Roms : La France attend les plans du gouvernement roumain
Pierre Lellouche a insisté sur l’importance de la réintégration des Roms dans leurs pays d’origine, lors d’une visite officielle à Paris de représentants du gouvernement roumain.
Pierre Lellouche a insisté sur l’importance de la réintégration des Roms dans leurs pays d’origine, lors d’une visite officielle à Paris de représentants du gouvernement roumain.
Alors que la polémique enfle autour du départ de centaines de Roms du territoire français vers la Roumanie, une délégation du gouvernement roumain s’est rendu à Paris pour une visite officielle de deux jours mercredi 25 et jeudi 26 août. “J’attends une mobilisation politique précise du gouvernement roumain”, a répété le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, à l’occasion d’une conférence de presse commune avec le secrétaire d’État roumain chargé de la réinsertion des Roms, Valentin Mocanu, à l’issue de sa visite.
“Je ne peux pas dire plus que ce que j’ai déjà dit au cours de mes trois déplacements cette année”, a déclaré Pierre Lellouche. Le message des Français n’a en effet pas varié depuis le mois de février : la France est prête à “mobiliser les moyens” pour aider l’État roumain à intégrer les population roms sur son territoire. Mais elle ne le fera qu’à condition que le gouvernement de ce pays fournisse “un programme précis” sur le nombre de logements débloqués, dans quelle région, à quelle échéance…
En réponse aux interrogations françaises, le secrétaire d’État à l’intégration a tenté d’expliquer ce qui était actuellement mis en place pour prendre en charge les Roms de retour en Roumanie. Le gouvernement a tout d’abord prévu des “dispositifs techniques d’accueil” composés de représentants de la police, du ministère du Travail, de la protection de l’enfance et de l’agence nationale pour les Roms, au cas où les Roms auraient besoin d’une aide spécifique. M. Mocanu a également indiqué avoir envoyé des lettres aux préfectures de région ainsi qu’aux directions locales de la protection de l’enfance et de l’agence nationale pour l’emploi avec une liste de Roms de retour sur le territoire roumain. “Il s’agit de vérifier si chacun retourne à son domicile, et si c’est le cas, de savoir si ces citoyens ont besoin d’une assistance personnalisée”, a-t-il déclaré.
Mobiliser le FSE
Aujourd’hui, 85 millions sur 4 milliards d’euros annuels de fonds du Fonds social européen (FSE) à disposition de la Roumanie sont utilisés pour des projets dédiés à l’intégration des Roms, a indiqué Pierre Lellouche qui a insisté sur la nécessité de plus mobiliser les crédits dans cette direction. “Le principe de libre circulation ne peut pas servir à tel ou tel État membre de défausse sur la gestion de certains ressortissants”, a ajouté le Français.
“Beaucoup d’argent est dépensé. Le problème est qu’il n’arrive pas aux bénéficiaires que doivent être les Roms”, nuance quant à elle Morgane Garo, auteur du livre « Les Roms une nation en devenir ». Selon elle, l’UE devrait mieux contrôler l’identité des destinataires des fonds européens censés utiliser cet argent pour améliorer l’intégration des Roms. Cette critique vaut d’ailleurs également pour les fonds censés être utilisés en France pour les Roms, estime Morgane Garo qui insiste sur la nécessité pour le pays de plus travailler à leur intégration dans l’Hexagone.
Pierre Lellouche a indiqué qu’il se rendrait à Bruxelles la semaine prochaine pour discuter avec la commissaire en charge de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, Viviane Reding, de la façon dont l’Europe s’occupe de ce dossier. François Fillon a indiqué le même jour qu’un groupe de travail serait mis en place entre les ministères français et les commissaires concernés. De son côté, le secrétaire d’État roumain a indiqué qu’il n’y avait pas assez de projets développés par l’UE à destination des Roms. “Il faut des mécanismes immédiats pour aider la communauté rom”, a-t-il déclaré en insistant sur la nécessité d’une coordination politique en Roumanie sur le sujet mais aussi avec la France et l’UE. “Il y a énormément d’argent européen disponible pour financer des projets dans le cadre du FSE. C’est aux États membres de présenter des actions concrètes pour l’intégration des Roms”, a de son côté indiqué à EURACTIV.fr le porte parole de Viviane Reding.
Pierre Lellouche a également vivement critiqué les « commentateurs » qui ont comparé les actions françaises sur les Roms aux déportations de la seconde guerre mondiale. « Ce problème concerne des millions de gens et nous ne le réglerons pas par l’anathème », a insisté le secrétaire d’État aux Affaires européennes. Il a répété que le démantèlement des camps de Roms avait fait suite à un dépôt de plainte. « Aujourd’hui ils repartent dans leur pays sur une base volontaire avec une assistance que nous sommes les seuls à leur verser ». En vertu du principe de libre circulation des personnes, un pays de l’Union européenne ne peut pas empêcher un citoyen européen de venir s’installer chez lui. La France propose aujourd’hui à chaque ressortissant Rom qui rentre en Roumanie une indemnité de 300 euros.
« Si des citoyens nous saisissent pour manque de liberté et atteinte aux droits de l’homme nous avons l’obligation de les protéger », a quant à lui répondu M. Mocanu. « Mais vous n’en avez reçu aucune », l’a interrompu Pierre Lellouche. Il a insisté sur le fait que la France respectait totalement la directive européenne de 2004 sur le droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres.
De son côté la commissaire Viviane Reding a indiqué le 25 août avoir demandé à ses services de procéder à une analyse globale de la situation en France, pour savoir, en particulier, si toutes les mesures prises étaient conformes au droit européen.