L'Islande dit « non »
Également dans l'édition de lundi : Siim Kallas, les avoirs russes, Aube dorée
Vous lisez Rapporteur ce lundi 31 août. Ici Eddy Wax, en route pour l’Irlande pour une série de réunions ministérielles de l’UE, avec Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À retenir :
🟢 Que signifie le « non » de l’Islande à Bruxelles pour l’élargissement ?
🟢 La Belgique ferme la porte à une utilisation des avoirs russes au profit de l’Ukraine
🟢 L’Espagne sollicite le soutien de Frontex à Ceuta
Sur le rond-point : Kaja Kallas rend hommage à son père
L’Europe, vue de Bruxelles
L’UE n’a pas connu d’expansion depuis l’adhésion de la Croatie en 2013 ; avec le Brexit, elle s’est en fait rétrécie.
Le vote serré des Islandais samedi dernier, rejetant l’ouverture de négociations d’adhésion à l’UE, a porté un coup dur aux efforts naissants visant à inverser cette stagnation. C’est d’autant plus douloureux que, pour une fois, ce n’est pas l’UE qui explique à un pays pourquoi il ne peut pas adhérer ; c’est l’Islande qui déclare s’être suffisamment intégrée, merci bien.
L’idée était que l’adhésion de l’Islande se ferait rapidement, allégerait la pression budgétaire et inciterait peut-être même la Norvège, riche en pétrole, à reconsidérer sa position. Certes, l’éternelle question de la pêche se poserait – mais les Islandais verraient sans doute les choses dans leur ensemble.
Ursula von der Leyen a survolé l’île volcanique en hélicoptère l’été dernier, tandis que les institutions de l’UE courtisaient la Première ministre Kristrún Frostadóttir en évoquant un partenariat en matière de défense.
Mais au final, même si les Islandais ont pu envisager l’UE comme un refuge contre la tempête géopolitique trumpienne, c’est la souveraineté nationale qui l’a emporté, comme l’a rapporté mon collègue Magnus Lund Nielsen depuis l’Islande.
Frostadóttir, qui a qualifié ce résultat qu’elle ne souhaitait pas de « victoire pour la démocratie », pourrait bien regretter sa stratégie de campagne ultra-prudente.
L’élargissement a pris de l’ampleur – devenant même une sorte d’impératif moral – à Bruxelles, en grande partie grâce à la volonté de l’Ukraine d’adhérer. Saluer le « nouvel élan » dans le débat politique est désormais un cliché. Les fantaisistes imaginent même le Canada rejoindre l’Union.
Mais tous ceux qui pensaient que la voie de l’élargissement était inévitable ont eu une mauvaise surprise. Beaucoup espéraient regrouper l’Islande avec le Monténégro, voire l’Albanie, afin de dissiper le scepticisme à l’égard des pays plus pauvres dont le bilan démocratique est discutable.
Sans l’Islande, les choix difficiles qui font grimacer les gouvernements européens sceptiques ressortiront encore davantage au cours du mois prochain. L’attention se portera désormais sur des idées telles que les clauses de non-régression et les droits de veto limités dans le temps – des notions qui fâchaient déjà les pays du Nord. L’heure de vérité sonnera lors d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement à la mi-octobre.
Le favori incontesté, le Monténégro, déjà sous la pression de la Croatie, est désormais davantage exposé à un examen minutieux qu’il ne l’aurait été à l’abri sous l’aile de l’Islande.
C’est à Podgorica – et non à Reykjavík – que l’appétit des dirigeants sera véritablement mis à l’épreuve.
La Belgique claque la porte au prêt de réparation
Theo Francken, ministre belge de la Défense, a répondu sans détour à une initiative lancée la semaine dernière par quatre pays de l’UE visant à relancer le débat controversé sur le « prêt de réparation ».
« C’est non négociable, la porte est totalement close », a-t-il déclaré à propos d’une initiative menée par la Suède visant à utiliser les avoirs russes gelés pour financer l’effort de guerre de l’Ukraine.
La Pologne, les Pays-Bas et l’Espagne ont également appelé la Commission européenne à explorer de nouvelles voies pour mobiliser environ 200 milliards d’euros d’actifs russes gelés afin de soutenir Kiev.
Dans leur lettre, ils suggèrent qu’un compromis acceptable pour la Belgique pourrait être trouvé, sans toutefois donner de détails.
La plupart de ces avoirs sont détenus par Euroclear en Belgique, et Bart De Wever, un proche allié de Francken, avait fait échouer cette proposition l’année dernière, arguant qu’elle exposerait son pays à d’importants risques juridiques et financiers.
L’Espagne fait appel à Frontex
L’Espagne a demandé à l’agence européenne des frontières Frontex une aide supplémentaire pour gérer la crise migratoire qui s’aggrave à Ceuta, après que des manifestations ont dégénéré en affrontements entre les habitants et la police la semaine dernière.
Cet appel marque un revirement de la part de Madrid, qui avait jusqu’à présent évité de solliciter un soutien supplémentaire auprès de l’agence. L’Espagne souhaite disposer de 10 agents supplémentaires pour renforcer l’enregistrement et le contrôle des nouveaux arrivants.
Entre 5 000 et 8 000 migrants, dont des mineurs non accompagnés, se trouvent toujours à Ceuta après que quelque 72 000 d’entre eux ont traversé la frontière depuis le Maroc fin juillet.
La riposte de Draghi
Après avoir été critiqué pour son parti pris en faveur de l’Europe occidentale, le nouveau Rhine Group de Mario Draghi – une structure destinée à promouvoir ses idées et à sauver l’Europe, une fois de plus – a annoncé qu’il rééquilibre sa composition nationale.
