Un « budget de la réalité » pour remettre la Hongrie sur les rails de l'UE
Le gouvernement de Péter Magyar revoit les dépenses prévues pour 2026 afin de remédier au « véritable héritage » laissé par Viktor Orbán : des déficits budgétaires et une dette galopants
BUDAPEST – Le ministre des Finances, András Kármán, a présenté au Parlement hongrois une proposition visant à restructurer en profondeur le budget 2026, qu’il a rebaptisé « budget de la réalité », afin de remédier à un déficit budgétaire important.
Alors que les dépenses vont atteindre 49 025 milliards de forints hongrois (HUF), soit 133 milliards d’euros, Kármán a fixé un nouvel objectif de déficit à 7,5 % du PIB. Alors que le gouvernement précédent avait fixé un objectif officiel de 3,7 %, un audit gouvernemental a révélé un « véritable héritage » de déficit s’élevant à 8,3 %.
La ministre prévoit de modérer ce déficit grâce à une « gestion responsable » et aux fonds européens récemment débloqués, même si le ratio dette publique/PIB devrait passer de 74,6 % à 77,5 % cette année.
Corriger des chiffres « fictifs »
Kármán a imputé ce dérapage aux promesses de campagne d’Orbán, telles que les augmentations des retraites et les contrats à long terme « défavorables », notamment le projet ferroviaire Budapest-Belgrade et diverses concessions routières.
Son ministère a également souligné que le gouvernement précédent avait prévu dans son budget des recettes européennes qui « n’avaient aucune chance de se concrétiser », tout en faisant remarquer que les paiements d’intérêts de la Hongrie, en pourcentage du PIB national, sont récemment devenus les plus élevés de l’UE.
La Hongrie reste soumise à la procédure pour déficit excessif (PDE) de l’UE et, en décembre dernier, le conseil budgétaire du pays a estimé qu’un ajustement budgétaire de 1,7 % du PIB était nécessaire pour se conformer aux règles européennes.
Économies et évolutions sociales
Le gouvernement affirme que le nouvel objectif de déficit de 7,5 % est viable malgré la création d’un « fonds d’urgence » de 500 milliards de HUF (1,2 milliard d’euros) destiné à faire face aux crises énergétiques et aux sécheresses.
Kármán prévoit de réaliser 400 milliards de HUF d’économies grâce à des mesures correctives immédiates, et 300 milliards de HUF supplémentaires en supprimant les dépenses superflues et les contrats « surévalués ».
Dans le cadre de la réforme budgétaire, le gouvernement compte sur la dissolution des fondations controversées de gestion d’actifs d’intérêt public (KEKVA). Le ministère estime que la nationalisation de ces actifs permettra d’améliorer le solde budgétaire de 0,2 %.
Le plan révisé intègre plusieurs nouvelles mesures sociales, notamment une aide de 100 000 HUF (270 €) pour la rentrée scolaire destinée à 400 000 enfants dans le besoin, des exonérations de TVA sur les médicaments délivrés sur ordonnance et une forte réduction de la TVA sur le bois de chauffage, qui passe de 27 % à 5 %.
Défis budgétaires
Les données économiques du deuxième trimestre 2026 ont mis en évidence l’ampleur du défi. Bien que le PIB ait progressé de 1,7 %, les investissements ont reculé de 6,3 % et la production agricole a chuté de 12,4 % à la suite d’une grave sécheresse. Les importations dépassant les exportations, le recul soutenu du secteur de la construction laisse penser que la capacité de croissance à long terme du pays reste menacée.
(bw)