Paix au Liban : la France pousse à la reconnaissance d’Israël et au désarmement du Hezbollah
Le Liban lance un des plus grands défis au Hezbollah et à ses alliés iraniens depuis des années
Selon des diplomates occidentaux, la France a proposé un cadre diplomatique visant à mettre fin à la guerre au Liban, qui pourrait obliger Beyrouth à prendre la mesure sans précédent de reconnaître Israël.
Cette proposition, rapportée pour la première fois par Axios, intervient après que le groupe militant soutenu par l’Iran, le Hezbollah, a tiré des roquettes et lancé des drones sur Israël en représailles à l’assassinat du guide suprême iranien.
Le plan prévoit des négociations entre Israël et le Liban sur une déclaration politique qui inclurait la reconnaissance d’Israël par le Liban et des engagements visant à empêcher les attaques depuis le territoire libanais.
Il prévoit également le redéploiement des Forces armées libanaises au sud du fleuve Litani, le retrait d’Israël des zones capturées pendant le conflit actuel et une surveillance internationale du désarmement du Hezbollah.
Selon Axios, le Liban a accepté la proposition française comme base de négociation, ce qui reflète l’inquiétude croissante à Beyrouth quant au fait que la poursuite des combats pourrait dévaster le pays, déjà aux prises avec un effondrement économique et une paralysie politique.
Le président français Emmanuel Macron a également exhorté samedi Israël à mener des « pourparlers directs » avec le Liban, affirmant que Paris était prêt à faciliter les négociations et à les accueillir dans la capitale française.
L’influence de l’Iran au Liban
Alors même que les efforts diplomatiques s’intensifient, le gouvernement libanais a déjà commencé à prendre des mesures internes sans précédent pour réduire l’influence iranienne et réaffirmer l’autorité de l’État.
Lors d’une réunion du Conseil des ministres le 5 mars, le Liban a ordonné aux agences de sécurité d’enquêter sur la présence du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien dans le pays et de placer en détention tout agent qui y serait repéré, en vue de son expulsion.
La directive charge les ministères de la Défense et de l’Intérieur, les municipalités et les services de sécurité intérieure d’identifier tout membre du CGRI opérant dans le pays et d’intervenir immédiatement pour les empêcher de mener toute activité militaire ou de sécurité, quelle que soit leur affiliation ou leur couverture.
Les responsables libanais ont déclaré que cette décision visait à préserver la souveraineté du pays, à renforcer l’autorité de l’État et à protéger les citoyens contre les risques croissants d’une escalade régionale.
Cette décision fait suite à une précédente résolution gouvernementale déclarant illégales les activités militaires indépendantes du Hezbollah et réaffirmant l’intention du Liban d’exercer un contrôle sur les activités armées sur l’ensemble de son territoire.
Dans leur ensemble, ces mesures constituent l’un des défis les plus directs lancés par l’État libanais au Hezbollah et à ses soutiens iraniens depuis des années.
Selon des responsables libanais, la Force Qods iranienne, la branche du Corps des gardiens de la révolution islamique chargée des opérations à l’étranger, maintient depuis longtemps une présence dans le pays par l’intermédiaire d’une unité spécialisée parfois appelée « Lebanon Corps », qui apporte un soutien militaire, économique et politique au Hezbollah.
Selon des sources sécuritaires, le soutien iranien a aidé le Hezbollah à développer des capacités d’armement de pointe, notamment des missiles à guidage de précision. L’Iran a également fourni des armes, une formation militaire, des renseignements et un soutien financier qui constituent une part importante du budget du groupe.
On estime que des membres du CGRI maintiennent une présence au Liban afin de superviser les opérations du Hezbollah et de s’assurer qu’elles s’inscrivent dans la stratégie régionale plus large de l’Iran.
Les responsables de la sécurité libanais affirment que l’implication iranienne s’est accrue à la suite du décès du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et d’autres personnalités de haut rang en 2024, ce qui a créé un vide au sein de la direction de l’organisation.
Depuis lors, la branche libanaise de l’IRGC en Iran aurait élargi son rôle dans la gestion quotidienne et les efforts de reconstruction du Hezbollah.
Les autorités accusent également une autre unité de la Force Qods, parfois appelée « Palestine Corps », de coordonner les activités de groupes militants palestiniens tels que le Hamas et le Jihad islamique palestinien depuis le Liban.
Ces groupes ont reçu des armes, des fonds et un soutien logistique par l’intermédiaire de réseaux iraniens opérant dans le pays, affirment les responsables.
Israël se prépare à une éventuelle escalade
La décision du gouvernement intervient alors qu’Israël envisage d’étendre sa campagne militaire au Liban.
Des responsables israéliens et américains affirment qu’Israël se prépare à une éventuelle opération terrestre de grande envergure visant à s’emparer du territoire situé au sud du fleuve Litani et à démanteler l’infrastructure militaire du Hezbollah, une initiative qui pourrait constituer la plus grande invasion terrestre israélienne au Liban depuis la guerre de 2006.
Selon des responsables libanais, l’expulsion des agents du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) du pays pourrait affaiblir l’influence de l’Iran sur les événements au Liban et perturber la coordination entre les groupes militants opérant dans ce pays.
Il n’est pas certain que le gouvernement soit en mesure de faire respecter cette décision, compte tenu du pouvoir politique et militaire bien établi du Hezbollah.
Les responsables soulignent toutefois que cette mesure marque une étape importante vers le rétablissement de la souveraineté libanaise et la limitation des activités militaires étrangères à l’intérieur de ses frontières.
(mm)