Pour Yvo De Boer les ambitions de l’Europe de réduction de 20% de CO2 pour 2020 sont faciles à atteindre

Le secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), qui quittera ses fonctions à l’été, a parlé sans détour de la situation des négociations actuelles.

EURACTIV.fr

Le secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), qui quittera ses fonctions à l’été, a parlé sans détour de la situation des négociations actuelles.

Les objectifs de réduction des gaz à effet de serre de l’UE pour 2020 sont faciles à atteindre selon le secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), Yvo De Boer, lors d’une audition devant le Parlement européen le 14 avril 2010. Il a par ailleurs déclaré que l’UE n’était pas parvenue à convaincre les pays en développement de l’importance de la question du réchauffement climatique. S’exprimant de manière très franche, Yvo de Boer a déclaré que les négociations climatiques de l’ONU à Copenhague, en décembre 2009, avaient été dominées par un sentiment de suspicion.

La conférence de Copenhague a donné naissance à un accord vague, qui a deçu les Européens, car celui-ci ne contient aucun engagement ferme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Parmi les raisons qui expliquent la lenteur du processus, on peut évoquer la suspicion, notamment de la part des pays en développement », a déclaré M. De Boer. « La confiance n’est simplement pas présente», a-t-il poursuivi. Yvo de Boer quittera la présidence de la CCNUCC en juillet pour rejoindre le cabinet de conseil KPMG. L’UE met en avant systématiquement son objectif de 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 comme l’un des objectifs les plus ambitieux du monde.

Toutefois, le responsable climatique de l’ONU a laissé entendre que cet objectif serait en réalité facile à atteindre, ce qui suscite certains doutes dans les pays en développement sur un objectif qui serait un simple écran de fumée. « La plupart des discussions au sein de l’UE ne sont pas privées. Le reste du monde sait que la Commission européenne a dit aux États membres qu’une réduction de 20 % était facile à atteindre et que viser les 30 % ne contribuerait pas à ruiner l’économie européenne », a-t-il déclaré. « Donc le reste du monde s’interroge : si cela est vrai, pourquoi l’objectif de 30 % n’est plus à l’ordre du jour ? », a-t-il poursuivi.

L’UE divisée sur l’objectif de réduction de 30%

Stefan Singer de WWF a affirmé que l’UE parviendrait facilement à son objectif de 20 % pour 2020, grâce notamment à la désindustrialisation des anciens États soviétiques depuis la chute du communisme et aux projets de compensation dans les pays en développement. Par ailleurs, les émissions ont connu une baisse significative de 11 % l’an dernier, en raison de la récession économique, rendant l’objectif de 2020 encore plus facile à atteindre. Cependant, l’éventuel objectif de 30 % pour 2020 suscite des divisions parmi les 27 États membres. Les PECO estiment ainsi que l’UE devrait d’abord s’informer sur les engagements des autres États.

A l’inverse, la Commission européenne et la plupart des anciens États membres, comme le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, estiment qu’adopter un objectif de 30 % stimulerait la croissance économique verte et l’innovation, et créerait de nouveaux emplois. « Si l’Europe croit vraiment à la croissance verte, alors ces objectifs sont impératifs afin de parvenir à un changement de direction », a souligné M. De Boer. Blanchiment écologique Selon M. De Boer, l’enveloppe de 100 milliards de dollars annuels d’aide pour lutter contre le changement climatique que les pays industrialisés ont promis à Copenhague aux nations défavorisées constitue un autre sujet de discorde. « Cette aide constitue-t-elle une pratique d’éco-blanchiment ou est-elle une source de financement réelle ? », s’est-il demandé. « En toute honnêteté, ce qui s’est fait jusqu’à présent ne semble pas laisser penser à une aide financière supplémentaire », a-t-il estimé.

« Dans le cadre d’accords déjà existants, les pays en développement ont du faire des évaluations afin de voir les technologies dont ils avaient besoin dans leurs efforts pour combattre le changement climatique », a expliqué M. De Boer. Mais ceci n’a été que rarement suivi d’effet et les financements promis sont restés en grande partie lettre morte. Beaucoup de pays en développement ont le sentiment, en partie justifié, que ces ressources financières ne sont pas reversées. Et que si elles le sont, il s’agit très souvent d’aide au développement déguisée en aide pour lutter contre le changement climatique. « L’argent à l’origine destiné à l’éradication de la pauvreté devient désormais comme par magie de l’argent pour le changement climatique », a soutenu Yvo De Boer.

Pour dépasser cette impasse, M. De Boer a proposé de donner aux pays en développement la responsabilité de la gestion de l’aide. « Ce qu’ils aimeraient vraiment, c’est voir ces liquidités très importantes distribuées au regard de leurs priorités plutôt que celles des donateurs », a-t-il affirmé. Il propose de créer un mécanisme de gouvernance financier, à l’occasion du prochain sommet de l’ONU à Cancun, qui donnerait aux pays en développement le sentiment qu’ils assurent un contrôle sur cet argent destiné à les aider. Selon le néerlandais, les pays en développement sont prêts à accepter que l’argent soit distribué à travers les institutions existantes comme la Banque mondiale, les banques de développement régional et les agences de coopération.

Les promesses de Kyoto n’ont pas été tenues

S’adressant au Parlement européen, M. De Boer a déclaré que ce sentiment de suspicion avait été conforté par le fait que les nations industrialisées avaient montré peu de volonté en ce qui concerne le respect de leurs objectifs de réduction d’émissions dans le cadre du Protocole de Kyoto qui expire en 2012. « Le premier doute trouve sa source dans le fait que bien que l’Europe dans son ensemble soit sur la bonne voie pour le respect de ses engagements dans le cadre de Kyoto, il y a des États membres qui connaissent certaines difficultés, au moins pour le moment », a-t-il expliqué.

Bien que l’UE dans son ensemble devrait dépasser l’objectif de réduction d’émission fixé par le Protocole de Kyoto, un rapport récent de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a montré que les anciens États membres de l’Europe des 15 ne parviendraient pas à leurs objectifs sans de nouvelles politiques ou des crédits de compensation. De plus, « dans le cadre de la CCNUCC, les pays riches étaient supposés retrouver les niveaux d’émissions de 1990 d’ici l’an 2000 », a déclaré M. De Boer.

« Mais en réalité, seulement quatre pays ont atteint cet objectif», a-t-il souligné. M. De Boer a mis en avant l’exemple du Canada, qui a annoncé qu’il n’atteindrait pas son objectif de Kyoto mais qui a néanmoins refusé de se retirer du traité. « Les pays en développement n’ont entendu aucune réaction à cette déclaration », a déclaré M. De Boer, ce qui a ajouté à la suspicion. « Ils sont donc sceptiques sur le fait que les pays industrialisés respectent leurs engagements dans le cadre du Protocole de Kyoto, a-t-il expliqué.

CALENDRIER :

  • 31 mai -11 juin 2010 : Prochaines négociations climatiques de l’ONU à Bonn. 
  • Seconde moitié 2010 : Deux rencontres onusiennes additionnelles. 
  • 29 novembre – 10 décembre 2010 : Conférence climatique de l’ONU à Cancun au Mexique.