Mercedes Bresso, une Italienne cramponnée à l’Europe

Les régions, l’Europe, l’écologie... L’Italienne a construit son parcours politique en occupant des créneaux atypiques. Elle s’est aussi fait remarquer à la tête du Comité des régions, une institution européenne méconnue.

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Les régions, l’Europe, l’écologie… L’Italienne a construit son parcours politique en occupant des créneaux atypiques. Elle s’est aussi fait remarquer à la tête du Comité des régions, une institution européenne méconnue.

« Excusez-moi, j’étais retenue par les Indiens. » En retard, comme souvent, souriante, comme toujours, Mercedes Bresso provoque le rire dans les couloirs du 8ème étage du Comité des régions, le QG des élus locaux à Bruxelles. En un trait d’humour, elle se met dans la poche les journalistes qui font le pied de grue depuis une heure devant son bureau.

Puis elle enchaîne  : entretiens avec les médias, animation des “Open Days”, ce grand barnum annuel qui célèbre la politique régionale européenne. Le sujet, contrairement à la PAC, peine à exister dans l’imaginaire collectif.

« J’amène un peu de pathos »

Alors Mercedes Bresso s’emploie à le mettre en scène  : « J’amène un peu de pathos, j’essaie de créer un minimum de conflit », dit-elle fin 2011, dans un français grasseyant mais très fluide, une qualité sans doute cultivée au contact de son mari franco-suisse, l’universitaire Claude Raffestin.

Quand la menace d’une suspension punitive des aides régionales européennes se profile, l’Italienne n’hésite pas à monter au créneau. Avec les moyens du bord, car le Comité des régions qu’elle préside depuis 2010 reste un poids-plume dans le paysage européen. Cette « petite institution » a « moins d’agents que la région Rhône-Alpes », reconnaît-elle.

Mais cette économiste de formation n’a pas eu à trop forcer le trait, tant la crise est venue installer un climat alarmant. « On est passé d’une situation où l’on planifiait les fonds, les futurs programmes, à une dramatisation de la crise, avec des tensions ici aussi. Même au Comité des régions, les Allemands soutiennent leur gouvernement. On est là, on ne sait pas encore si l’on va se sauver de nous-mêmes ou non. »

Mercedes Bresso quitte la présidence du Comité des régions en ayant fait la moitié du chemin. Dans les institutions européennes, cela veut dire 2 ans et demi. Une durée de mandat baroque pour laisser l’alternance politique opérer.

Place à la droite désormais, avec l’Espagnol Ramon Luis Valcárcel, dont la région de Murcie est engluée dans le chômage et l’augmentation de sa dette. Un agenda local dur à concilier avec son mandat à Bruxelles.

Le 10 août, Mercedes Bresso enfilera donc ses habits de vice-présidente, et plus si affinités. « Je vais donner un coup de main à Valcárcel, il compte sur moi pour le soutenir. »

Un roman d’épouvante sur Berlusconi

L’ex-présidente du Piémont finit son mandat mieux qu’elle ne l’a commencé. En mars 2010, son plan de carrière menace de s’écrouler comme un château de cartes. Son échec aux élections régionales lui fait perdre son siège au Comité des régions…

La claque est d’autant plus violente que des soupçons de fraude pèsent sur le vainqueur, Roberto Cota, proche de Berlusconi   : « Elle l’a mal vécu, c’était un affront personnel », se remémore Marta Vincenzi, ancienne maire de Gênes et amie de Mercedes Bresso. Mais l’Italienne se cramponne. Par un subtil accord politique qui permet au Piémont d’avoir deux représentants, elle récupère in extremis les clés du comité des Régions.

Et elle compte bien disputer la seconde manche. Celle que la presse italienne surnomme la « tsarine du Piémont » est en pleine bataille judiciaire contre son ennemi juré. « Je suis en train de gagner le procès contre celui qui a remporté les élections en piquant 9000 voix », lance-t-elle.

