Pervenche Berès, une experte de l'UE face aux "éléphants" du PS
EURACTIV.fr réalise une série de portraits de candidats aux élections européennes. Députée européenne depuis 20 ans, la socialiste Pervenche Berès est tête de liste en Ile-de-France pour la première fois.
EURACTIV.fr réalise une série de portraits de candidats aux élections européennes. Députée européenne depuis 20 ans, la socialiste Pervenche Berès est tête de liste en Ile-de-France pour la première fois.
Dans le bureau des députés européens socialistes à la représentation du Parlement à Paris, Pervenche Berès envoie ses mails. Il est encore tôt, mais l’eurodéputé sortante, tête de liste PS en Ile-de-France pour les élections du 25 mai est absorbée par son travail.
Cette bosseuse est loin d’en être à sa première campagne. Elle siège au Parlement européen depuis 1994, et se présente pour la cinquième fois consécutive aux élections européennes.
Mais cette fois, cette experte de la négociation bruxelloise est tête de liste. Une première pour la Parisienne qui a joué les seconds lieutenants au cours des dernières élections. « Ça fait trois fois que j’étais numéro 2, une quatrième ça aurait peut-être été une fois de trop ! » reconnaît-elle.
« Je sais qu’il y a eu des hésitations quand Harlem Désir devait être numéro un de la liste, et un des arguments qui a été retenu contre moi à ce moment-là, c’est celui de la notoriété ».
Car malgré – ou à cause ?- de ces 20 années passées à ferrailler sur les législations européennes, entre Bruxelles et Strasbourg, l’élue est très reconnue à Bruxelles, sans être dans les petits papiers du paysage médiatique français.
Les « éléphants » prennent de la place
En Ile-de-France, son principal opposant, l’eurodéputé Alain Lamassoure (UMP), est plus connu du grand public. Et du côté du Parti socialiste, les voix ne manquent pas pour commenter le débat européen. La tradition qui veut que le Parti socialiste soit encore encombré d’ « éléphants » , soit des cadres dirigeants de longue date du PS, perdure. Élisabeth Guigou, la présidente de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale et Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie sortant, mènent leur campagne pour le poste de commissaire français à Bruxelles, occupant une partie de l’espace médiatique du PS. Pervenche Beres est pourtant, également, candidate à un poste de commissaire.
Ce déficit d’image auprès du grand public lui joue parfois des tours dans la campagne. «Je suis dans la même circonscription qu’Alain Lamassoure et parfois c’est Élisabeth Guigou qu’on invite à débattre avec lui ? », s’indigne-t-elle. Cette étiquette d’eurodéputée assidue sans grande visibilité ne semble cependant pas la déranger outre mesure dans son travail quotidien. « Je ne me suis jamais occupée de mon image, mais seulement de ce que je pensais devoir faire pour accomplir les responsabilités pour lesquelles on m’a élue », affirme-t-elle.
Pourtant, derrière cette image de spécialiste de l’Europe au discours parfois technique, la candidate a des afficionados. Du côté des militants notamment. Lors du meeting du Parti socialiste, la candidate a été ovationnée par 2000 partisans du PS au Cirque d’Hiver. Un accueil encore plus chaleureux que celui réservé à l’invité d’honneur de ce meeting, Martin Schultz, le candidat du Parti socialiste européen à la présidence de la Commission.
« J’entends dire, Pervenche, tout le monde pense que tu es très compétente, mais tu es peu connue en France, avec un soupçon de gêne dans la voix. Entre nous, je préfère ça que l’inverse ! » avait-t-elle blagué, devant la salle.
Pour sa cinquième campagne européenne, Pervenche Berès défend sans relâche le projet d’Europe sociale sur lequel le Parti socialiste a axé sa campagne. Et la présidente sortante de la commission de l’emploi et des affaires sociales met un point d’honneur à défendre les dossiers sur lesquels elle a travaillé au cours de la dernière mandature : la garantie pour la jeunesse, qui doit permettre aux jeunes de moins de 25 ans de trouver en moins de quatre mois un stage, un emploi ou une formation, ou encore le combat en faveur d’un salaire minimum européen.
« Quand j’ouvre la bouche, ce n’est pas pour dire des conneries ! » affirme-t-elle. Une phrase que tous les candidats aux élections européennes ne peuvent se permettre.
Experte bruxelloise
Son parcours politique commence par une formation dans la plus pure tradition française et sous des auspices européens. « Je suis née en 1957, 15 jours avant le traité de Rome » se plait-elle à rappeler.
« Chacun est marqué dans son engagement par des événements qui ont marqué sa conscience politique » explique-t-elle. Parmi les événements charnières qui la pousseront à s’encarter au PS, elle cite la guerre au Viet-Nam ou encore le coup d’État de Pinochet au Chili.
Ce goût des questions internationales la mènera à Science Po Paris. « A cette époque, je voulais être diplomate sur la question européenne » se rappelle-t-elle. Mais c’est finalement en tant qu’élue qu’elle rejoindra la sphère bruxelloise en 1994.
« En 1999, lorsque j’étais numéro 2 sur la liste de François Hollande, la couverture média était bien plus importante » se rappelle-t-elle. A cette époque, la candidate se présente pour la seconde fois à l’élection européenne. Mais entre son arrivée au Parlement en 1994 et la campagne comme colistière du futur Président de la République, Pervenche Berès subit un grave accident de scooter, qui lui laisse un visage marqué par les cicatrices.
Un épisode qui ne l’a pas empêchée de poursuivre sa route en politique, en fonçant. Et l’ancienne étudiante à Science-Po le reconnait : elle est « passionnée » et ne fait pas dans la dentelle. Mais à Bruxelles, la réputation de la socialiste française est assise. Son obstination, sa connaissance des dossiers ont octroyé une reconnaissance solide. Même si certains de ses collègues au Parlement lui reprochent de faire difficilement des concessions.
« Le plus beau compliment que j’ai eu, à Bruxelles, c’est celui d’un diplomate, qui lors d’une négociation entre les institutions européennes, m’a confié que je maîtrisais mieux le dossier que le ministre » se rappelle-t-elle.
Expansive sur ses combats politiques et les rouages de la machine bruxelloise, l’ancienne administratrice à l’Assemblée nationale l’est en revanche peu sur sa vie privée. Ou sur sa proximité avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, un autre « éléphant » du PS. Qui, lui, la soutient depuis des années dans la jungle de Solférino.