Les vacances de l'UE à Ayia Napa
Également dans l'édition de vendredi : le CFP, le financement des partis, un conflit dans le secteur du transport maritime, un dîner chez VDL, Anna Derevyanko
Vous lisez Rapporteur ce vendredi 24 avril. Ici Nicoletta Ionta à Chypre, accompagnée d’Eddy Wax à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Les dirigeants de l’UE se réunissent à Ayia Napa dans un contexte de crise énergétique liée à la guerre en Iran
🟢 Dans les coulisses du dîner de l’équipe de Von der Leyen
🟢 Les députés européens veulent que les partis politiques européens soient financés à 100 % par les contribuables
Sur le rond-point : la défense des droits de l’homme est en passe de devenir plus lucrative
L’Europe, vue de Bruxelles
Alors que les dirigeants de l’UE se réunissaient pour un dîner au bord de la marina d’Ayia Napa, la soirée s’est déroulée dans une ambiance méditerranéenne paisible. Pourtant, juste au-delà de l’horizon, le monde s’agitait avec inquiétude.
La guerre en Iran – et ses répercussions à travers le Moyen-Orient – a propulsé la sécurité énergétique et la stabilité régionale au premier plan de l’ordre du jour d’une réunion de l’UE de deux jours à Chypre, qui s’achève aujourd’hui par un dialogue élargi impliquant les partenaires du Golfe, ainsi que des représentants du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Égypte.
Les conséquences se font déjà sentir bien plus près de chez nous – y compris sur le site même du sommet. À Ayia Napa et dans tout le district de Famagouste, où les dirigeants ont dégusté des spécialités chypriotes locales jeudi soir, le secteur du tourisme, pilier de l’économie locale, montre des signes de tension. L’île a été secouée début mars lorsque des frappes de drones iraniens ont touché des bases britanniques.
Pourtant, les responsables s’efforcent de faire preuve de calme. George Tofinis, président de l’office du tourisme de la région, a assuré à Rapporteur que Chypre « reste, et a toujours été, une destination où les gens peuvent voyager en toute confiance et en toute tranquillité », malgré sa proximité avec la crise en cours.
À peine 24 heures plus tôt, l’exécutif européen avait dévoilé un plan visant à protéger l’Union de ce que l’Agence internationale de l’énergie a qualifié de plus grand choc énergétique mondial. La proposition prévoit une coordination plus étroite en matière d’approvisionnement en carburant et des ajustements réglementaires ciblés, notamment des modifications des règles relatives aux aides d’État.
La réaction de certains dirigeants était loin d’être enthousiaste.
« C’est un pas en avant, mais ce n’est pas suffisant », a estimé l’Italienne Giorgia Meloni, dans une rare prise de distance publique avec le président de la Commission.
« Cela ne devient jamais très concret », a déclaré De Wever, dont le parti nationaliste flamand N-VA siège dans le même groupe parlementaire européen que les Frères d’Italie de Meloni.
S’il y a eu un moment de soulagement, c’est quelques heures plus tôt, lorsque les représentants de l’UE ont enfin approuvé le 20e train de sanctions de l’Union contre la Russie et un prêt de soutien de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, longtemps bloqué par Viktor Orbán. Sa récente défaite électorale et son absence de ce qui aurait dû être sa dernière réunion à la table des dirigeants n’ont pas passé inaperçues.
Lisez le compte rendu complet sur Chypre rédigé par mon collègue Thomas Møller-Nielsen et moi-même.
Négociations sur l’impasse budgétaire de l’UE
Les dirigeants de l’UE tenteront aujourd’hui, dans la capitale chypriote, de sortir de l’impasse concernant le prochain budget à long terme de l’Union, alors que la guerre en Iran et des mois de querelles entre les capitales bloquent les négociations sur ce plan de dépenses de mille milliards d’euros.
Le débat de ce matin à Nicosie a été présenté par António Costa, président du Conseil européen, comme « une étape importante » dans les discussions sur le cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027, qu’il cherche à finaliser d’ici la fin de 2026 – juste avant les élections présidentielles françaises, que l’extrême droite est actuellement en passe de remporter. Les diplomates ont toutefois minimisé la probabilité d’une avancée majeure aujourd’hui.
Lisez l’article complet de Thomas.
