Les socialistes stopperont-ils Metsola ?

Également dans l'édition de mercredi : le feuilleton Rama, les réservations de train, les hamburgers brésiliens

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce mercredi 13 mai. Ici Eddy Wax depuis Bruxelles. Voici notre dernière édition de la semaine avant une petite pause – nous serons de retour lundi. En attendant, la couverture politique habituelle se poursuit sur Euractiv.

À savoir :

🟢 La bataille entre le PPE et le S&D pour le Parlement s’intensifie

🟢 Nous remettons les pendules à l’heure pour l’Albanais Edi Rama

🟢 Réserver un billet de train va bientôt devenir plus facile


L’Europe, vue de Bruxelles


La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, figure de centre-droit, se dirige vers un troisième mandat sans précédent en 2027 – une évolution qui maintiendrait cette fonction entre les mains du PPE et ferait de la politicienne maltaise la présidente ayant exercé le plus longtemps à la tête de cette institution.

Mais cela ne sera possible que si elle parvient à obtenir une majorité.

Les socialistes se dressent sur son chemin, insistant sur le fait que la présidence devrait leur revenir conformément à la pratique informelle de longue date du Parlement consistant à alterner ce poste entre ses deux plus grands groupes à mi-mandat.

En public, les députés européens affirment qu’il est trop tôt pour de telles discussions. Le vote n’est prévu qu’en janvier prochain. En privé, cependant, les cafés du Parlement grouillent déjà de ragots et de manigances, tandis que les candidats potentiels se demandent s’ils doivent se déclarer avant ou après l’été.

Les socialistes affirment disposer d’un accord écrit, signé par le chef du PPE Manfred Weber, pour étayer leur revendication du poste, et ont l’intention de présenter un candidat. Des noms tels que Katarina Barley et Nicola Zingaretti sont évoqués à voix basse.

Pourtant, les alliés de centre-droit de Metsola estiment avoir deux atouts dans leur manche.

La première est António Costa, le président socialiste du Conseil européen, dont le mandat de deux ans et demi expire également l’année prochaine. L’idée que les dirigeants du PPE orchestrent son éviction est fantaisiste. Les dirigeants de l’UE apprécient le sympathique Costa, et la brièveté de son mandat tient uniquement à une bizarrerie des traités. Ses prédécesseurs ont tous exercé leurs fonctions pendant cinq ans. Mais la menace est bien là.

« Le document laisse une marge de manœuvre suffisante pour plusieurs issues », a indiqué un membre du PPE à Rapporteur. « Et cela vaut également pour le président du Conseil européen. »

Le deuxième atout de Metsola est d’ordre arithmétique. Le PPE pourrait théoriquement la faire élire avec une alliance allant de la droite à l’extrême droite, avec le soutien du CRE et des Patriotes pour l’Europe.

Ce n’est pas la voie qu’elle privilégie. Une telle coalition briserait la fragile majorité centriste qui adopte encore la plupart des lois – à l’exception peut-être des plus controversées. Obtenir le soutien des Patriotes aurait également un coût et pourrait déclencher une cascade d’autres changements politiques.

Le groupe de Jordan Bardella exige que Metsola lève le pare-feu entourant le bureau composé de 20 députés, le centre névralgique administratif du Parlement. Cela pourrait ouvrir la voie à des personnalités telles que Kinga Gál, du Fidesz, pour obtenir un poste de vice-présidente – une issue que de nombreux centristes jugent inacceptable.

Ce qui explique en partie la stratégie d’ouverture discrète de Metsola.

Des sources ont confié à Pietro Guastamacchia, d’Euractiv, et à moi-même que son argument est qu’il ne doit y avoir ni grand compromis, ni tumulte politique d’aucune sorte. Au lieu de cela, le bureau actuel, composé de Metsola, de 14 vice-présidents et de cinq questeurs, serait simplement reconduit et voté à nouveau en tant que paquet autonome.

