L'AfD en pleine ascension alors que l'économie de la Saxe-Anhalt est en difficulté
Le parti d'extrême droite recueille jusqu'à 43 % des intentions de vote à l'approche des élections, les électeurs citant l'emploi, les salaires et l'économie parmi leurs principales préoccupations
BERLIN – Dans 11 jours, les électeurs de Saxe-Anhalt se rendront aux urnes et, pour la première fois, le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait recueillir suffisamment de suffrages pour désigner le ministre-président de ce Land.
Selon des sondages récents, ce parti nationaliste et anti-immigration recueille jusqu’à 43 % des intentions de vote, ce qui le place largement en tête devant la CDU au pouvoir, qui n’atteint qu’un peu plus de 20 %.
La section de l’AfD de Saxe-Anhalt a été classée par les services de renseignement intérieurs du Land comme « extrémiste d’extrême droite avérée ». Cela n’a guère entamé la popularité de son candidat de tête, Ulrich Siegmund, qui est parfois accueilli comme une véritable pop star lors des meetings de campagne.
Mettant l’accent sur l’immigration et l’asile, Siegmund a affirmé lors d’une récente interview que l’Allemagne « distribue de l’argent au monde entier », soulignant que plus de 20 milliards d’euros de Bürgergeld (aide sociale) sont versés à des citoyens non allemands.
Une économie en difficulté
Le taux de chômage de la Saxe-Anhalt s’élevait à 8,1 % en juillet 2026, bien au-dessus de la moyenne allemande de 6,4 %. Le PIB réel du Land a reculé de 0,2 % en 2025, tandis que l’économie allemande dans son ensemble a progressé de 0,2 %, bien qu’à partir d’un niveau de référence faible. Sans surprise, les électeurs ont cité la sécurité de l’emploi, les salaires et la situation économique générale comme leurs principales préoccupations.
Les analystes se montrent toutefois sceptiques quant à la capacité de la politique migratoire plus restrictive annoncée par l’AfD à améliorer la situation économique.
« La politique migratoire restrictive de l’AfD va à l’encontre de la forte demande de main-d’œuvre en Saxe-Anhalt », a déclaré à Euractiv Thorsten Alsleben, directeur général de l’Initiative pour une nouvelle économie sociale de marché (INSM), un groupe de réflexion associé à l’Institut économique allemand. Il a ajouté que, contrairement à ce que l’AfD ne cesse de prétendre, le principal problème économique de l’Allemagne n’est pas une immigration excessive, mais une pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
L’AfD prône une politique migratoire nettement plus restrictive, prévoyant notamment une réduction du nombre de « travailleurs qualifiés culturellement étrangers », et souhaite que l’économie s’appuie davantage sur la main-d’œuvre allemande, a expliqué Alsleben. Pour la Saxe-Anhalt, dont la population est la plus âgée d’Allemagne avec une moyenne d’âge de près de 50 ans, cela aggraverait la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans les années à venir. Compte tenu de l’évolution démographique, le Land est dépendant de l’immigration, a-t-il ajouté.
Dans le même temps, le parti promet d’introduire de nouvelles prestations sociales de grande envergure, de réduire les impôts et de s’abstenir de contracter de nouvelles dettes – une combinaison qui serait difficile à financer, a déclaré Alsleben.
Une étude récente de l’Institut de recherche économique de Halle (IWH) a révélé qu’un gouvernement de l’AfD disposant d’une majorité absolue exposerait la Saxe-Anhalt à un déficit budgétaire annuel d’au moins 2,2 milliards d’euros, selon des calculs basés sur le programme électoral du parti. Le Land est déjà endetté à hauteur d’environ 25 milliards d’euros, ce qui représente l’un des niveaux d’endettement par habitant les plus élevés d’Allemagne.
Les auteurs de l’étude ont conclu qu’un gouvernement dirigé par l’AfD aurait donc peu de chances de mettre pleinement en œuvre son programme électoral en raison d’un manque de fonds.
Des interrogations sur la politique économique
Au niveau fédéral également, le parti – fondé à l’origine comme un mouvement anti-euro – continue de soulever des questions quant à la cohérence de sa politique économique.
La co-présidente de l’AfD, Alice Weidel, a récemment évité de donner une réponse claire quant à savoir si le parti a toujours l’intention de sortir de l’euro, comme le stipulait son programme électoral de 2016. Elle a plutôt qualifié la monnaie unique de « monnaie faible » qui désavantage de nombreux Allemands.
« L’euro est le principal atout de l’Allemagne en tant qu’économie tournée vers l’exportation », a affirmé Alsleben. Il a ajouté que le bénéfice économique de l’adhésion à l’UE s’élève en moyenne à près de 2 500 euros par personne et par an en Allemagne.
« Le fait que Weidel ne reconnaisse pas clairement ces avantages est une grave erreur. Nous devons rendre l’UE plus compétitive, mais nous ne devons pas la remettre en cause. »
(bw, cs)