L'UE bloque l'acquisition d'eTraveli par Booking.com
En vertu du règlement européen sur le contrôle des concentrations, la Commission européenne a bloqué l'acquisition d'etraveli par Booking.com, invoquant la position déjà dominante de la seconde sur le marché.
En vertu du règlement européen sur le contrôle des concentrations, la Commission européenne a bloqué lundi (25 septembre) l’acquisition d’etraveli par Booking.com, invoquant la position déjà dominante de la seconde sur le marché.
Dans le cadre d’une opération d’une valeur de 1,6 milliard d’euros, Booking.com, un site d’hébergement et de voyages en ligne, était sur le point de racheter eTraveli, une agence spécialisée dans la réservation de billets d’avion en ligne, jusqu’à ce que le service de la concurrence de l’UE décide d’y mettre un terme.
Didier Reynders, commissaire européen chargé de la justice et de la concurrence, a déclaré qu’à l’issue d’une enquête et compte tenu de la position dominante de Booking.com dans le secteur des agences de voyages en ligne (OTA) pour les locations hôtelières en Europe, il serait « très dangereux de voir cette position dominante s’accroître ».
En vertu du règlement sur le contrôle des concentrations de l’Union européenne, la Commission peut évaluer les fusions et acquisitions d’entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse un certain seuil. Elle peut bloquer les acquisitions ou les fusions qui fausseraient la concurrence au sein de l’Espace économique européen (EEE).
Booking.com est le principal fournisseur de services hôteliers en ligne en Europe, avec une part de marché de plus de 60 %, et eTraveli est le deuxième fournisseur de services aériens en ligne. Suite à l’opération de concentration, Booking.com serait également devenu un acteur de premier plan dans le secteur de réservations en ligne de billets d’avion.
Le raisonnement de la Commission
Selon le communiqué de presse de la Commission, au cours de l’enquête, les parties intéressées lui ont fait savoir que l’opération renforcerait la position dominante de Booking, réduirait la concurrence et augmenterait les prix pour les hôtels et les consommateurs.
Elle a également constaté que l’opération aurait permis à Booking d’acquérir un canal principal d’acquisition de clients. Les services de réservations en ligne de billets d’avion étant le deuxième marché le plus important après les hôtels, Booking aurait pu tirer parti de la popularité d’eTraveli pour devenir la principale agence de réservations en ligne de billets d’avion en Europe.
Les services de la Commission ont également déclaré que l’opération rendrait plus difficile pour les concurrents de contester la position dominante de Booking sur le marché des agences de réservation d’hôtels en ligne et augmenterait les barrières à l’entrée de ce marché pour d’autres entreprises.
Booking a suggéré, après l’achat de billets d’avion, de rediriger sur un site qui ne présente pas que des options de réservations d’hôtels Booking, pour ne pas fausser la concurrence.
Après redirection, Booking.com afficherait les offres d’hôtels d’agences de voyages en ligne concurrentes, et permettrait aux clients de cliquer sur l’offre qui leur convient et d’être ensuite redirigés vers le site web de l’agence de voyages concernée.
La Commission a estimé que la proposition de Booking n’éliminerait pas les problèmes de concurrence, notamment parce qu’une filiale de Booking.com, appelée Kayak, contrôlerait certains aspects d’une telle mise en œuvre. L’algorithme de Kayak, qui fonctionne comme une boîte noire, aurait, de plus, été difficile à contrôler.
En outre, la réservation de vols ne représente qu’une infime partie des possibilités de ventes croisées que Booking.com aurait pu exploiter. Les agences de voyages hôtelières concurrentes n’auraient notamment pas été affichées dans les courriels, les notifications sur smartphones ou d’autres pages du site de Booking.com.
La Commission a donc estimé que Booking n’avait pas proposé de mesures correctives suffisantes pour répondre à ces préoccupations de concurrence déloyale.
« Notre décision de bloquer la concentration signifie que les hôteliers et les voyageurs européens ne seront pas davantage limités dans les options à leur disposition pour offrir leurs services et réserver leurs voyages. Cela signifie également que la dynamique en faveur de prix compétitifs et de l’innovation sera préservée dans le secteur des voyages », a déclaré M. Reynders.
Réactions
Kim van Sparrentak, l’eurodéputée vert et rapporteure du règlement sur les locations de courte durée, a déclaré à Euractiv qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle et d’un grand changement dans l’application du droit de la concurrence pour les marchés numériques.
Mme van Sparrentak, qui a tenté de renforcer le règlement susmentionné dans le but d’imposer davantage de contraintes aux plateformes de réservations en ligne, a ajouté qu’elle était « heureuse de voir que le vent tourne » en ce qui concerne la position dominante des plateformes.
Marie Audren, directrice générale de HOTREC, l’association-cadre des hôtels, restaurants, pubs et cafés, a déclaré que l’« HOTREC tire depuis longtemps la sonnette d’alarme sur le pouvoir de marché de Booking.com et son impact sur les hôteliers européens », ajoutant que l’association « restera vigilante et réagira fermement à toute décision commerciale ayant un impact négatif sur les petites ou moyennes entreprises (PME) hôtelières ».
Booking.com fait appel
L’entreprise Booking.com a annoncé qu’elle ferait appel de la décision parce que l’autorité britannique de la concurrence et des marchés (Competition and Markets Authority) et la commission fédérale américaine du commerce (Federal Trade Commission) ont autorisé l’opération et ont fait valoir qu’elle serait bénéfique pour les consommateurs.
Les divergences entre les décisions de concurrences ne sont cependant pas rares. Par exemple, l’UE a approuvé la fusion entre Microsoft et Activision Blizzard, alors que le Royaume-Uni et les États-Unis ont émis des réserves.
La décision « s’écarte non seulement du droit établi et des précédents légaux, mais elle prive les consommateurs d’options de voyages qu’ils sont en droit d’avoir », a déclaré Glenn Fogel, directeur général de Booking Holdings.
Théophane Hartmann a contribué à la rédaction.