Michel Barnier, fantôme des médias français

Les commissaires européens sont-ils présents dans leurs médias nationaux ? Selon un sondage commandité par la Commission et révélé par le Financial Times, la réponse est non.

EURACTIV.fr
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Les commissaires européens sont-ils présents dans leurs médias nationaux ? Selon un sondage commandité par la Commission et révélé par le Financial Times, la réponse est non.

Pour tenter de se rassurer sur leur popularité auprès des citoyens européens, les Vingt-Sept commissaires de l’Union ont commandité un sondage qui posait la question suivante : « Avez vous entendu parler ou vu récemment le commissaire européen originaire de votre pays dans les médias ? »

Une présidentielle ça aide…

Les réponses ont été tellement cinglantes que la Commission a décidé de ne pas les rendre publiques, mais c’était sans compter sur le Financial Times, qui a révélé les résultats sur son blog

Grand vainqueur, le Finlandais Olli Rehn est le plus présent dans sa sphère médiatique nationale, avec 45% de réponses positives. Ce score s’explique par plusieurs facteurs. En plus de détenir le portefeuille des Affaires économiques et d’avoir été au cœur de l’actualité de la crise de la zone euro, il a aussi été pressenti comme candidat à la présidentielle dans son pays.

…ou pas

Le Maltais John Dalli (41%) et l’Italien Antonio Tajani (40%) occupent les places suivantes sur le podium. 

Fait surprenant étant donné l’importance de son poste à Bruxelles et les réformes proposées depuis deux ans, le Français Michel Barnier, en charge du Marché intérieur, arrive…en queue de peloton. Seulement 8% des personnes interrogées en France affirment avoir entendu parler de lui ces derniers temps.

Pour Pascal Delwit, politologue à l’Université Libre de Bruxelles, « une actualité très nationale et franco-centrée en raison de la présidentielle peut expliquer ce chiffre ». 

L’ancien ministre de l’Agriculture est même devancé de huit points par l’avant dernier, qui n’est autre que la chef de la diplomatie européenne, la Britannique Catherine Ashton, pourtant connue pour son absence médiatique. 

  1. Olli Rehn, Finlande : 45%
  2. John Dalli, Malte : 41%
  3. Antonio Tajani, Italie : 40%
  4. Siim Kallas, Estonie : 40%
  5. Laszlo Andor, Hongrie : 34%
  6. Viviane Reding, Luxembourg : 33%
  7. Connie Hedegaard, Danemark : 33%
  8. Janusz Lewandowski, Pologne : 32%
  9. José Manuel Barroso, Portugal : 31%
  10. Janez Potocnik, Slovénie : 27%
  11. Gunther Oettinger, Allemagne : 26%
  12. Dacian Ciolos, Romanie : 24%
  13. Cecilia Malmstrom, Suède : 23%
  14. Andris Piebalgs, Lettonie : 23%
  15. Maire Geoghegan-Quinn, Irlande : 22%
  16. Kristalina Georgieva, Bulgarie : 22%
  17. Androulla Vassiliou, Chypre : 21%
  18. Algirdas Semeta, Lituanie : 19%
  19. Joaquin Almunia, Espagne : 19%
  20. Maria Damanaki, Grèce : 18%
  21. Maros Sefcovic, Slovaquie : 17%
  22. Johannes Hahn, Autriche : 17%
  23. Neelie Kroes, Pays-Bas : 17%
  24. Stefan Fule, République tchèque : 17%
  25. Karel De Gucht, Belgique : 17%
  26. Cathy Ashton, Royaume-Uni : 16%
  27. Michel Barnier, France : 8% 
Des fonctionnaires 
 
Selon Olivier Ferrand, président du think tank Terra Nova, ces résultats, qui peuvent paraître mauvais, sont à relativiser. « C’est normal, le pouvoir politique que pouvait détenir à une époque la Commission n’existe plus. Aujourd’hui, il est entre les mains des chefs d’État et de gouvernement. Si vous voulez réformer les marchés financiers, ce n’est pas à Michel Barnier que vous vous adressez mais à Merkel et Sarkozy ».
 
Pour le fondateur de ce centre d’études proche du Parti socialiste, « les commissaires ne sont plus que des personnes en haut de la hiérarchie administrative européenne. Même s’ils ont presque tous eu une carrière politique ». 
 
Retraite dorée 
 
Pour certains, la Commission est une voie de garage après quelques ratés. Le Belge Karel de Gucht, commissaire au Commerce, a d’abord commencé sa carrière au Parlement européen avant de devenir le président des libéraux flamands, rappelle Pascal Delwit. Sa présidence a été vécue comme un échec et il n’a jamais été très populaire, même en Flandre. En obtenant le siège belge de l’exécutif européen, il s’est assuré ainsi une sortie honorable. 
 
Autre stratégie, en plaçant des personnalités transparentes ou inconnues, les dirigeants européens évident qu’elles ne leur fassent de l’ombre. Le Premier ministre britannique de l’époque, Gordon Brown, qui voit d’un mauvais oeil l’émergence d’une diplomatie européenne, a promu l’inexpérimentée Catherine Ashton pour les Affaires étrangères. Ce n’est « qu’une façon de contrôler la fonction », conclut Olivier Ferrand. 
 
Joint par EURACTIV.fr, le cabinet du commissaire Barnier n’a pas souhaité faire de commentaires sur « un document qui n’est pas officiel ».