0 % de notoriété, 100 % financés par les contribuables
Les partis politiques paneuropéens pourraient devenir entièrement dépendants des contribuables de l’UE si les députés européens parviennent à leurs fins. Ce n’est que l’année dernière que l’UE a modifié les règles afin d’augmenter la part du budget du Parlement allouée au financement de partis tels que le PPE, le Parti socialiste européen et les Patriotes, la faisant passer de 90 % à 95 %. Aujourd’hui, un nouveau rapport de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen propose de porter ce pourcentage à 100 %.
Il y a vingt ans, 25 % du financement de ces entités largement méconnues provenait de sources privées ou des cotisations versées par les partis politiques nationaux ; aujourd’hui, les partis ne contribuent plus qu’à hauteur de 5 % pour accéder à des millions d’euros de fonds publics.
Mais signe que cette dépendance totale vis-à-vis des contribuables de l’UE est peu probable, ce même rapport suggère de relever le plafond maximal des dons provenant des entreprises, des partis nationaux et des particuliers de 18 000 à 30 000 euros.
Louis Drounau, chercheur et expert des partis de l’UE, estime que cela sera néfaste pour la démocratie. « Cela ouvre la voie à une influence accrue (et peut-être indue) des acteurs les plus fortunés », a-t-il souligné.
Un dîner avec la CDU pour von der Leyen
Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’Ursula von der Leyen n’a pas touché à son verre de vin lors d’un dîner de deux heures avec des députés européens la semaine dernière.
La présidente de la Commission européenne, d’une prudence extrême, a invité mardi dernier les députés européens de son propre parti, la CDU allemande, dans le restaurant cossu situé au 13e étage du Berlaymont (où elle réside dans un appartement attenant à son bureau) pour un repas.
Les Allemands, qui attendaient depuis longtemps avec impatience un entretien privé avec « leur » présidente, avaient trois points à lui faire valoir : la réduction de la bureaucratie, le marché unique et les mesures énergétiques. L’une de leurs principales revendications était que la Commission assouplisse les règles d’autorisation environnementale qui, selon eux, ralentissaient les projets d’infrastructure.
Certains ont essayé de la pousser à autoriser la fusion entre les géants européens Alstom et Siemens – mais l’ont accusée de leur avoir menti dans la salle. L’important n’est pas d’avoir une réunion agréable, mais ce qui se passe le lendemain, a ironisé une personne présente dans la salle.
L’UE se prépare à un bras de fer avec Trump sur le transport maritime
Les hauts diplomates européens s’accorderont aujourd’hui pour soutenir un accord mondial sur la neutralité carbone du transport maritime à l’Organisation maritime internationale. Cet accord mondial controversé, qui doit être approuvé à Londres la semaine prochaine, est depuis longtemps une épine dans le pied de Donald Trump, qui avait auparavant contraint l’OMI à le geler pendant un an.
Bruxelles tenait auparavant à minimiser le désaccord, mais après avoir été soumise à des droits de douane, critiquée sur les réseaux sociaux et menacée d’une invasion du Groenland, l’Europe en a eu assez.
« La position de Trump vis-à-vis de l’UE est différente de ce qu’elle était il y a un an », a expliqué un diplomate européen.
Mais avec la position incertaine de la Chine et le désertement de grandes puissances maritimes cette semaine, la bravade de l’Union pourrait bien la mener au naufrage. Lisez l’article complet ici.
L’UE s’apprête à bloquer l’entrée des soldats russes
Une initiative visant à interdire l’entrée dans l’espace Schengen à plus de deux millions de soldats russes et de mercenaires étrangers ayant combattu en Ukraine devrait être présentée lors de la prochaine réunion du Conseil en juin, a confié un responsable européen à mon collègue Pietro Guastamacchia.
Selon un rapport diplomatique consulté par Euractiv, l’année 2025 a vu une augmentation de 10,2 % des visas délivrés à des ressortissants russes par rapport à 2024. Les principaux pays émetteurs étaient la France, l’Italie et l’Espagne. Lisez l’article complet.
Rond-point Schuman
HAUSSE DU PRIX SAKHAROV : Les députés européens souhaitent augmenter la dotation de 50 000 euros que les défenseurs des droits de l’homme peuvent remporter en gagnant le Prix Sakharov, décerné chaque année par le Parlement européen. Les députés européens éminents David McAllister, Barry Andrews et Mounir Satouri ont écrit à Roberta Metsola à la fin du mois dernier pour relancer une initiative visant à augmenter le montant du prix, qui remonte à 2019. Les députés européens ont approuvé le lancement des négociations mercredi. On ignore quel sera le nouveau montant.