Il semble que le fait d’être la candidate de la continuité pourrait plaire aux autres centristes. « Dans l’ensemble, nous voulons que la présidente du PE fasse fonctionner la coalition centriste et empêche l’extrême droite d’entrer au bureau », a expliqué une source de Renew à Pietro.

Pour que cette stratégie fonctionne, les socialistes devraient faire marche arrière et ne pas présenter de candidat rival. Au sein du PPE, on estime qu’ils pourraient être persuadés de le faire en conservant leur nombre disproportionné de postes de vice-présidents (cinq), ainsi que d’autres concessions.

La question est désormais de savoir quel camp cédera le premier : le PPE ou le S&D. Le bras de fer reste en suspens.

Edi versus Eddy

Rapporteur a été surpris de voir mardi un message publié sur les réseaux sociaux par le Premier ministre albanais Edi Rama, contestant notre compte rendu d’une interview réalisée lundi avec Ferit Hoxha, le ministre des Affaires étrangères du pays, qui a déclenché un débat politique en Italie.

L’interview portait sur la déclaration de Hoxha selon laquelle l’accord migratoire entre l’Italie et l’Albanie ne serait pas prolongé au-delà de 2030, car d’ici là, l’Albanie prévoit d’avoir rejoint l’UE.

Ces propos ont été largement repris par la presse italienne, de La Stampa au Corriere della Sera. Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères, a déclaré aux journalistes : « 2030 est si loin ; concentrons-nous sur ce que nous devons faire maintenant. »

Rama a écrit en ligne : « À tous les journalistes d’Italie, et d’ailleurs, qui me contactent au sujet d’une citation trompeuse rapportée par un média… permettez-moi de réaffirmer, clairement et, je l’espère, une fois pour toutes, que notre protocole avec l’Italie est là pour durer, aussi longtemps que l’Italie le souhaitera. »

Giorgia Meloni a répondu à son message hier soir par un bref : « Grazie Edi. »

Pour rappel, voici ce que Hoxha m’a dit, mot pour mot : « Je vous dis qu’après cinq ans, une fois que l’Albanie aura adhéré, ce ne sera plus un territoire extraterritorial. Ce sera le territoire de l’Union européenne. Tout d’abord, cet accord est valable pour cinq ans et je ne suis pas sûr qu’il y aura une prolongation. Deuxièmement, il n’y aura pas de prolongation car nous serons membres de l’Union européenne. »

Je serais ravi de partager une copie de la transcription avec le Premier ministre, s’il souhaite la consulter.

Changements de voie

Un jour après qu’il s’est avéré impossible de se rendre à Schuman en transports en commun, la Commission prépare un nouveau « paquet passagers » visant à faciliter la réservation des voyages en train à travers l’Europe. Voyez comme les choses vont vite quand la maison mère de l’UE est concernée !

Blague à part, Apostolos Tzitzikostas, le commissaire aux transports, a promis une législation qui permettrait aux passagers de réserver un voyage en train n’importe où dans l’UE en quelques clics sur un smartphone.

Les militants affirment que l’une des raisons pour lesquelles les compagnies aériennes low-cost dominent le marché européen des city-breaks est la difficulté exaspérante de réserver des billets de train pour des trajets transfrontaliers. Le prix, bien sûr, c’est une autre histoire.

Outre les propositions de « réservation et billetterie numériques uniques », on nous promet une révision du règlement européen sur les droits et obligations des voyageurs ferroviaires, selon Stefano Porciello. On ne peut qu’espérer que les négociations seront moins tendues que celles concernant les droits des passagers aériens.

L’UE veut interdire les « thérapies » de conversion

La Commission doit répondre aujourd’hui à une initiative citoyenne demandant l’interdiction des pratiques de conversion – des tentatives coercitives visant à empêcher les personnes d’exprimer leur identité LGBTQ+.

