« Nous ne réagirons pas aux propos d’Elisabeth Borne » : le mot d’ordre des laboratoires pharmaceutiques

Plusieurs laboratoires pharmaceutiques, dont Pfizer et Sanofi, ont indiqué à EURACTIV France ne pas vouloir commenter les propos de la Première ministre Elisabeth Borne qui souhaitent qu'ils « participent à l’effort collectif » pour soutenir le budget santé 2023.

Euractiv France
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Si la taxation des superprofits semblait au départ cibler davantage les entreprises du secteur énergétique comme TotalEnergies, les laboratoires pharmaceutiques ne semblent pas échapper à la règle. [HJBC/Shutterstock]

Plusieurs laboratoires pharmaceutiques, dont Pfizer et Sanofi, ont indiqué à EURACTIV France ne pas vouloir commenter les propos de la Première ministre Elisabeth Borne qui souhaitent qu’ils « participent à l’effort collectif » pour soutenir le budget santé 2023.

Si la taxation des superprofits semblait au départ cibler davantage les entreprises du secteur énergétique comme TotalEnergies, les laboratoires pharmaceutiques seraient eux aussi mis à contribution.

« Je vous confirme que dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui est présenté ce matin, on demande des efforts aux laboratoires pharmaceutiques », a déclaré la Première ministre sur BFMTV/RMC lundi (26 septembre), alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) était présenté à Bercy dans la foulée.

« On peut tous constater qu’ils ont réalisé un chiffre d’affaires important » à la suite de la pandémie de Covid-19, a-t-elle appuyé.

Dans le dossier du PLFSS, le message du gouvernement est clair : après deux ans de pandémie, le but est le « retour à l’équilibre des comptes sociaux ».

D’où l’importance que les laboratoires pharmaceutiques « participent à l’effort collectif », selon la Première ministre.

À titre d’exemple au premier trimestre 2022, Pfizer a enregistré un chiffre d’affaires de 27,5 milliards de dollars, soit une hausse de 77% en un an. Au premier trimestre 2020, Sanofi a publié un résultat net d’activité en hausse de 15,9% par rapport à la même période l’année précédente, soit 2,042 milliards d’euros.

Côté laboratoires pharmaceutiques, pas de commentaires. Plusieurs d’entre eux, dont Sanofi, Roche et Pfizer, ont indiqué à EURACTIV France suivre l’avis de l’organisation professionnelle des entreprises du médicament, le Leem.

Contacté par EURACTIV France, le Leem est clair : « Nous ne réagirons pas aux propos d’Elisabeth Borne ».

Pour les entreprises du médicament, la priorité est ailleurs. Dans un communiqué de presse publié mardi, le Leem critique un budget au rabais accordé aux dépenses des médicaments dans le PLFSS, en baisse de 7% comparés à 2022, passant ainsi de 26,4 milliards d’euros à 24,6 milliards d’euros.

Tout ça « alors que le pays n’a pas encore surmonté la crise du covid, et que l’inflation et la politique de prix du gouvernement mettent à mal le modèle de recherche, d’innovation et de production industrielle », écrit l’organisation professionnelle.

La Commission européenne en faveur d’une taxation

La question de la taxation des superprofits s’est récemment invitée sur la scène politique française et européenne.

Dans son discours sur l’état de l’Union mercredi 14 septembre à Strasbourg, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen s’est dit en faveur de la taxation des profits des grandes entreprises du secteur énergétique.

« Il n’est pas juste de réaliser des bénéfices extraordinaires grâce à la guerre et sur le dos des consommateurs. Les bénéfices doivent être partagés et redirigés vers ceux qui en ont le plus besoin », a-t-elle déclaré.

Plus récemment, en France, la coalition de gauche de la NUPES a présenté devant l’Assemblée nationale une proposition de loi sur le référendum d’initiative partagée pour taxer les profits des entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 millions d’euros.

La NUPES attend désormais le feu vert du Conseil constitutionnel. Il faudra ensuite collecter 4,5 millions de signatures pour activer le référendum sur cette taxation.

La taxation des superprofits permettrait de faire face à l’inflation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, selon ses adeptes. Pour rappel, la Banque centrale européenne (BCE) prévoit une inflation « très forte » de 8,1% pour 2022.