Les think tanks français en quête de légitimité dans la vie politique

Ces groupes de réflexion peuvent être des boîtes à idées utiles. Malgré leur essor en France ces dix dernières année, ils sont souvent mal financés et font face à une classe politique méfiante.

EURACTIV.fr
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Ces groupes de réflexion peuvent être des boîtes à idées utiles. Malgré leur essor en France ces dix dernières année, ils sont souvent mal financés et font face à une classe politique méfiante.

Les Français n’aiment pas les anglicismes. Mais le mot « think tank » fait partie des rares intrus tolérés. Presque 200 « groupes de réflexion » existent en France. En Europe occidentale, seuls l’Allemagne et le Royaume-Uni en ont plus. Mais qui sont ces acteurs qui estiment être de plus en plus influents?

« Les think tanks combinent la génération et sélection d’idées avec leur promotion », a expliqué, lors d’une conférence à Paris le 24 mai, Stephen Boucher, co-auteur avec la journaliste Martine Royo d’un ouvrage* sur ces groupes de réflexion.

Pour faire simple : il ne suffit pas de développer des idées novatrices. Pour mériter le label « think tank », très en vogue selon M. Boucher, il faut aussi divulguer le résultat des recherches auprès des décideurs politiques et du grand public.

Petits budgets

En France, ce concept d’origine américaine est encore balbutiant. Même si leur nombre n’a cessé de croître ces dix dernières années, le peu de moyens financiers dont ils disposent entrave leur développement, ont estimé les personnalités présentes lors de ce débat.

Face aux centaines de millions d’euros de subventions annuelles que reçoivent les fondations politiques allemandes, par exemple, les budgets des principaux think tank français restent modestes.

Le social-démocrate Terra Nova, proche du Parti socialiste, dispose par exemple d’un financement annuel de 500 000€. Son pendant allemand, la fondation Friedrich-Ebert, affiliée au parti social-démocrate allemand, dépense environ 130 millions d’euros chaque année.  

Méfiance

Mais le rôle restreint que jouent les think tanks dans la vie politique française aujourd’hui s’explique également par les difficultés des politiques à s’habituer à ces nouveaux arrivés sur le marché de l’expertise. Les partis ou les ministres font davantage confiance aux membres de leur cabinet issus des grands corps, élèves érudits de l’ENA et de Sciences Po.  

Ces groupes de réflexion sont pourtant un outil utile pour contrer la « pensée unique » de la cinquième République, a affirmé, de son côté, le président de la Fondation Concorde Michel Rousseau. 

Mais le poids qu’auront les think tanks dans la vie politique française dépendra aussi de la qualité et la profondeur de leur travail, a affirmé Martine Royo. Or, ce travail de fonds est négligé par certains qui misent davantage sur le suivi de l’actualité politique à court terme. 

*Les Think tanks, Stephen Boucher et Martine Royo, Félin édition, avril 2012, 16,90 euros