Après avoir recueilli un million de signatures, la pétition a été officiellement déposée en novembre dernier. La commissaire à l’égalité, Hadja Lahbib, doit répondre officiellement cet après-midi aux demandes visant à ajouter ces pratiques à la liste des crimes de l’UE.

« Cette initiative est une célébration de la démocratie européenne à son meilleur. Il n’y a pas de place pour les pratiques de conversion dans notre Union fondée sur les valeurs, la diversité et l’inclusion », a déclaré Lahbib au Rapporteur.

Les hamburgers de Lula ne sont plus au menu

Le Brésil a réagi avec « surprise » lorsque Bruxelles l’a pointé du doigt mardi pour ne pas avoir respecté, selon les allégations, les normes de sécurité alimentaire de l’UE.

Cette mesure, liée à l’utilisation d’antimicrobiens dans l’élevage, pourrait mettre un terme aux importations de viande brésilienne à partir de septembre, a rapporté Sofia Sanchez Manzanaro.

Cette mesure risque de compromettre la capacité du Brésil à tirer parti de l’accord commercial UE-Mercosur récemment mis en œuvre, qui réduit les droits de douane sur les exportations de bœuf vers l’Union.

Les retraités ont-ils reçu des fonds Covid de l’UE ?

Une polémique couve à Madrid concernant l’utilisation présumée des fonds de relance Covid de l’UE pour combler les déficits du système de retraite espagnol, a rapporté Inés Fernández-Pontes.

La Cour des comptes du pays a estimé que le gouvernement avait utilisé 2,4 milliards d’euros provenant de la Facilité pour la reprise et la résilience en 2024 pour combler les déficits liés aux retraites de la fonction publique. Bruxelles a déclaré qu’elle examinait ces informations et restait en contact avec les autorités espagnoles, tandis que le Parti populaire, dans l’opposition, a averti que cette décision pourrait exposer le pays à des sanctions de l’UE.

Le gouvernement de Pedro Sánchez nie tout détournement de fonds, insistant sur le fait que « pas un seul euro » n’a été dépensé en dehors du plan de relance.

C’est un problème pour la NextGeneration

Le fonds européen de relance post-Covid de 650 milliards d’euros, connu sous le nom de NextGenerationEU, a été conçu pour protéger les économies de l’Union des conséquences de la pandémie – et non pour alourdir ses finances futures.

Mais alors que les appels se multiplient pour reporter les remboursements, qui doivent débuter lorsque le prochain budget à long terme de l’UE entrera en vigueur en 2028, une bataille politique se profile entre les partisans d’une rigueur budgétaire, tels que l’Allemagne et les Pays-Bas, et les pays qui font pression pour repousser la facture à plus tard. Lisez l’article complet de Victoria Becker et Thomas Moller-Nielsen.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Bruxelles envisage d’engager une procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Allemagne, alors que le gouvernement de Friedrich Merz augmente les dépenses en matière de défense et d’infrastructures tandis que les recettes fiscales sont décevantes. Cette mesure, qui pourrait être proposée le 3 juin, constituerait une réprimande cinglante à l’encontre de la première économie de l’UE, après que l’autorité de surveillance budgétaire allemande a averti que le déficit de Berlin pourrait atteindre 4,25 % du PIB cette année, soit bien au-dessus du plafond de 3 % fixé par l’Union.

– Thomas Møller-Nielsen

 

BUDAPEST 🇭🇺

Le nouveau gouvernement a profité des auditions parlementaires de cette semaine pour esquisser une rupture avec les 16 années au pouvoir de Viktor Orbán, les ministres de Péter Magyar s’engageant à resserrer les liens avec Bruxelles, à adhérer à la zone euro d’ici 2030 et à s’efforcer de débloquer 10,4 milliards d’euros de fonds européens gelés. Les nouveaux ministres ont également promis un contrôle institutionnel, des réformes de l’éducation et un système de santé davantage « fondé sur des valeurs », tout en maintenant des relations pragmatiques avec la Chine et les importations d’énergie russe. Lisez l’article complet.

