La rentrée éprouvante de la Dame de fer

Également dans l'édition de mardi : SEAE, majorité qualifiée, Chine, MCC

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce mardi 1er septembre. Ici Eddy Wax à Dublin, avec Nicoletta Ionta à Bruxelles.

À retenir :

🟢 Kallas peine à définir le programme de réforme du SEAE

🟢 L’Allemagne mène une nouvelle initiative visant à contourner les vetos nationaux

🟢 Hoekstra s’impose comme le principal partisan d’une ligne dure envers la Chine au sein de la Commission

Sur le rond-point : le directeur du MCC Bruxelles dit à Péter Magyar d’« aller se faire foutre »


L’Europe, vue de Bruxelles


La reprise du travail est difficile. Mais Kaja Kallas, souvent surnommée la « Dame de fer de l’Europe », vit une rentrée si éprouvante qu’elle en fait grimacer.

L’Allemagne a fait circuler un projet qui intégrerait son Service d’action extérieure au sein de la Commission européenne.

Ses partisans affirment que cette refonte permettrait d’harmoniser les messages discordants de l’UE et donnerait à Kallas les moyens de remplir pleinement son rôle de coordinatrice paneuropéenne de la politique étrangère.

Rien n’est encore décidé. Mais Kallas, qui est engagée depuis des années dans une guerre de territoire avec Ursula von der Leyen, serait probablement la principale perdante de ce projet. À certains égards, celui-ci aurait pu être rédigé par von der Leyen elle-même.

Même si Kallas se voyait confier un portefeuille plus important au sein de la Commission, von der Leyen – ou tout futur président de la Commission – exercerait un contrôle plus étroit sur chacun de ses gestes. Il suffit de voir ce qui s’est passé lorsque von der Leyen a transféré une grande partie de l’élaboration de la politique de l’UE au Moyen-Orient du SEAE vers la Commission pour créer la DG MENA.

Les diplomates ont été déconcertés de voir que la France, fondatrice et fervente défenseuse du SEAE, a également apporté son soutien à ce projet. Berlin a néanmoins pris une longueur d’avance sur Kallas, qui prévoit de lancer cette semaine en Irlande son propre processus de réforme du service diplomatique, après avoir pris la température auprès des ministres des Affaires étrangères.

Alors que Kallas est aux prises avec ce défi, elle fait également le deuil de son père. Siim Kallas, homme d’État estonien respecté et ancien commissaire, est décédé le mois dernier à l’âge de 77 ans. Elle a prononcé un émouvant éloge funèbre lors de ses funérailles nationales samedi.

Par ailleurs, son propre parti politique estonien risque de perdre bientôt le pouvoir. Les partis d’opposition réclament des élections anticipées. Cela n’arrivera pas, mais Kristen Michal – son successeur au poste de Premier ministre – a peu de chances de rester au pouvoir après les élections de mars.

Les choses commençaient à s’améliorer à Bruxelles, où Kallas a nommé cette semaine une nouvelle secrétaire générale du SEAE, Kajsa Ollongren, une consœur libérale et ancienne ministre néerlandaise de la Défense.

Kallas se montre imperturbable. Avocate d’affaires avant de se lancer en politique, elle s’est forgé une identité politique fondée sur le franc-parler et la détermination. Mais elle a également évoqué le syndrome de l’imposteur dont elle souffre.

Sa rentrée mettra à l’épreuve tant sa force de caractère que sa confiance en elle.

Pouvons-nous tous nous mettre d’accord pour supprimer le droit de veto ?

L’Allemagne souhaite que l’UE établisse des règles de base visant à empêcher les capitales de bloquer les décisions de politique étrangère prises à Bruxelles, selon un projet de lettre destiné à Kallas et consulté par Rapporteur.

Berlin plaide depuis longtemps en faveur de la suppression de l’obligation selon laquelle les décisions en matière de politique étrangère et de sécurité, telles que les sanctions contre la Russie, doivent être approuvées à l’unanimité par l’ensemble des 27 pays. Cela irrite les petits pays, qui considèrent l’unanimité comme une bouée de sauvetage potentielle.

