avons formé ce réseau interparti, afin de pouvoir exercer le plus de pression politique possible », a ajouté l’eurodéputée Malin Björk du groupe La Gauche, faisant référence au front uni des législateurs européens.

Des réactions divergentes

À l’instar de Renew et de La Gauche, d’autres eurodéputés issus de différents groupes politiques ont pris clairement position contre le verdict.

« La décision peut être comprise comme un signal d’alarme pour les femmes qui décident d’aider d’autres femmes, car elles peuvent également être condamnées. J’espère juste que le verdict ne servira pas de menace pour les autres, mais fera le contraire — renforcer la solidarité des femmes en Pologne », a déclaré à EURACTIV la députée du PPE Elżbieta Łukacijewska.

« J’espère vraiment que la détermination des femmes polonaises contribuera à écarter du pouvoir le parti Droit et Justice (PIS) », a-t-elle ajouté.

Du côté des socialistes, l’eurodéputée Maria Noichl a confié à EURACTIV : « Nous sommes choqués par le verdict du tribunal polonais qui a condamné Justyna Wydrzynska […] Cela crée un dangereux précédent en Pologne et confirme que les droits des femmes sont en train d’être écrasés. C’est pourquoi nous demandons que l’avortement légal et sûr devienne un droit fondamental dans l’UE ».

Alice Kuhnke (Verts/ALE) a déclaré lors d’une conférence de presse au Parlement européen : « Il est très inspirant de voir que les femmes polonaises et la société civile polonaise ne reculent pas. Alors qui sommes-nous pour ne pas en faire plus ? ».

« Nous devrions demander à Ursula von der Leyen, mais aussi à la présidence suédoise. Où sont les autres États membres ? Où étaient leurs grandes réactions hier ? » a-t-elle ajouté.

Les militants demandent plus à l’UE

« L’UE devrait considérer l’interdiction de l’avortement comme une forme de violence de genre », a déclaré à EURACTIV Anna Blus, experte des questions de genre à Amnesty International, ajoutant que l’interdiction de l’avortement en Pologne est liée à des enjeux plus larges concernant l’État de droit.

« Ce cas démontre que des mesures plus sévères doivent être prises. Lorsque nous abordons le sujet de l’avortement avec les institutions de l’UE, nous entendons toujours dire que cela ne relève pas de leurs compétences, parce que cela fait partie des soins de santé. Il appartient donc aux États membres de légiférer en la matière, mais il est évident qu’il ne s’agit pas seulement de soins de santé, et je pense que les institutions européennes ne peuvent pas l’ignorer », a-t-elle ajouté.

Marta Lempart, militante polonaise et fondatrice de l’association All-Poland Women’s Strike, a déclaré lors de la conférence de presse de mercredi : « Nous continuerons à nous battre pour l’avortement légal et nous l’obtiendrons. Mais nous avons besoin de la voix de l’UE sur l’indépendance judiciaire et l’État de droit en Pologne ».