Luis Garicano, l’ancien député européen qui dirige cette structure, a déclaré cinq jours après son lancement que quatre nouveaux membres vont le rejoindre : une entrepreneure roumaine du secteur de la tech, un dirigeant ukrainien d’une start-up spécialisée dans la défense, une professeure d’économie franco-bulgare et un ingénieur en informatique polonais.
Velina Tchakarova, analyste géopolitique, a déclaré qu’elle songe à lancer un Rhine Group rival, composé d’experts d’Europe centrale et orientale.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Les élections suédoises laissent dans l’incertitude l’accord européen sur la taxe sur le tabac
- Un néofasciste grec emprisonné promet un retour en politique
- Les responsables de la planification du réseau électrique défendent leur bilan alors que les critiques s’intensifient
Rond-point Schuman
ÉLOGE FUNÈBRE DE KALLAS : Kaja Kallas a rendu hommage à son père, Siim Kallas, lors de ses funérailles nationales à Tallinn ce week-end. « Quoi qu’il arrive, nous t’aimons toujours », tel était le mantra familial qu’il leur a inculqué, a-t-elle indiqué, ajoutant que ses conseils l’ont aidée à éviter des erreurs politiques. La cheffe de la diplomatie européenne a pris la tête du parti fondé par son père et a suivi ses traces en accédant au poste de Première ministre de ce pays balte de 1,3 million d’habitants. Alice Bergoënd vous propose l’article complet.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Friedrich Merz a averti que la Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, serait « considérablement dégradée » par un gouvernement d’extrême droite. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est en tête des sondages à l’approche des élections régionales du 6 septembre et pourrait y entrer au gouvernement pour la première fois. Le chancelier allemand a déclaré à l’ARD que les investisseurs internationaux seraient réticents à ouvrir des usines sous un ministre-président de l’AfD.
– Victoria Becker
PARIS 🇫🇷
Olivier Faure, chef du Parti socialiste français, a annoncé qu’il se présenterait à l’élection présidentielle d’avril 2027, rejoignant ainsi un éventail déjà bien fourni de candidats à gauche. Faure a promis une hausse des impôts pour les plus riches, une augmentation du salaire minimum et un programme de « socialisme écologique » . Son annonce intervient quelques jours après l’entrée en lice du député européen de centre-gauche Raphaël Glucksmann, alors que les partis de centre-gauche restent divisés sur la question de savoir s’il faut exclure le leader d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon de toute alliance électorale. Lisez l’article complet.
– Alice Bergoënd
MADRID 🇪🇸
Un mois après l’afflux massif de migrants en juillet, le gouvernement espagnol prépare un plan d’aide de 165 millions d’euros pour Ceuta, rapporte El País. Ces fonds visent à soutenir l’économie locale, alors que les services de santé et de sécurité, déjà mis à rude épreuve, subissent de lourdes pertes dans le secteur du tourisme. Le ministère de l’Intérieur a également sollicité l’aide de Frontex et d’Europol pour contrôler les migrants, dont des milliers restent bloqués dans cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine.
– Inés Fernández-Pontes
BELGRADE 🇷🇸
La Serbie enterrera Ratko Mladić, condamné pour crimes de guerre, avec tous les honneurs d’État et militaires, a déclaré le ministre de la Justice Nenad Vujić, suscitant l’indignation dans toute la région. Mladić a été reconnu coupable de génocide pour le meurtre de plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques à Srebrenica, ainsi que de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Tonino Picula, rapporteur du Parlement européen pour la Serbie, a appelé à une réponse « appropriée » de l’UE.
– Bronwyn Jones
COPENHAGUE 🇩🇰
Le principal lobby agricole danois organisera aujourd’hui un rassemblement de masse pour contester les projets de réglementation sur l’azote et les pesticides, avertissant que ceux-ci ont été élaborés à la hâte et pourraient entraîner des pertes financières pour les agriculteurs. Le Parlement votera jeudi sur des limites d’azote destinées à réduire la pollution des cours d’eau, tandis qu’une législation distincte interdirait la pulvérisation dans les zones vulnérables de recharge des nappes phréatiques. Ce bras de fer met à l’épreuve le consensus qui sous-tend l’accord historique de 2024 conclu au Danemark entre les agriculteurs, le gouvernement, l’industrie et les associations environnementales. Lisez l’article complet.
– Alice Bergoënd
TALLINN 🇪🇪
Le Parlement estonien s’apprête à élire Ülle Madise à la présidence mercredi, la chancelière de justice s’étant imposée comme la seule candidate bénéficiant d’un soutien suffisant. Madise a été désignée par 75 députés issus de quatre partis, bien que le scrutin soit secret et qu’elle doive obtenir 68 voix pour l’emporter. Juriste constitutionnelle occupant ce poste apolitique depuis plus d’une décennie, elle devrait défendre les institutions démocratiques dans un contexte de tensions avec la Russie. Lisez l’article complet.
– David Mac Dougall
PRISTINA 🇽🇰
L’UE a exprimé son « profond regret » après le refus du Conseil judiciaire du Kosovo de permettre aux juges et au personnel d’origine serbe de retirer leurs démissions déposées en 2022, estimant que cette décision semble incompatible avec la législation kosovare et les principes d’un système judiciaire multiethnique. La présidente par intérim, Albulena Haxhiu, a salué cette décision et s’est engagée à révoquer officiellement les juges. La ministre de la Justice par intérim, Donika Gërvalla-Schwarz, a défendu cette décision, accusant Bruxelles de mener des « politiques d’apaisement ».
– Bronwyn Jones
Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributeurs.trice : Magnus Lund Nielsen, Alice Bergoënd, Bruno Waterfield
Traductrice : Clara Vassent