Télévision publique : l'UE révise le financement alors que la France supprime la publicité [FR]
Alors que la France se dirige progressivement vers un modèle de télévision publique sans publicité, une révision des règles en matière de financement étatique des diffuseurs publics est en cours à la Commission européenne. L'exécutif européen devrait présenter de nouvelles propositions dans la deuxième moitié de 2009.
Alors que la France se dirige progressivement vers un modèle de télévision publique sans publicité, une révision des règles en matière de financement étatique des diffuseurs publics est en cours à la Commission européenne. L’exécutif européen devrait présenter de nouvelles propositions dans la deuxième moitié de 2009.
Depuis hier soir 5 janvier, les téléspectateurs français ont pu profiter de programmes sur les principales chaînes nationales sans être interrompus par les pauses publicitaires. Cette situation est le résultat de réformes annoncées il y a une année et qui ont été fortement soutenues par le président français Nicolas Sarkozy.
Cette révision pourrait conduire à une modification des habitudes chez les téléspectateurs. Des changements dans la grille horaire par rapport à la période de diffusion principale pourraient en découler. En outre, ces nouvelles habitudes pourraient avoir un impact sur l’heure privilégiée du dîner ainsi que sur le biorythme en général, selon les analystes.
Mais l’aspect clé de la réforme repose sur le nouveau système de financement. Privé de soutien fondé sur la publicité du secteur privé, les chaînes publiques en France dépendront fortement du financement étatique.
Des observateurs sceptiques craignent qu’en raison de cette mesure, la télévision française retournera à l’ère de la télédiffusion contrôlée par l’Etat. En effet, conformément aux nouvelles règles, les PDG seront nommés par le gouvernement.
Quant aux chaînes privées, elles devraient être les premières à tirer profit de cette réforme qui pourrait leur permettre d’augmenter leur part du gâteau publicitaire.
Les partisans de la réforme insistent sur le fait que la télévision publique sans publicité offre un service de meilleure qualité culturelle, libéré du joug des performances relatives aux audiences. Les observateurs s’attendaient à la perte de recettes publicitaires, mais ils pensaient toutefois que celles-ci seraient graduelles et causées par la migration des annonceurs vers des nouveaux médias.
L’Union européenne de radio-télévision (UER), qui représente le service public de télévision, a soutenu la notion de système de fonds mixte dans lequel les aides publiques sont complétées par des fonds privés. « Abandonner complètement la publicité n’est pas toujours la solution » a déclaré un représentant de l’UER à EURACTIV, soulignant en même temps que les système fondés sur une redevance ont tendance à être « plus indépendants et plus flexibles ».
C’est pourquoi le modèle sans publicité ne semble pas être la solution si l’on prend en compte les autres réalités nationales européennes. En outre, ce qui préoccupe les diffuseurs publics, c’est l’application potentielle de mesures plus strictes en matière de financement étatique, en route actuellement à Bruxelles.
En novembre dernier, la commissaire à la Concurrence Neelie Kroes a lancé un processus de consultation visant à revoir les règles européennes de financement étatique des services publics de télévision. Bruxelles est convaincue que la législation actuelle présente de nombreuses insuffisances et permet une surcompensation des chaînes de télévision publiques, qui sont parfois subventionnées plus que de besoin.
La Commission s’est également plaint de problèmes de subventions croisées, selon lesquels les services de diffusion subventionnés par les Etats utilisent de l’argent public pour lancer des services qui diffèrent de ceux qu’ils sont censés fournir, violant ainsi potentiellement les règles de concurrence. Une nouvelle communication est attendue pour la mi-2009.