Parlement européen : les petits partis appelés à jouer un rôle clef [FR]

Les partis à l’écart des traditionnelles familles politiques européennes pourraient jouer un rôle important dans la formation des groupes politiques du prochain Parlement européen après les élections, puisque les sondages prédisent un essor des petits partis et une plus grande fragmentation de l’assemblée.

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Les partis à l’écart des traditionnelles familles politiques européennes pourraient jouer un rôle important dans la formation des groupes politiques du prochain Parlement européen après les élections, puisque les sondages prédisent un essor des petits partis et une plus grande fragmentation de l’assemblée.

Selon une opinion courante chez les électeurs, les élections européennes présentent un intérêt moindre que les élections nationales. Au contraire des élections nationales, les élection européennes ne conduisent pas, à strictement parler, à la formation d’un nouveau gouvernement, et les domaines de compétence du Parlement européen apparaissent techniques et ennuyeux, selon Hugo Brady du Centre pour la réforme de l’Europe, un think tank.

En raison d’enjeux considérés par les électeurs comme moindres, selon M. Brady, ces derniers sont prêts à prendre davantage de risques dans leurs choix électoraux, optant pour des partis qui sortent de l’ordinaire. Ces partis plus modestes peuvent généralement espérer élire un ou deux eurodéputés, voire plus à l’occasion. 

Dès qu’un petit parti a gagné un ou plusieurs mandats, il tentera de former une groupe parlementaire ou d’en rejoindre un déjà existant. Bien que certains eurodéputés sans affiliation (les « non-inscrits ») puissent réfuter cela, on reconnaît généralement que le pouvoir et l’influence réels au Parlement réside dans les groupes.

Les experts insistent sur le fait qu’il est souvent dans l’intérêt des deux parties (groupes existants et petits partis) de joindre leurs forces. En échange de l’apport à la taille et au pouvoir d’influence du groupe, les eurodéputés des petits partis peuvent obtenir des postes d’importance, tels que rapporteur ou président de commission.

Des pirates et des personnalités

On est entouré d’exemples de petits partis flirtant avec les grands groupes. En Suède, l’incroyable engouement naissant autour du Parti pirate (EURACTIV 2/04/09) pourait voir le parti dépasser les prédictions précédentes et décrocher deux sièges. Cela serait un succès étonnant pour ce qui reste un parti à problématique unique. 

Se confiant à EURACTIV en avril, les « Pirates » ont indiqué envisager de rejoindre le groupe libéral ADLE, mais de récentes nouvelles des médias suédois indiquent qu’ils seraient aussi en train de courtiser les Verts européens. 

En Bulgarie, un petit parti fait déjà l’objet de tentatives d’approches pour devenir membre membre d’un groupe mené par les conservateurs britannique et séparé du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) (EURACTIV 02/06/09). Ordre, Droit et Justice (RZS), un parti rebelle récemment formé sur une plate-forme populiste anti-corruption et construit autour de la personnalité de Yane Yanev, pourrait dépasser le seuil des 5 % et donc envoyer un eurodéputé à Strasbourg, prédisent les analystes, cités par Dnevnik, le partenaire d’EURACTIV en Bulgarie (voir LinksDossier EURACTIV sur les élections en Bulgarie).

Selon les communiqués, M. Yanev serait entré en contact avec Geoffrey Van Orden, un eurodéputé conservateur anglais connu pour être l’architecte de la nouvelle coalition parlementaire, en vue d’un partenariat futur. En effet, la nouvelle coalition conservatrice aura besoin de membres originaires de sept pays européens pour décrocher le statut de groupe politique, et ce partenaire bulgare potentiel serait chaleureusement accueilli.

L’énigme conservatrice

La plateforme anti-Lisbonne Libertas, invention personnelle du multimillionnaire irlandais Declan Ganley (EURACTIV 16/03/09), a fait souffler un air de controverse sans précédent – que certains considèrent comme bienvenu – sur ces élections.

