Retraite bruxelloise pour Jean Roatta

Son fief s’est dérobé sous ses pieds, conséquence du redécoupage électoral entériné en 2009. Excluant de faire campagne dans une autre circonscription, le député UMP Jean Roatta, élu dans la cité phocéenne depuis 30 ans, se retrouve propulsé à Bruxelles.

EURACTIV.fr
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Son fief s’est dérobé sous ses pieds, conséquence du redécoupage électoral entériné en 2009. Excluant de faire campagne dans une autre circonscription, le député UMP Jean Roatta, élu dans la cité phocéenne depuis 30 ans, se retrouve propulsé à Bruxelles.

L’élu marseillais ne remerciera jamais assez le Traité de Lisbonne. Grâce à ce texte, la France engrange deux parlementaires européens supplémentaires, portant leur nombre à 74. Une inflation qui contraste avec la disparition de certaines circonscriptions nationales, résultat des révisions de la carte électorale opérées en 2009.

Directement visé par cette réforme, Jean Roatta, député de 70 ans membre de la droite populaire, élu pour la première fois comme conseiller général des Bouches-du-Rhône en 1983, terminera sa carrière à Bruxelles. Depuis le 23 novembre, il fait partie, aux côtés d’Yves Cochet, des deux « eurodéputés fantômes » à être sortis des limbes. Désigné par le groupe UMP de l’Assemblée nationale, il a ravi le poste à Valérie Boyer et Pascale Gruny, elles aussi en lice.

« Ce qui m’intéresse, c’est le Sud »

Si cette dernière s’est frottée à l’hémicycle bruxellois pendant un an et demi, le profil européen de M. Roatta ne saute pas aux yeux. En 1994, il est pourtant l’élu surprise du scrutin législatif européen. Le fruit de l’élimination de candidats affectés par le cumul des mandats…

A l’époque, Jean Roatta, qui siège déjà au Palais Bourbon, donne sa préférence à la scène politique nationale. Membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, le député marseillais se raccroche à l’Union européenne par la branche de la Méditerranée. « Ce qui m’intéresse, c’est le Sud de l’Europe », explique-t-il. Un fauteuil à la délégation des relations avec les pays du Maghreb ne lui déplairait pas.

Baguette magique

Attaché à son fief situé au Nord de Marseille, il n’aurait jamais osé s’aventurer, pour les législatives de 2012, sur les terres d’un autre député : « J’ai toujours été élu dans ma circonscription. Etre parachuté, ce n’est pas mon style », plaide-t-il.

Si Bruxelles sert souvent de pis-aller aux élus en délicatesse, la désignation des deux nouveaux eurodéputés fait débat car elle ne découle pas des résultats du scrutin de 2009. Une situation dont Jean-Luc Benhamias, député européen du MoDem élu dans le Sud-Est, s’est ému  : « Yves Cochet et Jean Roatta sont donc des élus nationaux qui vont se transformer d’un coup de baguette magique en députés européens. Un processus discutable d’un point de vue démocratique et qui ajoute à la confusion ambiante. (…) Le déficit démocratique de l’Union européenne dont on parle tant en ce moment est aussi la responsabilité de ceux qui nous gouvernent ! » écrit-t-il sur son blog.

Un peu de clémence, réclame très sérieusement Jean Roatta : « Nous, au moins, nous avons fait une élection interne ».