« Nous devons également veiller à ce que cette culture du consensus favorise l’action commune plutôt que de l’entraver, sinon nous aurons la légitimité mais pas la force », peut-on lire dans la lettre allemande, qui bénéficie du soutien de 11 autres pays, dont les Pays-Bas, le Luxembourg, la France, la Belgique et le Danemark.

Lisez l’article complet.

Hoekstra parle cash

Wopke Hoekstra, le commissaire chargé du climat, accorde des interviews sur la Chine – et il ne mâche pas ses mots.

L’Europe a un « problème avec la Chine », a-t-il affirmé lundi, rompant avec le langage plus modéré des « déséquilibres économiques » que les dirigeants de l’UE préfèrent souvent. Pékin bénéficie d’un accès aux marchés européens tout en « sapant nos sociétés par des subventions d’État massives, le vol de propriété intellectuelle, les cyberattaques et l’espionnage économique », a-t-il déclaré.

Hoekstra effectue actuellement une tournée médiatique, martelant son appel à une position plus ferme à l’égard de Pékin. Il a déclaré à notre publication sœur De Standaard que les Européens devraient cesser d’acheter des panneaux solaires et des voitures chinois simplement parce qu’ils sont moins chers. Lisez l’article complet de Stefano Porciello.

L’agonie de Merz face à l’AfD

Pour la première fois, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait sortir des élections de dimanche en position de désigner le prochain ministre-président de Saxe-Anhalt, ce qui mettrait les chrétiens-démocrates de Friedrich Merz sous une pression considérable bien au-delà de l’est du pays.

C’est pourquoi ce scrutin suscite un intérêt inhabituel. La Saxe-Anhalt ne compte que 2,1 millions d’habitants, mais son résultat pourrait constituer un test majeur de la montée en puissance de l’AfD. Lisez l’article complet de Björn Stritzel.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


MESSAGE D’ADIEU : Le MCC Bruxelles, c’est fini, a déclaré Frank Furedi, directeur de ce think tank conservateur radical, à mon collègue Magnus Lund Nielsen – et son message à Péter Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, est tout simplement « allez vous faire foutre ».

Furedi, qui avait fait de l’antenne bruxelloise du Mathias Corvinus Collegium, basé à Budapest, l’institut politique le plus polémique et le plus en vue de la capitale européenne depuis son lancement en 2022, a démissionné lundi après la suspension des salaires du personnel par le gouvernement de Magyar.

« Le MCC Bruxelles est fini parce qu’il n’a plus d’argent. Ils ne peuvent pas payer leurs factures, ni leurs créanciers, ni leurs employés », a-t-il expliqué. Furedi a accusé le gouvernement pro-européen de tenter « de faire chanter le MCC », en lui disant, « en gros […] que s’il ne se comportait pas comme de bons enfants » il ne serait pas payé.

Mais l’ancien marxiste révolutionnaire ne baisse pas les bras. Il a indiqué être en pourparlers avec « des gens riches, fortunés, qui nous soutiennent ». « Je pense que d’ici la fin du mois de septembre, vous entendrez parler d’une nouvelle initiative qui jouera un rôle très similaire », a-t-il ajouté.


Les capitales


PARIS 🇫🇷

Le Rassemblement national, parti d’extrême droite, a remis le voile islamique au cœur de la campagne présidentielle. Jean-Philippe Tanguy, un allié de Marine Le Pen, a déclaré que son programme prévoit d’infliger une amende aux femmes qui portent le voile en public, ce qui a poussé le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon à qualifier cette proposition d’« ignoble ». Ses propos interviennent alors qu’un nouveau sondage Elabe montre que Marine Le Pen l’emporterait dans un second tour hypothétique face à tous les adversaires testés, de l’extrême gauche aux conservateurs.

