L'UE doit rester crédible sur son continent pour être prise au sérieux à l'étranger, selon Roberta Metsola
L'UE devrait saisir l'occasion de s'élargir alors que les États-Unis se retirent de la scène mondiale, a déclaré la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.
BRUXELLES – L’UE devrait saisir l’occasion de s’élargir alors que les États-Unis se retirent de la scène mondiale, a déclaré la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, au rédacteur en chef d’Euractiv Matthew Karnitschnig, à l’occasion de l’événement Redux, organisé mardi par le média.
Roberta Metsola a présenté l’élargissement de l’UE comme une nécessité géopolitique, avertissant que si le bloc ne parvenait pas à intégrer des pays comme l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux, d’autres viendraient combler le vide. La crédibilité de l’Europe, tant au niveau mondial que dans les relations transatlantiques, dépend de sa capacité à jouer un rôle moteur dans son propre voisinage, a fait valoir la présidente du Parlement européen.
Lors d’un entretien accordé mardi à Bruxelles à l’occasion de l’événement phare d’Euractiv, Redux, Roberta Metsola a souligné que l’élargissement ne consiste pas seulement à accueillir de nouveaux membres, « il s’agit de garantir la paix, la stabilité et la démocratie en Europe ».
Tout en reconnaissant les préoccupations de certains États membres selon lesquelles l’UE est déjà trop grande et bureaucratique, la présidente du Parlement a souligné les élargissements passés, tels que l’adhésion de la Pologne, comme preuve que cette stratégie renforce l’Union plutôt que de l’affaiblir. « Les mêmes arguments ont été avancés il y a 20 ans », a-t-elle noté, insistant sur le fait que les craintes de migration massive ou de perturbation économique ne se sont pas concrétisées comme prévu.
L’appel de Roberta Metsola en faveur de l’élargissement intervient dans un contexte de tensions transatlantiques croissantes, l’UE et les États-Unis étant en désaccord sur les politiques commerciales et les questions de sécurité mondiale. Elle a suggéré que pour que l’Europe soit prise au sérieux par ses partenaires, en particulier Washington, elle doit faire preuve de leadership sur son territoire, notamment par un processus d’adhésion clair et fondé sur le mérite.
« Au cours de la dernière décennie, l’Europe a perdu plus de membres qu’elle n’en a gagné », a-t-elle déclaré, appelant à une voie plus distincte pour les pays candidats en attente d’approbation.
« Si nous ne faisons pas le nécessaire, d’autres le feront à notre place. »
L’éléphant dans la pièce
La présence de Roberta Metsola mardi marquait son retour public après la révélation d’un scandale de corruption au Parlement européen la semaine dernière.
Les procureurs belges allèguent que la société chinoise Huawei a enfreint la loi en faisant pression sur les membres du Parlement européen.
Le lendemain des révélations, le Parlement européen a fermé l’accès des locaux aux lobbyistes de Huawei, ont déclaré des responsables du Parlement à Euractiv.
Tout en évitant de commenter directement l’enquête en cours, Roberta Metsola a défendu l’intégrité de l’institution et a insisté sur le fait que les mesures anti-corruption mises en œuvre depuis le scandale du « Qatargate » de 2022 fonctionnaient.
« Il y aura toujours des gens qui essaieront d’enfreindre les règles », a-t-elle indiqué. « Ce qui compte, c’est que nous ayons renforcé les mesures de protection pour les attraper plus tôt. » Elle a refusé de laisser les actions de « quelques individus » nuire à la crédibilité du Parlement dans son ensemble.
Malgré ses assurances, le scandale menace de faire dérailler les efforts du Parlement pour s’affirmer comme un organe décisionnel majeur au sein de l’UE. Roberta Metsola devra convaincre à la fois les États membres et les électeurs que l’institution est capable de s’autocontrôler tout en continuant à faire pression pour des changements politiques ambitieux, notamment en matière d’élargissement.