– Mátyás Varga

 

VARSOVIE 🇵🇱

Donald Tusk a déclaré mardi que les règles prévues pour permettre l’inscription au registre civil polonais des mariages entre personnes de même sexe célébrés à l’étranger n’étendraient pas les droits d’adoption aux couples de même sexe. Tusk a exhorté les ministres à finaliser rapidement cette réglementation à la suite des décisions rendues par la Cour de justice de l’UE et la Cour administrative suprême de Pologne. Le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, a quant à lui indiqué que la capitale commencerait à enregistrer les mariages entre personnes de même sexe conclus ailleurs dans l’Union.

– Charles Szumski

 

PODGORICA 🇲🇪

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a averti au Monténégro que les acteurs cherchant à déstabiliser les Balkans occidentaux tentaient de faire reculer la région, ajoutant que la sécurité ne pouvait plus être considérée comme acquise. Rutte a remercié le Monténégro pour son soutien à l’Ukraine et a exhorté les autres nations des Balkans à augmenter leurs dépenses de défense et à stimuler leur production militaire. Il a salué le fait que le Monténégro consacre 2 % de son PIB à l’armée.

– Bronwyn Jones

 

MADRID 🇪🇸

L’Espagne a confirmé mardi son premier cas d’hantavirus après qu’un des 14 Espagnols à bord du paquebot infecté, qui a accosté aux îles Canaries, a été testé positif à cette maladie transmise par les rongeurs. Le président des îles Canaries, Fernando Clavijo, a accusé le gouvernement de Pedro Sánchez de « cacher délibérément » le nombre réel d’infections, des allégations que le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, a rejetées comme étant des « théories du complot ».

– Inés Fernández-Pontes

 

ATHÈNES 🇬🇷

Un parti qui serait en cours de préparation par l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras émergerait comme le principal challenger de Kyriakos Mitsotakis, selon un nouveau sondage publié alors que les spéculations vont bon train sur la tenue d’élections anticipées. La Nouvelle Démocratie de Mitsotakis arrive en tête avec 26,8 %, suivie par un futur parti dirigé par Tsipras à 13,7 %, devançant de justesse le PASOK à 13,2 %.

– Sarantis Michalopoulos

 

HELSINKI 🇫🇮

Le ministre finlandais des Sports et de la Jeunesse, Mika Poutala, a proposé une interdiction générationnelle du tabac à la britannique qui empêcherait toute personne née en 2009 ou après d’acheter des produits du tabac. Poutala a déclaré que des restrictions plus strictes étaient nécessaires si la Finlande voulait atteindre son objectif juridiquement contraignant de devenir un pays sans tabac et sans nicotine d’ici 2030, avertissant que l’augmentation de la consommation de nicotine chez les jeunes montrait qu’une « politique antitabac plus stricte » était requise.

– Magdalena Kensy


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Opinion : Starmer est le symptôme d’un malaise plus profond en Grande-Bretagne

Simon Nixon, chroniqueur chez Euractiv, soutient que le chaos politique britannique reflète des défaillances structurelles plus profondes : un modèle économique thatchérien en pleine déconfiture, un refus intenable d’accompagner les dépenses publiques à l’européenne par une hausse des impôts, et une classe politique toujours réticente à faire face aux coûts économiques du Brexit.

Alors que les marchés obligataires lancent à nouveau des signaux d’alerte après les résultats désastreux du Parti travailliste aux élections locales, Nixon écrit que le pays risque de rester prisonnier d’un « flou économique », enchaînant les changements de Premiers ministres tandis que les séparatistes et les populistes continuent de gagner du terrain.


Editrices.teurs Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Pietro Guastamacchia, Robert Hodgson, Stefano Porciello, Thomas Møller-Nielsen, Victoria Becker, Magnus Lund Nielsen, Bruno Waterfield, Inés Fernández-Pontes

Traductrice : Clara Vassent