Les eurodéputés exigent une réaction face aux liens militaires Algérie - Russie

Un groupe de 17 eurodéputés a exhorté la présidente de la Commission européenne à rouvrir l’accord d’association de l’UE avec l’Algérie, dans une lettre qui exprime sa « profonde inquiétude » face aux liens politiques et économiques étroits entre le pays d’Afrique du Nord et la Russie.

Euractiv.com
Charles Michel meets President of Algeria
Abdelmadjid Tebboune, président de l'Algérie, reçoit Charles Michel, le 5 septembre 2022. [[Council Newsroom[]

Un groupe de 17 députés européens a exhorté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à rouvrir l’accord d’association de l’UE avec l’Algérie, dans une lettre qui exprime sa « profonde inquiétude » face aux liens politiques et économiques étroits entre le pays d’Afrique du Nord et la Russie.

Le régime algérien est « parmi les quatre premiers acheteurs d’armes russes dans le monde, avec notamment un contrat d’armement de plus de 7 milliards d’euros en 2021 », ont averti les députés.

« Ce transfert militaire a fait de l’Algérie le troisième plus grand bénéficiaire d’armes russes dans le monde », souligne la lettre.

La lettre critique également la décision de l’Algérie de s’abstenir sur une résolution des Nations unies censurant les tentatives de la Russie d’annexer des régions ukrainiennes. Les députés ont qualifié ce geste d’« étonnant compte tenu du fait que l’Algérie a toujours essayé de se conformer au droit international et qu’elle respecte la souveraineté des nations. Cependant, il semble que ce soit une question de doubles standards algériens ».

L’Algérie est depuis longtemps l’un des plus proches alliés africains de la Russie et a refusé à plusieurs reprises de critiquer l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Le gouvernement du président Abdelmadjid Tebboune a été l’un des principaux bénéficiaires internationaux du vaccin russe Sputnik V COVID-19, et a récemment accepté d’acheter 16 chasseurs à réaction Sukhoi Su-30 pour remplacer sa flotte de vétustes MiG-29.

Cette semaine, le gouvernement Tebboune a organisé un exercice militaire conjoint avec les troupes russes dans la région de Bechar, près de la frontière marocaine. Le Maroc et l’Algérie se livrent depuis longtemps à une guerre froide diplomatique, principalement au sujet du statut du territoire contesté du Sahara occidental.

Un accord depuis 2005

L’accord d’association conclu en 2005 entre l’UE et l’Algérie prévoit des échanges commerciaux et des relations politiques sans droits de douane.

Toutefois, les relations entre l’UE et Alger ont été compliquées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a poussé un certain nombre de gouvernements de l’UE à se démener pour trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz naturel, l’Algérie figurant en tête de liste.

En octobre, lors d’une visite à Alger, la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a déclaré que le bloc avait un « partenariat stratégique à long terme » avec l’Algérie.

« Comme la relation avec la Russie, jusqu’à présent le plus grand fournisseur de gaz de l’UE, est irréversiblement rompue, nous nous tournons vers les fournisseurs fiables de l’UE pour combler le vide », a déclaré Mme Simson.

« Dans cette optique, nous proposons à l’Algérie un partenariat stratégique à long terme. »

Mme Simson est la dernière en date d’une série de hauts fonctionnaires européens à se rendre en Algérie, le plus grand exportateur de gaz d’Afrique, à la recherche d’autres sources d’approvisionnement en gaz naturel, après l’effondrement de l’offre russe.

L’Italie en tête de file a signé en juillet un accord pour importer des milliards de mètres cubes supplémentaires via un gazoduc sous-marin depuis la côte nord-africaine.

La lettre des députés européens de gauche, du centre et de droite, à exception des écologistes et de la Gauche unie, fait suite à une missive bipartisane similaire envoyée par des membres du Congrès américain en septembre.

Une lettre, signée par 27 démocrates et républicains, demandait à l’administration Biden d’utiliser la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) pour sanctionner l’achat d’armes russes par l’Algérie. La CAATSA permet au gouvernement américain d’imposer des sanctions à ceux qui sont engagés dans « une transaction importante avec une personne qui fait partie des secteurs de la défense ou du renseignement du gouvernement de la Fédération de Russie, ou qui opère pour ou au nom de ces secteurs ».