Les visas russes dans le collimateur
Également dans l'édition de jeudi : SEAE, budget, Islande
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 3 septembre. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax à Dublin.
À retenir :
🟢 L’attaque de Leipzig ravive la campagne en faveur d’une interdiction des visas russes
🟢 Kallas riposte au projet allemand pour le SEAE
🟢 Les négociations sur le budget de l’UE en quête d’un terrain d’entente
L’Europe, vue de Bruxelles
L’affaire du drone à l’aéroport de Leipzig a fourni un nouvel argument aux pays européens qui réclament depuis longtemps des restrictions plus strictes à l’égard des voyageurs russes.
Le journal allemand Süddeutsche Zeitung a rapporté mercredi que l’un des deux suspects identifiés par les autorités allemandes est un Biélorusse voyageant avec un passeport russe. Les enquêteurs pensent qu’il est entré dans l’espace Schengen grâce à un visa touristique délivré par l’Italie. Le deuxième suspect a été identifié comme étant un homme né en Russie et titulaire d’un passeport letton.
Plus tard dans la journée, Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a déclaré à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères que les capitales ont manifesté un « large soutien » en faveur d’une interdiction européenne des visas pour les combattants russes actuels et anciens, ainsi que de règles plus strictes pour les touristes russes.
« De nombreux États membres ont signalé […] que ce type de visas touristiques est en réalité utilisé pour commettre des actes de sabotage », a indiqué Kallas.
Ces mesures figuraient dans le dernier train de sanctions de l’UE contre la Russie, mais elles ont été édulcorées suite à la résistance de la France, de l’Italie et de la Grèce. La France et l’Italie figuraient également parmi les pays de l’UE ayant délivré le plus grand nombre de visas à des touristes russes en 2025, comme Euractiv l’a rapporté en premier.
L’affaire de Leipzig a placé l’Italie dans une position délicate. L’utilisation présumée d’un visa italien par l’un des suspects pourrait intensifier la pression sur Rome et d’autres capitales réticentes pour qu’elles durcissent leurs règles, alors que la Russie intensifie ses actes de sabotage et d’autres formes de guerre hybride à travers l’Europe.
En marge de la réunion, Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères, a déclaré à Eddy lors d’un échange avec des journalistes que les autorités italiennes enquêteraient sur cette information « afin de vérifier les faits ». Il répondait à une question visant à savoir si cette affaire pourrait inciter Rome à revoir sa position sur les visas russes.
Cette enquête fait suite à l’arrestation, en mai, de l’ancien ambassadeur d’Italie en Ouzbékistan et d’un collaborateur de l’ambassade, soupçonnés d’avoir mis en place un stratagème visant à délivrer des visas touristiques Schengen de longue durée à des citoyens russes qui ne remplissaient pas les conditions d’éligibilité.
Pour l’Estonie et ses alliés, qui considèrent depuis longtemps les voyages en Russie comme un vecteur potentiel d’espionnage et de sabotage, l’affaire de Leipzig renforce les arguments en faveur de la suppression de ce qu’ils perçoivent comme une faille dangereuse dans la réglementation de l’UE relative aux visas touristiques russes.
« La leçon devrait être évidente », a déclaré Margus Tsahkna, ministre estonien des Affaires étrangères, sur X. « Cela doit cesser. »
Kallas riposte
Kaja Kallas a résisté aux appels lui demandant d’intégrer son Service européen pour l’action extérieure à la Commission, après une réunion des ministres des Affaires étrangères qui ont passé en revue mercredi, en Irlande, une proposition portée par l’Allemagne.
« Il y a eu un large soutien en faveur de la configuration institutionnelle actuelle », a déclaré Kallas à l’issue de la réunion. Les idées de l’Allemagne ont reçu un accueil plutôt glacial, selon deux autres personnes informées des discussions.
La proposition, qui a reçu un soutien quelque peu tiède de la part des Français, a pris de nombreux ministres des Affaires étrangères par surprise.
Une solution technique serait plus appropriée, a suggéré Kallas. « Le problème ne réside ni dans les traités, ni dans l’architecture institutionnelle. Le problème réside dans la mise en œuvre de cette architecture », a-t-elle affirmé, en reprochant sans grande subtilité à la Commission de « faire double emploi » avec les missions de son service. Les petits États membres de l’UE ne seraient pas ravis de perdre la coordination assurée par sa double fonction.
