Liens personnels et professionnels entre Viktor Orbán et le nouveau propriétaire d’Euronews

La société de capital-risque qui s’apprête à acquérir le média paneuropéen Euronews entretient des liens personnels et professionnels de longue date avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

EURACTIV.com
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Dans le cadre de l’accord annoncé vendredi dernier (17 décembre), Alpac Capital, qui possède des bureaux à Lisbonne, Budapest et Dubaï, rachètera 88 % des parts d’Euronews. [Shutterstock / Anton Garin]

La société de capital-risque qui s’apprête à acquérir le média paneuropéen Euronews entretient des liens personnels et professionnels de longue date avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Ce dernier a été largement critiqué pour avoir contribué à la détérioration récente du pluralisme des médias en Hongrie.

Mário David, ancien eurodéputé et père du PDG d’Alpac Capital, Pedro Vargas David, est un associé et conseiller de longue date de M. Orbán, qui est devenu cette année le premier dirigeant européen à figurer sur la liste annuelle des « prédateurs de la liberté de la presse » établie par Reporters sans frontières (RSF).

Euronews, qui était imaginée à son lancement en 1992 comme une version européenne de la CNN, a connu des difficultés financières ces dernières années. Toutefois, sa situation s’est améliorée depuis lors.

Dans le cadre de l’accord annoncé vendredi dernier (17 décembre), Alpac Capital, qui possède des bureaux à Lisbonne, Budapest et Dubaï, rachètera 88 % des parts d’Euronews à son actionnaire majoritaire actuel, le milliardaire égyptien Naguib Sawiris.

Selon le site Internet du gouvernement hongrois, Mário David, eurodéputé entre 2009 et 2014 et vice-président du Parti populaire européen (PPE), apporte actuellement à M. Orbán son « expertise sur l’Union européenne » sans contrepartie dans le cadre d’un contrat qui doit durer jusqu’à la fin de l’année.

En 2016, M. David a également été décoré de la croix d’argent de l’ordre du Mérite hongrois, qui lui a été remise à Lisbonne par M. Orbán. Selon le président hongrois János Áder, cette distinction lui avait été attribuée pour « sa promotion constante des intérêts et aspirations de la Hongrie ainsi que sa contribution à l’amélioration de l’image du pays en Europe ».

Dans son discours de remerciement, M. David avait déclaré que les deux hommes politiques étaient des amis proches depuis vingt-cinq ans, et ils également ont voyagé ensemble pour assister à divers événements en Europe.

Les médias hongrois ont également évoqué les liens du PDG Pedro Vargas David avec le pays, notamment la gestion par Alpac Capital du fonds East-West European Venture Capital Fund doté de 20 millions d’euros et lancé en 2017 pour soutenir le changement d’échelle des PME en Hongrie, au Portugal ainsi que dans d’autres pays.

Cette année, la Hongrie a été classée 92e sur 180 pays dans le classement mondial annuel de la liberté de la presse de RSF et a fait l’objet d’une attention croissante en raison de l’augmentation des attaques et des rachats de médias indépendants par le gouvernement, ainsi que de l’imposition de restrictions plus importantes sur le travail des journalistes et l’accès à l’information.

Un porte-parole d’Alpac Capital, qui a pour objectif de faire passer Euronews à une échelle européenne beaucoup plus large, a confié à EURACTIV que « toute inquiétude quant à un éventuel impact sur la liberté éditoriale d’Euronews est infondée ».

Il a également expliqué que Pedro Vargas David avait parlé aux employés d’Euronews plus tôt cette semaine et avait « exprimé son engagement envers l’Europe et épousé les principes fondamentaux de l’Union tels que la démocratie et la liberté », ajoutant qu’« il n’y aura aucune interférence dans les rôles respectifs du propriétaire de la rédaction ».

Euronews a également reçu des fonds de la Commission européenne, avec laquelle elle a conclu un accord qui ne contient pas d’obligations de financement directes mais qui facilite la création de contrats de financement individuels. Dans le cadre de ces contrats, l’organisation aurait reçu 16 millions d’euros cette année.

Selon Radio Free Europe/Radio Liberty, un porte-parole de la Commission aurait déclaré que l’exécutif européen n’avait aucun intérêt ni aucune implication dans les affaires internes d’Euronews.

« Cela dit, nous suivons de près l’évolution de la situation afin de nous assurer que tout changement dans la gestion de la société ou dans les flux éditoriaux n’a pas d’impact sur nos accords contractuels », a ajouté le porte-parole.