Les relations entre Athènes et Kiev sont en crise après l'incident impliquant un drone maritime ukrainien

« Nous sommes certains que ce drone est ukrainien », a déclaré le ministre grec de la Défense

EURACTIV.com
[Photo : Kyrylo Chubotin/Ukrinform/NurPhoto via Getty Images]

Les relations diplomatiques entre la Grèce et l’Ukraine entrent dans une phase tumultueuse après la découverte d’un drone maritime ukrainien transportant des explosifs près d’une île grecque qui attire chaque année des milliers de touristes.

Les autorités grecques examinent actuellement le drone marin repéré par des pêcheurs près de l’île de Lefkada, dans la mer Ionienne. Le drone aurait transporté 100 kilogrammes d’explosifs et était difficile à détecter au radar.

Cet incident a suscité la colère à Athènes, dans un contexte où l’on craint que l’industrie touristique, vitale pour la Grèce, ne soit affectée par des évènements similaires.

« Nous sommes certains que ce drone est ukrainien », a déclaré Nikos Dendias, le ministre grec de la Défense, ajoutant qu’il aborderait cet incident « grave » avec ses homologues de l’UE lors d’une réunion mardi.

Le journal grec To Vima a rapporté que le drone maritime avait soit été lancé dans la région depuis un navire marchand, soit provenu d’une base militaire que les Ukrainiens maintiendraient dans la ville de Misrata, dans l’ouest de la Libye.

La théorie dominante est que les opérateurs ont perdu le contrôle à distance du drone, ce qui l’a fait dériver et finir par s’échouer sur les côtes de Lefkada. Les premières estimations suggèrent que le drone aurait pu viser la flotte fantôme russe opérant en Méditerranée.

Des sources diplomatiques grecques à Athènes ont confié à Euractiv que le ministère des Affaires étrangères ou celui de la Défense « ferait des déclarations dans les prochains jours ».

Le gouvernement grec réagira par les démarches diplomatiques appropriées, a indiqué lundi le ministre des Affaires étrangères Giorgos Gerapetritis, ajoutant qu’Athènes ne permettrait pas que la Méditerranée devienne « un théâtre d’opérations militaires ».

Un accord au point mort

La Grèce et l’Ukraine ont convenu en novembre dernier de produire conjointement des navires de surface sans pilote (USV). Cependant, l’accord semble désormais au point mort après que Kiev aurait exigé d’avoir son mot à dire sur la manière dont ces drones maritimes seraient déployés en cas d’engagement militaire.

Athènes a interprété cette demande comme une tentative de Kiev de garder le contrôle de ses relations avec la Turquie, avec laquelle la Grèce entretient de longs différends maritimes.

Bien que la Grèce ait apporté son soutien militaire à l’Ukraine face à l’agression russe, la Turquie est largement considérée comme un intermédiaire important dans ce conflit.

De son côté, Kiev a critiqué à plusieurs reprises Athènes au sujet de l’implication de certaines compagnies maritimes détenues ou exploitées par des Grecs dans le transport de pétrole russe.

La mission ukrainienne à Bruxelles n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Par ailleurs, des sources militaires à Athènes suggèrent que le gouvernement pourrait profiter de cet incident pour acquérir une expertise et développer une technologie similaire de drones maritimes par le biais de la rétro-ingénierie, en démantelant le système et en analysant son logiciel et ses composants.

« Nous savons de quoi il s’agit, et nous savons à peu près ce qu’il contient. Nous n’avons rien à envier », a déclaré Dendias ce week-end.

Athènes cherche à développer des capacités avancées en matière de drones et de contre-drones dans le cadre de son programme de modernisation de la défense « Agenda 2030 », d’un montant de 25 à 28 milliards d’euros.

(cm, bw)