Puis elle a changé son fusil d’épaule. Kallas a indiqué qu’elle pourrait se rallier à la proposition à une condition : qu’elle soit véritablement habilitée à superviser tous les domaines de la politique étrangère au sein de la Commission, de l’immigration et du développement au commerce. Cela semble peu probable, a-t-elle laissé entendre, tant qu’il y aura « quelqu’un au-dessus de moi qui prendra réellement les décisions » – en d’autres termes, Ursula von der Leyen.
Kallas a peut-être déjà perdu le contrôle du processus de réforme qu’elle a lancé. Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, semble avoir pris l’initiative en invitant les ministres à une conférence à Berlin le 2 décembre. L’avenir du SEAE devrait y être abordé, tout comme sa proposition, plutôt vouée à l’échec, visant à abandonner le principe de l’unanimité en politique étrangère et de sécurité.
Parlons franchement du budget
Thomas Byrne, ministre irlandais chargé des Affaires européennes, a indiqué à Rapporteur que les négociations sur le prochain budget à long terme de l’UE entrent dans une nouvelle phase, alors qu’il accueille les ministres pour une réunion de deux jours au château de Dublin.
« Je pense que nous avons dépassé la phase de définition du champ d’action et que nous en sommes désormais à la phase de recherche d’un terrain d’entente », a-t-il déclaré à Eddy. Bien qu’elles défendent des positions nationales fermes, les capitales comprennent qu’il faut trouver un compromis, a-t-il ajouté.
D’ici la fin de cette semaine, Byrne se sera entretenu en tête-à-tête avec plus de la moitié de ses homologues, dans le but de parvenir à un accord avant la fin de l’année. Le ton a été « franc », a-t-il précisé. António Costa, quant à lui, a déjà parcouru les deux tiers de sa tournée des capitales européennes visant à dégager un consensus sur le budget.
De son côté, Sigitas Mitkus, qui pourrait prendre le relais des négociations lorsque la Lituanie assumera la présidence tournante du Conseil en janvier, a déclaré à notre journaliste spécialisée dans le budget, Victoria Becker, que tous les pays souhaitent respecter l’échéance de fin d’année fixée par Costa. Mais la Lituanie est « prête à finaliser l’accord » si nécessaire. Lisez l’interview complète.
Les Polonais ont-ils influé sur le vote islandais ?
L’intégration européenne a attiré des Polonais en Islande, en quête de travail et d’un avenir différent. Beaucoup sont restés, ont fondé une famille et ont formé la plus grande communauté d’immigrés du pays.
Des résidents polonais de longue date qui se sont entretenus avec mon collègue Magnus Lund Nielsen ont affirmé que les quelque 3 000 Polonais habilités à voter lors du référendum sur la reprise des négociations d’adhésion ont penché contre une éventuelle adhésion de l’Islande.
L’UE a peut-être transformé la Pologne, mais elle a moins apporté à l’Islande, ont-ils déclaré. Tirer profit de l’intégration européenne ne fait pas nécessairement de quelqu’un un partisan de l’intégration. Lisez le dernier reportage de Magnus depuis Reykjavík.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’UE pourrait devoir combler le déficit de 23 milliards d’euros de l’Ukraine
- ChatGPT met à l’épreuve les réglementations numériques redondantes de Bruxelles
- Les progrès climatiques stagnent dans les grandes économies européennes
Rond-point Schuman
TROP PRÈS : Un drone russe a survolé la délégation de l’UE à Kiev avant de frapper un bâtiment universitaire situé à seulement 300 mètres de là dans la journée, a écrit sur X l’ambassadrice Katarína Mathernová. Les 160 étudiants qui se trouvaient à l’intérieur ont tous survécu après s’être mis à l’abri, tandis que le personnel de l’UE, encore sous le choc, a repris le travail.