L’intrigue qui se noue finira-t-elle dans un roman ? Mercedes Bresso passera en tout cas un été littéraire  : entre ses séjours en Italie et en Grèce, elle compte se réserver quelques plages d’écriture pour dérouler un « thriller » qui se passe « dans les bâtiments européens. Avec des gens du Comité des régions. »

Depuis 2009, elle a déjà publié deux fictions. Et n’est pas à cours de munitions. « J’ai écrit un roman sur la chute de Berlusconi que je n’ai pas publié. Je vais faire des modifications car il veut apparemment revenir au pouvoir. Ce sera donc un roman d’épouvante », s’amuse-t-elle.

« Monti, c’est un type très bien. Mais c’est un libéral. »

Celle qui vient de fêter ses 68 ans garde un goût intact pour la provocation, assume son plaidoyer fédéraliste, mais ne renie pas sa capacité à travailler avec tout le monde. « Ce n’est pas une personne d’appareil », confirme un bon connaisseur du Comité des régions.

Dans les années 1980, elle collabore avec l’extrême gauche italienne. « Je ne viens pas de la tradition communiste, j’étais une radicale, se défend-elle. Mais ils cherchaient des spécialistes indépendants. » La polytechnicienne leur fournit donc de la matière grise sur l’économie de l’environnement, son domaine de prédilection.

Quid de Mario Monti ? « C’est un type très bien. Il a obtenu des résultats foudroyants. Mais c’est un libéral. Moi je suis une socialiste libérale. » Nuance.

Diplômée de l’Université de Turin, elle assume l’influence des thèses de Luigi Einaudi, ambassadeur de la pensée libérale en Italie. « Le poids des corporations, issu de la période fasciste, est encore trop fort dans ce pays. Certains services publics doivent être protégés, mais d’autres non. »

La réforme des retraites ? « Il fallait la faire ». La politique de croissance ? « Les gens très riches mettent de côté mais n’alimentent pas la demande. Ces deux derniers siècles, la croissance a été permise en Europe grâce à la progression des rémunérations des classes basses et moyennes. Ca, on l’a oublié. Et j’aurais donné plus d’impulsion à l’économie verte. »

Une féministe qui ne veut pas imiter les hommes

Mercedes Bresso, parle clair, « les parlements nationaux ne servent plus à rien » et assume son plaidoyer « fédéraliste ». Sa verve nourrirait-elle les inimitiés ? A droite, les accrochages avec Silvio Berlusconi sont de notoriété publique.

Mais le commissaire européen Antonio Tajani, proche du Cavaliere, ne lui en tiendrait pas rigueur : « Ils n’ont pas la même sensibilité politique et leurs relations sont purement institutionnelles », résume un responsable de la Commission.

A gauche, on vante les mérites d’une personne « joviale », « chaleureuse » et « polyglotte ». « Je n’ai jamais eu de problèmes avec Mercedes Bresso, commente Michel Delebarre, sénateur socialiste et ancien president du Comité des régions. Je ne lui connais qu’un seul défaut : elle est bavarde comme une Italienne ! »

Marta Vincenzi, décrit une « féministe au caractère fort », mais qui n’a pas voulu imiter les hommes pour s’affirmer. « Elle reste douce, une qualité que les femmes perdent souvent en politique. » La Gênoise, qui a partagé le même appartement que Mercedes Bresso quand toutes deux étaient eurodéputées admet quand même « qu’elle ne sait pas cuisiner. Ce n’est pas son fort et elle ne s’y intéresse pas. »

Elle maîtrise en revanche sa carrière politique. Autour d’elle, certains la verraient bien commissaire européenne. Elle devra bientôt faire un choix : revenir à la charge dans le Piémont ou se présenter aux élections européennes. En 2005, Mercedes Bresso avait été confrontée au même dilemme. A l’époque, elle avait préféré déloger la droite du Piémont à son mandat de parlementaire européenne.