Les métropoles, entre sur-mesure local et ambition européenne
Toutes les grandes villes françaises veulent rayonner à l’échelle européenne. Certaines réclament des labels de prestige, d'autres les fonds régionaux européens. Revue de détail à Strasbourg, Lille ou encore Lyon, dans le sillage de la loi de décentralisation.
Toutes les grandes villes françaises veulent rayonner à l’échelle européenne. Certaines réclament des labels de prestige, d’autres les fonds régionaux européens. Revue de détail à Strasbourg, Lille ou encore Lyon, dans le sillage de la loi de décentralisation.
Il y avait ceux, comme Lyon, qui pouvaient l’avoir mais n’en voulaient pas spécialement. Et ceux, comme Strasbourg, qui le voulaient mais ne l’avaient pas. Le label d’eurométropole, longtemps balloté d’un arbitrage à l’autre, a finalement été clarifié.
Le projet de loi sur la décentralisation, présenté par le gouvernement mercredi 10 avril, couronne uniquement Strasbourg de cette distinction. Exit Lyon, Marseille et Lille, pourtant initialement pressentis pour prétendre au statut de métropole européenne (voir encadré). « Certains élus ne voulaient pas troubler l’image de leur projet et ne revendiquaient pas le label européen », explique un conseiller gouvernemental.
La terminologie pouvait paraître redondante pour Lille, qui bénéficie déjà du titre depuis…2008, en partage avec ses partenaires wallons et flamands dans le cadre de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Pour autant, Martine Aubry reste « très favorable à la reconnaissance de la dimension européenne de la métropole », fait-on savoir à la mairie de Lille.
Strasbourg sauve ses institutions
Derrière l’enjeu sémantique, qui reviendra lors du débat au Parlement, se dresse un défi de taille : permettre une contractualisation directe avec l’Etat, obtenir plus facilement des crédits européens et rivaliser avec d’autres villes dynamiques (Berlin, Milan, Barcelone…).
A ce stade, l’arbitrage s’est fait au profit de Strasbourg pour des raisons politiques. En février, François Hollande était venu expressément dans la ville alsacienne promettre le statut d’Eurométropole. Engagement tenu. Dans une ville menacée un jour sur deux de voir le siège du Parlement européen rapatrié à Bruxelles, le maquis du label eurométropolitain prend tout son sens.
Ce statut spécial sanctuarise le contrat signé avec l’Etat pour préserver les moyens nécessaires à l’accueil des différentes institutions européennes : Parlement, Cour européenne des droits de l’Homme, base de données informatique de l’espace Schengen ou encore Eurocorps, structure militaire commune.
Avec son inscription dans la loi, la légitimité de ce contrat, remise sur le tapis à chaque renouvellement triennal, sera plus difficilement contestable. Strasbourg l’Européenne envoie donc un pied de nez à ses détracteurs en inscrivant son identité dans le marbre de la loi, en plus des traités.
De manière plus générale, le projet de loi reconnaît aux métropoles transfrontalières le rang de chef de file pour les actions menées avec les collectivités voisines. Elles seront ainsi responsables de l’élaboration du « schéma de coopération transfrontalière », auquel le départment, la région et les communes concernées seront associés. « Le texte ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes », persifle-t-on dans une association d’élus.
Coopération transfrontalière et fonds européens
D’autres l’interprètent de manière plus positive. « La métropole devient la garante de la coopération transfrontalière, ce qui la rend légitime pour faire des appels à contribution ou demander des moyens financiers supplémentaires », explique-t-on à la mairie de Strasbourg.
Fort heureusement, la plupart des grandes villes n’ont pas attendu l’avènement du projet de loi pour regarder ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. Strasbourg est étroitement liée à l’agglomération allemande d’Ortenau, avec laquelle elle a créé un groupement européen de coopération territoriale (GECT).
Plus au sud, la Métropole Nice Côte d’Azur souhaite s’impliquer davantage dans les dossiers transfrontaliers jusqu’ici gérés par l’Etat. Comme Lille, Lyon ou encore Marseille, elles ont d’ailleurs rejoint le lobby d’Eurocities, qui défend la place des villes auprès des institutions européennes.
L’ambition européenne de ces villes ne s’arrête pas là. En absorbant petit à petit les compétences du département, y compris dans le domaine social, les métropoles auront tôt ou tard vocation à s’occuper des fonds européens consacrés à l’insertion des publics en difficulté.
Vice-président du Grand Lyon en charge de la stratégie métropolitaine, Jean-Yves Sécheresse ne fait pas mystère des évolutions attendues. La région reste « le partenaire légitime » de l’orientation des fonds structurels européens, reconnaît-il, mais « il faudra que le fait métropolitain soit plus présent dans leur redistribution ».