Les partis italiens tentent de lancer une « grande coalition »

Les partis politiques italiens stupéfaits ont tenté de trouver une solution hier (26 février) après que les élections n’ont accordé une majorité parlementaire évidente à aucun des candidats. Le camp de centre-droit de Silvio Berlusconi a indiqué qu’il était prêt à gouverner en coalition avec le centre-gauche de Pier Luigi Bersani.

EURACTIV.com / Reuters

Les partis politiques italiens stupéfaits ont tenté de trouver une solution hier (26 février) après que les élections n’ont accordé une majorité parlementaire évidente à aucun des candidats. Le camp de centre-droit de Silvio Berlusconi a indiqué qu’il était prêt à gouverner en coalition avec le centre-gauche de Pier Luigi Bersani.

Les résultats mettent en évidence l'apparition spectaculaire du Mouvement contestataire cinq étoiles du comédien Beppe Grillo. Ils accordent au centre-gauche une majorité à la chambre basse, mais un nombre de sièges insuffisant afin de contrôler la chambre haute, le Sénat.

Les marchés financiers ont chuté brusquement à la perspective d'une impasse ravivant les souvenirs de la crise qui a augmenté les taux d'emprunt de l'Italie à des niveaux élevés et insoutenables et a précipité la zone euro au bord de l'effondrement en 2011.

« L'ingouvernabilité a gagné ». Tel était le titre du journal romain Il Messaggero. Il reflète l'impasse à laquelle le pays sera confronté au cours des prochaines semaines, car des ennemis jurés sont contraints de collaborer à la formation d'un gouvernement.

Pier Luigi Bersani, chef de file du Parti démocrate (PD) de centre-gauche, a la tâche difficile d'essayer de convenir d'une « grande coalition » avec l'ancien premier ministre Silvio Berlusconi, l'homme qu'il accuse de la ruine de l'Italie, ou de conclure un accord avec Beppe Grillo, un personnage complètement inconnu de la politique traditionnelle.

L'ancien commissaire européen Franco Frattini a déclaré à EURACTIV dans un entretien exclusif qu'aussi étrange que cela puisse paraître, une coalition Bersani-Berlusconi peut apporter à l’Italie la stabilité dont elle a besoin.

M. Frattini, ancien ministre des affaires étrangères sous trois des gouvernements de Silvio Berlusconi, a déclaré qu'il était « impossible » de deviner qui serait le premier ministre d'une telle coalition. Il a reconnu que le président Giorgio Napolitano disposait de peu de temps pour trouver une solution avant la fin de son mandat en avril.

De nouvelles élections immédiates ou dans quelques mois constituent une autre solution, même si MM. Berlusconi et Bersani ont indiqué qu'ils souhaitaient éviter un retour aux urnes si possible : « L'Italie ne peut pas être sans gouvernement et nous devons réfléchir », a déclaré M. Berlusconi dans un entretien sur sa propre chaîne télévisée.

Beppe Grillo, dont le mouvement a récolté plus de votes que tout autre parti unique, estime que le prochain gouvernement ne durera pas plus de six mois.

« Ils ne seront pas en mesure de gouverner », a-t-il déclaré à des journalistes mardi. « Que je sois là ou pas, ils ne seront pas en mesure de gouverner. »

Il s'est dit prêt à travailler avec tous ceux qui appuieraient ses propositions politiques, qui vont de la lutte anti-corruption à la défense de l'environnement, mais a exclu de faire partie d'une coalition formelle : « Ce n'est plus le moment de parler d'alliance… Le système est déjà à terre », a-t-il déclaré.

Les élections, qui représentent un rejet massif des politiques d'austérité mises en oeuvre par le premier ministre Mario Monti, ont provoqué la consternation en Europe.

Une longue récession, une désillusion croissante par rapport aux partis traditionnels et une austérité qui a augmenté les impôts ont aigri l'opinion publique. Ces éléments ont également contribué au rejet massif de Mario Monti, dont la coalition centriste a été reléguée au second plan.

Selon des projections du Centre italien d'études électorales, le centre-gauche obtient 121 sièges au Sénat, contre 117 pour l'alliance de centre-droit de Silvio Berlusconi, composée du PDL et de la Ligue du Nord. Beppe Grillo compterait, quant à lui, 54 élus.

Aucun parti ne remporte la majorité dans l’une des chambres qu'un gouvernement doit contrôler pour adopter un texte de loi.

Signal d'alarme

En déplacement en Allemagne, Giorgio Napolitano a déclaré qu'il ne ferait aucun commentaire tant que les partis ne s'étaient pas consultés. M. Bersani a appelé MM. Berlusconi et Grillo à « prendre leurs responsabilités » afin de garantir un gouvernement à l'Italie.

La formation d'une alliance pourrait être longue et difficile et mettrait à l'épreuve l'unité interne fragile des partis traditionnels.

« L'idée d'une majorité sans Beppe Grillo est impensable. Je ne sais pas si quelqu'un au PD l'envisage, mais j’y suis opposé », a déclaré Matteo Orfini, membre du secrétariat du PD de M. Bersani.

« L'idée d'un gouvernement PD-PDL, même si elle soutenue par Mario Monti, n'a absolument aucun sens », a-t-il indiqué.

Le « Cavaliere » a décroché une victoire lorsque son allié de la Ligue du Nord Roberto Maroni a remporté le poste de président régional de la Lombardie, le coeur économique de l'Italie et l'une des régions les plus riches et productives d'Europe.

La campagne du magnat des médias alliait promesses de réductions d'impôts et attaques incessantes à l'égard de Mario Monti et de la chancelière allemande, Angela Merkel. Cette campagne a également repris les thèmes mis en avant par Beppe Grillo et a souligné la colère grandissante de l’électorat italien.

Même si le prochain gouvernement s'éloigne des augmentations des impôts et des réductions des dépenses introduites par M. Monti, il peinera à relancer une économie qui croît péniblement depuis vingt ans.

L'assainissement des finances publiques et la restauration de la crédibilité internationale de l'Italie sont largement attribués à M. Monti, après l'ère Berlusconi teintée de scandale. Ce dernier comparaît actuellement devant la justice  pour avoir entretenu des relations sexuelles avec une prostituée mineure.

M. Monti a toutefois rencontré des difficultés en vue de faire passer des réformes structurelles nécessaires à l'amélioration de la compétitivité et à l'établissement des bases pour un retour à la croissance économique. Un faible gouvernement de centre-gauche rencontrerait sans doute les mêmes difficultés.