Schengen : la France opportuniste

Paris insiste désormais sur la préservation de l’espace de libre circulation Schengen et met en garde contre les actions unilatérales des États aux frontières.

EURACTIV.fr

Paris insiste désormais sur la préservation de l’espace de libre circulation Schengen et met en garde contre les actions unilatérales des États aux frontières.

Faites taire les mauvaises langues, la France et la Commission européenne sont en phase sur la réforme de l’espace Schengen. C’est, en substance, le message délivré par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, à l’issue du Conseil des ministres à Bruxelles, jeudi 12 mai. 

Les appels de Paris et Rome à la révision de cet espace, où les citoyens peuvent circuler sans être contrôlés aux frontières (Schengen), auraient été mal interprétés. « Certains ont cru que la France et d’autres États de l’Union voulaient remettre en cause Schengen et la liberté de circulation », s’est étonné Claude Guéant. « C’est exactement le contraire. »

Anormal

A la fin du mois dernier, l’Elysée s’interrogeait sur une éventuelle « suspension » des accords de Schengen, avant de modérer sa position. Aujourd’hui, l’heure est aux propos consensuels. La « France veut défendre [cet] acquis essentiel », a insisté le ministre. « Nous ne voulons pas moins d’Europe, nous voulons plus d’Europe. »

Changement de braquet ? Non, simple « malentendu », selon Claude Guéant. « La France est tout à fait en phase avec les propositions de Mme Malmström », a-t-il assuré. Les mesures de la commissaire européenne aux Affaires intérieures ont été approuvées à la « quasi-unanimité » des États.

Réagissant au rétablissement des contrôles douaniers par les autorités danoises, le ministre a qualifié « d’anormal » qu’un espace commun soit géré par « des décisions individuelles d’États qui font le droit ».

Le nouvelle rhétorique française se veut très proche de celle de la Commission, mais rien ne garantit que les intérêts convergent. Sur la réforme de Schengen, Claude Guéant imagine un scénario où la Commission européenne n’a que peu de place.

« Il suffirait que le Conseil JAI (justice et affaires intérieures, ndlr) se réunisse pour donner des instructions à Frontex (l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’UE), qui reçoit rarement des impulsions de caractère politique », a ajouté le ministre. 

Paroles

Même chose pour la création de garde-fous autorisant les États, dans des conditions exceptionnelles, à rétablir temporairement les contrôles aux frontières intérieures. « La Commission voudrait jouer un rôle dans ce domaine. Certains États le contestent », a souligné le ministre, reconnaissant toutefois que « la création d’une instance d’arbitrage est hautement souhaitable. » Sans préciser qui pourrait se cacher derrière.

A l’issue de la réunion des ministres, la commissaire Cécilia Malmstrom s’est félicitée du « débat très fructueux » entre les pays. Mais elle est restée toujours aussi évasive sur les nouvelles conditions dans lesquelles les États pourraient rétablir les contrôles à leurs frontières.

Cette situation floue en agace certains. La Commission a produit un « bon document », a commenté le ministre italien de l’Intérieur, Roberto Maroni, mais « il manque de concret », a-t-il regretté. La prochaine étape consiste selon lui à « passer des paroles aux faits ».

Le sujet sera à l’ordre du jour de la rencontre des dirigeants européens à Bruxelles le 24 juin prochain. A en croire Claude Guéant, la France a donc déjà imaginé un scénario.