L’interconnexion des réseaux électriques, un élément nécessaire au projet européen selon Teresa Ribera

La ministre espagnole Teresa Ribera, qui pourrait devenir commissaire européenne à l’Énergie et au Climat, estime que la construction de nouvelles interconnexions est « une excellente excuse pour construire plus d’Europe » et « penser au-delà des intérêts nationaux ».

Euractiv.com
Press conference after the weekly Cabinet Meeting in Madrid
L’actuelle ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera. [EPA-EFE/Kiko Huesca]

La ministre espagnole Teresa Ribera, qui pourrait bientôt devenir commissaire européenne à l’Énergie et au Climat, estime que la construction de nouvelles interconnexions électriques est « une excellente excuse pour construire plus d’Europe, pour amener les différents acteurs à penser au-delà des intérêts nationaux et à construire un projet commun autour de cela ». C’est ce qu’elle a affirmé lors de la conférence annuelle de l’influent think tank bruxellois Bruegel ce mercredi 4 septembre.

La socialiste Teresa Ribera devrait jouer un rôle de premier plan dans la politique climatique de l’Union européenne (UE) au cours des cinq prochaines années, puisqu’elle pourrait bientôt devenir la prochaine commissaire européenne à l’Énergie et au Climat après avoir été désignée par son pays comme candidate pour rejoindre le Collège des commissaires qu’Ursula von der Leyen s’attelle en ce moment à former.

Et l’un des éléments sur lesquels elle pourrait insister durant son mandat est la création de davantage d’interconnexions entre les réseaux énergétiques dans l’UE.

L’actuelle ministre espagnole de la Transition écologique a déjà fait part de son souhait que les réseaux électriques des États membres de l’UE puissent voir l’énergie solaire et éolienne circuler du Sud au Nord de l’Europe et inversement. Elle a réitéré ses appels lors de la conférence du groupe de réflexion Bruegel mercredi.

À mesure que les États membres deviennent plus interconnectés, les prix diminuent et les hausses de factures deviennent moins possibles, soulignait en février Bruegel dans une note d’information sur la crise énergétique de l’UE. Toutefois, l’UE doit investir 600 milliards d’euros d’ici 2030 pour moderniser ses réseaux.

Teresa Ribera a soulevé mercredi la question de savoir comment l’Europe « peut créer une infrastructure qui va au-delà de l’intérêt national [et] comment nous pouvons connecter les différentes parties de l’Europe ».

De son côté, l’Agence pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) avait récemment averti que les objectifs en matière d’interconnexion des réseaux n’étaient pas atteints.

La France, enfant difficile

En Europe, peu de gens sont plus au fait du sujet des interconnexions que Teresa Ribera.

En avril, elle se plaignait du blocage des interconnexions énergétiques entre l’Espagne et le reste de l’UE par la France, son seul voisin sur le continent européen — ce qui prive de facto les Espagnols d’un accès au marché de l’électricité de l’Union.

La péninsule ibérique possède actuellement des connexions limitées avec le reste de l’Europe, raison pour laquelle la question de la construction de nouvelles lignes vers la France est une « priorité absolue pour nous », avait alors affirmé la ministre.

Elle avait également qualifié le blocage français de « honte absolue ».

Lors de la conférence mercredi, elle s’est toutefois montrée plus diplomate. « Il est vrai que, dans une certaine mesure, le Portugal et l’Espagne ont l’impression d’être un peu à la traîne en ce qui concerne l’accès au marché continental », a-t-elle déclaré à l’auditoire.

Laurence Tubiana, directrice générale française de l’ONG European Climate Foundation, qui était assise à côté de Teresa Ribera, a attribué le blocage français au « renouveau nucléaire » de son pays, qui se protégeait ainsi « de l’électricité bon marché en provenance de l’Espagne et du Portugal ».

Si Teresa Ribera se voit confier le portefeuille du climat par Ursula von der Leyen au sein de la future Commission européenne et obtient l’approbation des membres du Parlement européen, elle attend de Paris une attitude différente.

« J’ai l’impression que la France est un pays plutôt pro-européen [et] je pense que pour des raisons politiques, industrielles et de sécurité, cette [interconnexion] doit avoir lieu. Elle se fera », a-t-elle conclu.

[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]