– Elisa Braun

MADRID 🇪🇸

Pedro Sánchez a imputé l’afflux massif de migrants à Ceuta en juillet à la désinformation sur les réseaux sociaux liée à la Russie, à Israël et à l’extrême droite internationale, affirmant que les services de sécurité et de renseignement espagnols n’ont trouvé aucune preuve impliquant le Maroc. Israël a accusé le Premier ministre espagnol de « mentir sans vergogne ». Sánchez a également défendu la coopération avec Rabat, malgré les critiques concernant les contrôles aux frontières marocaines et les revendications des ministres marocains sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Lisez l’article complet.

– Inés Fernández-Pontes

ROME 🇮🇹

L’Italie a prolongé de 15 jours supplémentaires les contrôles aux frontières avec l’Espagne, en maintenant les vérifications des documents d’identité des ressortissants de pays tiers arrivant par voie aérienne ou maritime. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a invoqué la situation non résolue à Ceuta, où se trouvent encore entre 5 000 et 10 000 migrants. Ces contrôles, instaurés le 1er août à la suite de l’afflux massif en provenance du Maroc, devaient prendre fin lundi. L’Espagne a réagi en prolongeant les contrôles réciproques sur les voyageurs en provenance d’Italie. Lisez l’article complet.

– Alessia Peretti

BUDAPEST 🇭🇺

Dávid Vitézy, ministre hongrois des Transports et de l’Investissement, a déclaré que la Hongrie a atteint tous les objectifs nécessaires pour débloquer 10 milliards d’euros de fonds européens destinés à la relance post-Covid. L’octroi de ces fonds est subordonné à des réformes que la Hongrie s’est empressée de mettre en œuvre depuis l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril. Lundi était la date limite fixée aux États pour mener à bien les investissements et les réformes requis pour bénéficier des versements au titre de la Facilité pour la reprise et la résilience de l’Union européenne.

– Victoria Becker

PRAGUE 🇨🇿

La Haute Cour de Prague a confirmé une peine de trois ans de prison avec sursis, cinq ans de mise à l’épreuve et une amende de 20 000 euros à l’encontre de la députée européenne de l’ANO Jana Nagyová pour fraude aux subventions et atteinte aux intérêts financiers de l’UE dans l’affaire du « Nid de cigogne ». La procédure concerne la holding Agrofert et le Premier ministre Andrej Babiš, dont les poursuites restent suspendues en raison de son immunité parlementaire. L’avocat de Nagyová compte faire appel devant la Cour suprême.

– Angelo Di Mambro

SOFIA 🇧🇬

La Bulgarie pourrait se servir de la reprise du procès d’une citoyenne possédant la double nationalité bulgare et macédonienne pour renforcer ses arguments en faveur du blocage de l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. Iva Mihaylova, accusée d’infractions routières graves à la suite d’un accident mortel, a déclaré qu’on lui a refusé à plusieurs reprises l’autorisation de se faire soigner en Bulgarie. Son avocat a fait valoir que les restrictions imposées à ses déplacements n’ont pas fait l’objet des réexamens bimestriels obligatoires. Des députés européens bulgares ont demandé à la Commission d’examiner cette affaire. La Macédoine du Nord est candidate à l’adhésion depuis 2005. Lisez l’article complet.

– Konstantin Karadjov

MOSCOU 🇷🇺

Le retour inattendu de la Russie aux réunions en présentiel du G20 sur les finances a déclenché des protestations européennes, l’Allemand Lars Klingbeil ayant refusé de poser pour une photo avec son homologue russe, Anton Siluanov. Le responsable russe a participé aux discussions organisées par les États-Unis en Caroline du Nord et a tenu une réunion bilatérale avec le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent. Cette réunion de deux jours est axée sur le renforcement de la pression économique sur l’Iran, les différends commerciaux de Donald Trump et le soutien à l’Ukraine.

– Christina Zhao


Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara

Contributeurs.trice : Magnus Lund Nielsen, Bruno Waterfield, Victoria Becker, Björn Stritzel

Traductrice : Clara Vassent