Pour Sarkozy, le volontarisme politique sera le remède à la crise
Vantant les mérites d’une Europe «qui change enfin», le président français a invité ses partenaires européens à faire preuve de volontarisme politique face à la crise. Au plan national, le chef de l’État s’est engagé sur l’exonération de la taxe professionnelle et la création d’un fonds souverain.
Vantant les mérites d’une Europe «qui change enfin», le président français a invité ses partenaires européens à faire preuve de volontarisme politique face à la crise. Au plan national, le chef de l’État s’est engagé sur l’exonération de la taxe professionnelle et la création d’un fonds souverain.
Après les banques (320 milliards pour la liquidité, 40 milliards pour les fonds propres), l’État français se portera au chevet des entreprises. Le 23 octobre, en déplacement à Argonnay, Nicolas Sarkozy a annoncé «175 milliards d’euros d’investissement direct» de l’État sur trois ans.
Les entreprises seront en outre exonérées de la taxe professionnelle pour l’ensemble des dépenses d’investissement effectuées entre le 23 octobre 2008 et le 31 décembre 2009, a également annoncé le président. Anticipant la réforme de la taxe professionnelle, sur laquelle se penche la commission Balladur, Nicolas Sarkozy a indiqué que l’État compenserait le manque à gagner des collectivités locales.
Enfin, il a annoncé la création d’un «grand fonds d’investissement public national», basé sur le modèle des fonds chinois, russes et moyens-orientaux. «Il s’agira d’investir dans l’avenir, d’apporter des fonds propres, de soutenir les activités qui pourraient être la proie de prédateurs.» La Caisse des dépôts et des consignations, sous le contrôle du Parlement, sera chargée de gérer le fond français basé sur l’endettement. Et le président français de justifier : «Basé sur la contrepartie des actifs des entreprises, l’endettement du fonds ne creusera pas le déficit».
L’Europe technocratique contre l’Europe qui réfléchit
Dans l’attente du sommet international de Washington sur la crise (EURACTIV.fr 23/10/2008), le président de la République a donc de nouveau insisté sur le «volontarisme politique». Un principe qui montrerait une «Europe qui change enfin.» «L’Europe technocratique, l’Europe qui ne décidait pas cède la place à une Europe qui agit, qui décide, qui réfléchit», a-t-il souligné, ajoutant que «l’Europe est la principale force d’initiative, c’est elle qui a apporté la réponse la plus forte à la crise.»
Pour autant, les divergences européennes – absentes du discours du président de la République – n’en restent pas moins nombreuses. C’est en particulier le cas sur la principale proposition de Nicolas Sarkozy du 23 octobre, la création d’un fonds souverain censé protéger les industriels. Dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, le ministre allemand de l’économie, Michael Glos, a ainsi déclaré que «la proposition française de protéger l’industrie européenne contre une reprise par des fonds d’État étrangers grâce à des participations étatiques contredit tous les principes d’une politique économique couronnée de succès ».
Déficit et croissance en berne
Mais peut-on parler d’un renouveau français de la politique de la demande? Selon Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, «le discours de Nicolas Sarkozy ne constitue pas un plan de relance, les mesures étant limitées. Ainsi, l’exonération de la taxe professionnelle ne constitue que 0,05% du PIB français.»
Au surplus, par rapport aux autres économies européennes, la France a peu de marges de manoeuvre budgétaire à actionner. «Nous tablons sur un déficit public français de 3,1% en 2008 et de 3,5% pour 2009 : dans les faits, la France est déjà sortie du Pacte de stabilité. L’Allemagne ou l’Espagne ont, à l’inverse, plus de marge de manœuvre», indique Mathieu Plane. Néanmoins, l’économiste souligne qu’«en France, on a l’impression que les débats européens autour de l’endettement sont passés au second plan. Ce qui importe le plus, c’est de soutenir la croissance et de protéger l’emploi.»
Malmenant les critères de Maastricht, la France se retrouve-t-elle dans le collimateur de la Commission européenne ? Du côté de l’exécutif européen, on se montre pour l’instant prudent. «Les règles du pacte de stabilité peuvent faire l’objet de flexibilité si nécessaire. En cas de circonstances exceptionnelles et lorsque les excès sont temporaires et proches des 3%, la Commission peut ne pas faire de recommandation au Conseil», précise Amelia Torres, porte-parole du Commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia. Pour autant, «il n’est pas question de jeter le pacte de stabilité aux orties», précise la porte-parole, qui rappelle que la Commission européenne publiera, le 3 novembre prochain, ses prévisions économiques pour la période 2008-2010.