Alors que Libertas déclare qu’il gagnera assez de sièges pour former directement son propre groupe politique, il devra selon toute probabilité batailler pour remporter guère mieux qu’une poignée de mandats, voire moins que cela, si l’on en croit les sondages récents. Les experts affirment qu’il n’est même pas certain que M. Ganley attire assez d’électeurs pour être élu lui-même.

En conséquence, le mouvement Libertas, qui au moins aura réussi à créer du remue-ménage autour de ces élections, devra revoir sa copie. Une source de Libertas a déclaré à EURACTIV que rejoindre le nouveau groupe des conservateurs est l’option favorite, étant donné la posture anti-Lisbonne des deux organisations.

Avec Libertas, le nouveau groupe conservateur est le grand sujet de conversation de ces élections. Alors que de nombreux dirigeants politiques considèrent la sécession annoncée du PPE-DE comme étant une erreur tactique désastreuse de la part des Tories britanniques, ces derniers sont pourtant certains de trouver assez d’eurodéputés de pays différents pour former une force significative au Parlement.

Les Verts pourraient créer la surprise

Les Verts, dont on attend qu’ils gagnent quelques nouveaux sièges dans le nouveau Parlement, pourraient apparaître comme le paquet surprise puisque les citoyens et les anciens responsables politiques préfèrent souvent donner leurs votes protestataires aux Verts plutôt qu’à l’extrême droite ou à l’extrême gauche.

Lors d’une manœuvre qui en a surpris plus d’un, l’ancien Président tchèque Václav Havel a offert son soutien au parti Vert tchèque dirigé par Martin Bursík. Après avoir passé ces derniers mois dans la tourmente, avec des rivalités internes qui ont aidé à la chute du gouvernement du Premier ministre Mirek Topolánek, le Parti Vert (SZ) a reçu un soutien retentissant de la part de Václav Havel, et les dirigeants du parti espèrent que cela aidera à stabiliser le navire à la veille des élections européennes, affirment des analystes. 

Sous la direction de Martin Bursík, ce parti a été capable de réaliser un certain nombre de changements productifs au gouvernement, et même plus que ce que ses partisans pouvaient espérer, a écrit M. Havel dans un e-mail au journal Prague Post, expliquant son soutien au parti.

Dans une enquête réalisée début mai, l’agence de sondage STEM a révélé que trois pourcent des électeurs allaient soutenir le parti vert aux élections parlementaires européennes des 5 et 6 juin, derrière les Socio-démocrates (?SSD) avec 24 % et les Démocrates civiques (ODS) avec 21 %, entre autres. Le sondage a été réalisé avant le soutien de M. Havel.

M. Havel, qui est respecté à travers l’Europe, pourrait influencer le vote de protestation dans d’autres pays.

Un rebond de l’extrême droite ? 

Lors de ces élections, les spéculations se sont multipliées sur une éventuelle augmentation des votes en faveur des partis d’extrême droite. Aux Pays-Bas, en Autriche, au Royaume-Uni, en France et en Bulgarie, par exemple, on s’attend à ce que les partis d’extrême droite remportent des voix.

Comme cela a été rapporté par EURACTIV, des discussions sont bien engagées pour réformer le groupement d’extrême droite du Parlement, sur la même ligne politique que le groupe ITS (Indépendance, Tradition et Souveraineté) qui a disparu en 2007 (EURACTIV 17/03/09). 

Ces efforts ont été mené par l’eurodéputé du Front National français Bruno Gollnisch, qui s’est occupé de traverser le continent en long et en large pour trouver des alliés, et dont on pense qu’il a décroché des accords tacites avec, entre autres, le Parti national britannique (BNP), les nationalistes bulgares d’Ataka et le Parti autrichien de la Liberté (FPÖ).

Alors que M. Gollnisch ait répugné à en révéler plus avant les élections – difficile de dire s’il trouvera 25 eurodéputés originaires de 7 pays –, une source interne britannique a récemment appris à EURACTIV qu’il y avait une forte possibilité que ses alliés atteignent ce seuil.