Les capitales
🇮🇹 ROME
Le projet italien visant à externaliser une partie de la gestion des migrants vers l’Albanie a reçu le soutien d’un avocat général de la plus haute juridiction de l’UE, qui a déclaré que le droit européen n’empêchait pas, en principe, les États membres de créer des centres de retour et de détention en dehors de leur territoire. Dans un avis non contraignant rendu jeudi, le conseiller de la Cour de justice de l’Union européenne a indiqué que de tels arrangements sont admissibles à condition que toutes les garanties prévues par le droit européen soient pleinement respectées.
– Nicoletta Ionta
🇬🇷 ATHÈNES
Alexis Tsipras, l’ancien Premier ministre, a laissé entrevoir un retour en politique, des informations suggérant qu’il pourrait lancer un nouveau parti de gauche. S’exprimant lors du Forum économique de Delphes, Tsipras a estimé que les allégations de corruption soulevées par Laura Kövesi, la procureure de l’UE, entraîneraient la démission du gouvernement – du moins dans un « pays normal ». Apostolos Tzitzikostas, responsable des transports de l’UE, a quant à lui déclaré que la situation était difficile et a appelé à une plus grande coopération politique après les prochaines élections.
– Sarantis Michalopoulos
🇩🇪 BERLIN
Jeudi, Lufthansa a perdu une bataille juridique concernant son plan de sauvetage public de 6 milliards d’euros mis en place pendant la pandémie de Covid, après que la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que la Commission avait mal géré son autorisation. Cette aide, accordée en 2020 pour éviter la faillite, avait été contestée par ses concurrents Ryanair et Condor. La plus haute juridiction de l’UE a rejeté l’appel de Lufthansa, confirmant ainsi le jugement d’une juridiction inférieure qui avait annulé la décision de Bruxelles.
– Victoria Becker
🇪🇸 MADRID
Mariano Rajoy a « catégoriquement nié » toute implication dans l’un des plus grands scandales politiques de l’histoire récente de l’Espagne. Témoignant jeudi devant la Cour nationale dans le cadre de « l’affaire Kitchen », l’ancien Premier ministre et chef du Parti populaire (PP) de centre-droit a assuré qu’il n’avait pas ordonné la saisie et la destruction de preuves incriminantes concernant le financement irrégulier du parti, détenues par l’ancien trésorier du PP, Luis Bárcenas.
– Inés Fernández-Pontes
🇵🇱 VARSOVIE
La Pologne donne la priorité au « contenu local » afin de renforcer la part des entreprises nationales dans les grands investissements, a déclaré le ministre des Biens publics, Wojciech Balczun, lors du Forum économique européen de Katowice. Cette politique vise à garantir que les grands projets – notamment dans les domaines de l’énergie et de la défense – profitent principalement aux entreprises locales, favorisant ainsi l’emploi, les recettes fiscales et la croissance. Balczun a ajouté que cette initiative marquait un « tournant », la Pologne passant d’une croissance de rattrapage à un leadership économique. Il a souligné qu’il ne s’agissait pas de protectionnisme, mais d’une mesure conforme aux règles de l’UE, tout en aidant les entreprises polonaises à se développer à l’étranger.
– Charles Szumski
Également sur Euractiv
Les entreprises ukrainiennes accepteraient un report de l’accès aux subventions agricoles de l’UE en échange d’une adhésion plus rapide, a déclaré la dirigeante d’entreprise Anna Derevyanko à Euractiv, qualifiant l’agriculture de « l’éléphant dans la pièce » (le sujet tabou) dans les négociations d’adhésion.
Représentant environ 1 000 entreprises, elle a fait valoir que Kiev devrait d’abord adhérer à l’UE et mettre en place progressivement les subventions agricoles de l’Union par la suite, avertissant qu’une incertitude prolongée pourrait coûter à l’Ukraine ses aspirations européennes.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs : Thomas Møller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen, Nikolaus J. Kurmayer, Sarantis Michalopoulos, Pietro Guastamacchia
Traductrice : Clara Vassent