Les capitales
ATHÈNES 🇬🇷
Le gouvernement grec du parti Nouvelle Démocratie devrait dévoiler des mesures financières d’un montant d’un milliard d’euros lors de la Foire internationale de Thessalonique, le plus grand événement politique annuel du pays, qui débute ce week-end. Cette annonce pourrait constituer la dernière chance pour Kyriakos Mitsotakis de redynamiser son parti avant les élections de 2027, les sondages excluant toute nouvelle majorité absolue. Les pressions venant de la droite et les tensions avec la Turquie viendront aggraver ses difficultés. Les analystes s’attendent à ce que Nouvelle Démocratie reste indispensable à toute coalition, mais s’interrogent sur la capacité de Mitsotakis à rester aux commandes du pays. Lisez l’article complet.
– Sarantis Michalopoulos
LA VALETTE 🇲🇹
Un tribunal maltais a acquitté le magnat Yorgen Fenech, accusé d’avoir orchestré l’assassinat par voiture piégée de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia en 2017. Ce meurtre avait déclenché une crise politique qui avait contraint l’ancien Premier ministre Joseph Muscat à démissionner et avait intensifié l’examen des défaillances de l’État de droit à Malte. La famille de Daphne Caruana Galizia a déclaré que ce verdict la prive de justice. Cinq personnes ont été condamnées pour avoir fourni la bombe ou perpétré l’assassinat dans des affaires connexes.
– Christina Zhao
BERLIN 🇩🇪
Les autorités allemandes enquêtent sur un acte présumé de « sabotage subversif » dans une sous-station près de Cologne, après le court-circuit provoqué par un matériau conducteur fixé à une ligne électrique aérienne. Le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu’un État étranger ou des extrémistes de gauche pourraient en être responsables. La veille, des auteurs non identifiés avaient endommagé des lignes électriques dans une sous-station du Brandebourg, où la police a découvert plusieurs roquettes artisanales.
– Björn Stritzel
MADRID 🇪🇸
Selon El Español, un rapport de police qui a fuité affirmerait que les forces marocaines auraient contribué à faire affluer plus de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet afin de déstabiliser la frontière espagnole. Face à de vives critiques, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a interrogé le chef de la police, Francisco Pardo, sur l’exactitude de ces informations. Pardo a nié toute mise en cause des forces marocaines dans les rapports de police et a déclaré ne rien savoir de ce document, arguant que les enquêteurs avaient reçu l’ordre de ne pas en informer leurs supérieurs.
– Inés Fernández-Pontes
VILNIUS 🇱🇹
La Lituanie souhaite que le prochain budget à long terme de l’UE reflète ses besoins en matière de sécurité sur le flanc oriental dans toutes les lignes budgétaires, a déclaré le vice-ministre Sigitas Mitkus à Euractiv. Vilnius soutient un paquet d’au moins 2 000 milliards d’euros et souhaite que la mobilité militaire, y compris le projet Rail Baltica, soit considérée comme un élément de dissuasion. Mais Mitkus a émis des doutes quant à de nouvelles sources de recettes pour l’UE si des capitales aux positions bellicistes imposaient des coupes budgétaires drastiques, et a indiqué que la Lituanie pourrait mener à bien les négociations lors de sa présidence du Conseil en 2027. Lisez l’interview complète.
– Victoria Becker
ROME 🇮🇹
Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a déclaré qu’il ne peut exclure que la Russie tente d’influencer les prochaines élections en Italie, avertissant que cette menace concerne l’ensemble de l’UE. Interrogé sur un rapport qualifiant le leader d’extrême droite Roberto Vannacci de « cheval de Troie » russe, Tajani a répondu que ces allégations nécessitent des preuves et qu’il espère qu’elles soient fausses.
– Alessia Peretti
SOFIA 🇧🇬
Le Premier ministre Rumen Radev recevra aujourd’hui António Costa à la résidence de Boyana, alors que ce dernier effectue une tournée des capitales de l’UE afin de trouver un accord sur le prochain budget à long terme de l’Union. Sofia, bénéficiaire net des fonds européens, devrait s’opposer aux efforts des États les plus riches visant à réduire les dépenses de cohésion et à réorienter les fonds vers la défense et la compétitivité. Costa a présenté ces discussions comme un choix entre le montant du budget, les contributions nationales et les nouvelles recettes de l’UE.
– Konstantin Karadjov
Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributeurs.trice : Magnus Lund Nielsen, Sarantis Michalopoulos, Victoria Becker
Traductrice : Clara Vassent