Les syndicats européens s’insurgent contre l'austérité

À l’occasion du sommet européen, les syndicats européens dénoncent les politiques d'austérité. Ils appellent à un vote en faveur d'une Europe sociale lors des élections européennes de mai. 

EURACTIV.fr
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À l’occasion du sommet européen, les syndicats européens dénoncent les politiques d'austérité. Ils appellent à un vote en faveur d'une Europe sociale lors des élections européennes de mai. 

Alors que les chefs d'État et de gouvernement européens se réunissent à Bruxelles les 20 et 21 mars pour arrêter une position commune sur la situation en Ukraine, la croissance et l'emploi restent également à l'ordre du jour. Les leaders des syndicats européens ont saisi l'occasion et demandent l'abandon les politiques d'austérité.

Bernadette Ségol, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), a présenté de nouveaux résultats : 26 millions de personnes sont sans emploi au sein de l'UE, soit 10 millions de plus qu'en 2008, et 7,5 millions de jeunes chômeurs ne suivent ni formation ni programmes d’enseignement.

La troïka n'a aucune légitimité démocratique

Les syndicats européens de toute l’Europe ont dressé un état des lieux de la situation dans leur pays d'origine. Sans surprise, la Grèce est tout en bas du classement. Selon les mots du président du syndicat grec, Giannis Panagopoulos, « l'intervention de la troïka a précipité le pays au bord d’une crise humanitaire ». « 25 % de la richesse nationale a été détruite » depuis que le programme de la troïka a été mis en œuvre, a-t-il rappelé.

« Une telle récession est sans précédent », a-t-il déclaré, consterné. Bien que les chiffres officiels indiquent un taux de chômage 29 % en Grèce, les syndicats nationaux déclarent de leur côté qu’il dépasserait 31 %. Les jeunes et les femmes connaissent des taux encore plus élevés. Parmi eux, 72 % sont des chômeurs de longue durée. Il existe aujourd'hui plus de 5 millions de personnes sans activité dans la République hellénique, un chiffre plus élevé que celui de la population active.

Ce sombre tableau de la situation grecque l'est d'autant plus si l'on prend en considération qu'un nombre croissant de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté, car écrasés par le leitmotiv de la troïka : « taxer les revenues ».

« Nous constatons un nouveau phénomène en Europe où 20% des travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté.

Selon lui, c'est un véritable « cercle vicieux [qui a provoqué] une contraction de l'économie nationale et une perte du lien social ». Giannis Panagoupoulos a dénoncé les dernières estimations optimistes faites par la Commission européenne et par le gouvernement grec sur l'excédent de la balance des opérations courantes du pays :

« Cet excédent primaire est bâti sur du sable et il n'y a pas de réelle croissance économique, la Grèce ne sortira jamais de la récession ! »

La contraction des salaires, une réalité inquiétante en Europe

Les mesures d'austérité, imposées ou non par la troïka, ont porté un rude coup aux économies européennes, en particulier à l'encontre des salaires réels. Selon les données de la CES, seuls 10 États membres sur les 28 n'ont pas connu de baisse des salaires réels, et donc du pouvoir d'achat des citoyens. Les résultats correspondent seulement aux salaires en fonction de l'inflation, mais ne prennent pas en compte la fiscalité directe de plus en plus lourde, ont-ils fait remarquer.

La Belgique, la France, la Pologne, la Suède sont parmi les rares pays « chanceux » où les salaires n'ont pas connu une baisse, et même parfois une augmentation. De leur côté, les salaires en Grèce, à Chypre, en Hongrie, en Roumanie et dans 14 autres États membres ont chuté jusqu'à 23 % dans les cas les plus dramatiques.

Mais les syndicats s'en prennent à « l'énorme fardeau fiscal » qui pèse sur les épaules des travailleurs.

Anne Demelenne, secrétaire générale du syndicat belge FGTB, a demandé qu'il y ait une meilleure redistribution de la richesse.

« J'aimerais que l'on m'explique pourquoi les entreprises bénéficient toujours plus d'exonération fiscale dans l’UE. Il y a eu une réduction moyenne de 8,4 % de la charge fiscale sur les entreprises, même si les États membres sont confrontés à des difficultés budgétaires. Les entreprises continuent à engranger des profits qu'ils redistribuent de manière équitable à leurs actionnaires, mais ne rétribuent pas leurs travailleurs de façon décente, » a-t-elle expliqué.

« Les revenus sur le travail sont imposés, mais pas les capitaux, ce qui engendre la fraude fiscale. » Lever le secret bancaire est une autre nécessité pour les travailleurs, selon Anne Demelenne.

La proposition des syndicats repose sur une harmonisation fiscale et sociale au niveau européen.

« Nous devons harmoniser la fiscalité au sein de l'Union européenne afin d'éviter le dumping fiscal », a-t-elle continué. La secrétaire générale de la FGTB a aussi appuyé le projet de taxation des transactions financières.

Pour les syndicats, il est urgent d'abandonner l'axiome de l'austérité en faveur d'investissements dans l'économie réelle afin de donner un coup de fouet à la croissance et de « répondre aux enjeux liés au marché mondial », a affirmé de son côté Reiner Hoffmann de la Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB), syndicat allemand.

« Nous devons investir dans les infrastructures de transport, dans les réseaux à large bande, dans les services publics et privés, dans l'état providence, ainsi que dans les politiques sociales […] afin de rester compétitif, » a-t-il assuré.

« Nous devons tourner le dos à l'économie spéculative, investir dans l'économie réel et harmoniser les politiques fiscales » au sein de l'UE afin les conditions nécessaires pour assurer « une union monétaire et économique fonctionnelle ».

Sauver l'Europe sociale

Les syndicats ne soutiennent aucun groupe politique particulier pour les prochaines élections européennes. Cependant, ils ont lancé ensemble une vidéo de campagne qui incite les électeurs européens à « voter pour une Europe sociale » qui investira dans l'emploi et la croissance et qui garantira des salaires décents, un enseignement de qualité, le maintien des services publics, une croissance verte ainsi que le respect des principes de la non-discrimination et de l'égalité entre les sexes.

Les derniers sondages européens montrent une poussée du vote en faveur des partis socialistes à travers le continent, ce qui devrait aussi consolider les chances d'avoir un président de centre-gauche à la tête de la Commission après les élections.