Schengen : la Bulgarie et la Roumanie au milieu du gué

Les États estiment prématuré d’intégrer ces deux pays à l’espace de libre circulation des personnes. Ils ne s’empressent pas non plus de renforcer les capacités de Frontex.

EURACTIV.fr

Les États estiment prématuré d’intégrer ces deux pays à l’espace de libre circulation des personnes. Ils ne s’empressent pas non plus de renforcer les capacités de Frontex.

La Bulgarie et la Roumanie se disent prêtes, mais les États européens ne le sont pas. Lors de leur réunion du 9 juin à Luxembourg,  les ministres de l’Intérieur ont décidé de repousser l’entrée des deux pays dans l’espace Schengen. Un résultat prévisible tant l’Allemagne et la France avaient freiné les ambitions de Sofia et Bucarest.

Les Pays-Bas ont, eux aussi, clairement fait savoir leur réticence  : « Il est trop tôt pour prendre une décision », a estimé le ministre néerlandais de l’Immigration, Gerd Leers, dont les propos ont été rapportés par l’agence AP. « Il est impératif que les réformes judiciaires en Roumanie et en Bulgarie deviennent effectives et irréversibles », a-t-il ajouté.

Preuves

Un point de vue qui contredit la position du Parlement européen, sûr de la capacité des deux pays à sécuriser leurs frontières extérieures tout en respectant les règles d’attribution des visas Schengen.

Mais la Bulgarie et la Roumanie vont encore devoir faire leurs preuves. D’ici au 20 septembre, alors que la Pologne aura pris les rênes de l’UE, « le sujet sera examiné et une série de propositions sera faite », a signalé le ministre hongrois de l’Intérieur, Sándor Pintér, au cours d’une conférence de presse. Très prudents, les États vont procéder « étape par étape » avec, dans un premier temps, la levée des contrôles de passeports dans les ports et aéroports. L’entrée des deux pays dans l’espace Schengen n’interviendrait pas avant fin 2012.

Une autre échéance attend les deux pays fin juillet, avec la publication d’un rapport examinant les mesures adoptées en matière de justice, de lutte contre la corruption et de crime organisé. Ce qui répondrait peut-être aux attentes de Claude Guéant, ministre français de l’Intérieur, lequel a déclaré avoir « besoin de garanties » dans ce domaine.

Miracles

Exigeants à l’égard de la Roumanie et de la Bulgarie, les États restent en revanche plus évasifs sur le renforcement de Frontex, qui les assiste dans leurs opérations de surveillance des frontières.

Les ministres approuvent la création d’une agence informatique qui centraliserait une très large palette de données (identité des demandeurs de visas, empreintes digitales des demandeurs d’asile, véhicules volés, personnes recherchées…) Mais les conclusions finales font l’impasse sur la mise en place d’un corps européen de garde-côtes ou l’accroissement des capacités matérielles de la patrouille. Les discussions ont montré de « manière flagrante » que les « États attendent presque des miracles de Frontex, mais [l’agence] ne peut pas produire de résultats tant qu’elle n’a pas ses propres moyens « , a affirmé sans détour la commissaire aux affaires intérieures, Cécilia Malmström.

Les négociations ont toutefois permis de lever certains  « malentendus » sur les propositions faites par la Commission, a-t-elle fait savoir. Les États redoutaient de devoir participer obligatoirement à toutes les opérations menées par Frontex. Ce n’est pas le cas, a insisté Cécilia Malmstrom. La Commission cherche surtout à ce que les États qui ont promis d’engager leurs troupes, leurs bateaux ou leurs avions dans une opération ne se désistent pas au moment où celle-ci est lancée.