Présidentielle polonaise : Sławomir Mentzen pose les conditions de son soutien à l’approche du second tour
Le leader d’extrême droite arrivée troisième lors du premier tour de la présidentielle a fixé des conditions strictes en échange de son soutien à l’un des candidats en lice pour le second tour du 1er juin — le pro-européen Rafał Trzaskowski et le conservateur Karol Nawrocki.
Sławomir Mentzen, étoile montante de l’extrême droite polonaise arrivée en troisième position lors du premier tour de l’élection présidentielle dimanche 18 mai, a fixé des conditions strictes en échange de son soutien à l’un des deux candidats encore en lice pour le second tour du 1er juin — le pro-européen Rafał Trzaskowski et le conservateur Karol Nawrocki.
Rafał Trzaskowski, candidat de la Plateforme civique (PO, Parti populaire européen) du Premier ministre Donald Tusk et maire de Varsovie, a remporté le premier tour avec 31,4 % des voix. Il fera face au conservateur Karol Nawrocki, soutenu par le parti conservateur d’opposition Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens), qui a obtenu 29,5 % des voix.
Au premier tour, Sławomir Mentzen, co-chef du parti d’extrême droite Confédération, était arrivé en troisième position avec 14,8 %. Il se présente désormais en faiseur de rois.
Ses électeurs, pour la plupart jeunes et opposés à l’establishment, constituent un enjeu clé pour les deux candidats restants. Jusqu’à présent, Sławomir Mentzen s’est positionné comme étant opposé aussi bien au gouvernement actuel qu’au PiS, ne s’alignant sur aucun d’entre eux.
Pour décider quel candidat il allait soutenir, Sławomir Mentzen a invité les deux hommes à se faire interviewer en direct sur sa chaîne YouTube, où il leur demandera également de signer une déclaration répondant à ses exigences politiques.
« Mes électeurs ne regardent pas vos chaînes de télévision et ne croient pas à la propagande de vos médias », a-t-il écrit sur X mardi. « Ils utilisent les réseaux sociaux et suivent mon contenu. Si vous voulez leurs votes, convainquez-les là ».
Les conditions
Dans une autre vidéo, Sławomir Mentzen détaille ses conditions.
Par exemple, tout candidat cherchant à obtenir son soutien doit s’engager à ne pas signer de législation qui conduirait à une augmentation des impôts, qui introduirait de nouvelles charges fiscales ou qui limiterait l’utilisation de l’argent liquide. Ils doivent également s’engager à protéger le złoty polonais et refuser l’introduction de l’euro.
Les candidats doivent également s’opposer à toute loi restreignant la liberté d’expression, au déploiement de troupes polonaises en Ukraine, rejeter toute ratification de l’adhésion de l’Ukraine à l’alliance militaire de l’OTAN et protéger l’accès des citoyens polonais aux armes à feu.
Enfin, le futur président doit refuser tout nouveau transfert de compétences de la Pologne vers l’UE ou à la ratification de nouveaux traités européens qui affaibliraient la position de Varsovie, par exemple en réduisant son droit de vote ou en supprimant son droit de veto au Conseil.
Le candidat nationaliste a répondu à l’appel de Sławomir Mentzen sur X.
« J’accepte l’invitation et je suis prêt à signer ces propositions. Nous discuterons du reste sur votre chaîne [YouTube] », a écrit Karol Nawrocki.
Un électorat qui pourrait faire pencher la balance
Radosław Markowski, sociologue politique à l’Académie polonaise des sciences, estime que la réaction de l’électorat de Sławomir Mentzen est difficile à prévoir.
« Il s’agit d’un groupe composé en grande partie de personnes très jeunes, portées par leurs émotions, qui votent souvent plus en signe de protestation que de soutien. Beaucoup pourraient simplement s’abstenir de voter au second tour », a-t-il expliqué à Euractiv Pologne.
Il s’agit également d’un groupe idéologiquement diversifié, a noté l’expert, expliquant qu’économiquement, beaucoup sont ultra-libéraux et hostiles à l’agenda social du PiS, tandis que d’autres sont socialement conservateurs et méfiants à l’égard du libéralisme.
« Avec les 15 % de Sławomir Mentzen — plus de deux millions de voix — ce bloc imprévisible pourrait s’avérer décisif », a conclu M. Markowski.
L’élection présidentielle est décisive pour la coalition gouvernementale pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk, au pouvoir depuis 2023, mais dont bon nombre de réformes ont été bloquées par le président sortant, Andrzej Duda, proche du PiS.
La victoire de Rafał Trzaskowski permettrait de mettre fin à cette cohabitation difficile avec le président, contrairement à une victoire de Karol Nawrocki.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]